Le syndrome d'Icare

 Solar Impulse 2 atterrit à Abou Dhabi, son point... (Photo AFP)

Agrandir

 Solar Impulse 2 atterrit à Abou Dhabi, son point d'arrivée, qui fut également son point de départ.

Photo AFP

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Normand Boivin
Le Quotidien

CHRONIQUE / L'enthousiasme que suscitent certains exploits aboutit souvent sur des débordements qui défient toute logique.

Ainsi en est-il du tour du monde réalisé par Solar Impulse, qui a à nouveau fait parler de lui le premier week-end d'octobre à l'occasion de la réunion de l'OACI (Organisation de l'aviation civile internationale) à Montréal.

En marge de l'événement, l'explorateur Bertrand Piccard, l'un des deux pilotes de l'appareil, racontait les grandes lignes de son aventure à la radio et l'interviewer en était presque rendu à la conclusion qu'il fallait envoyer à la casse les Airbus et autres Boeing de la flotte mondiale et opter pour l'avion solaire.

Répétant ad nauseam que Solar Impulse avait fait le tour du monde sans brûler une seule goutte de pétrole, il rappelait que le transport aérien mondial représente 1,5 % des émissions de gaz à effet de serre.

Un exploit

sur le plan humain

Pourtant, il est bien loin le jour où on réservera notre place sur un cerf-volant à batteries pour aller passer une semaine à Cayo Coco. Car à mon humble avis, s'il y a eu un exploit dans ce vol historique, c'en est davantage un sur le plan humain que technologique. Car Solar Impulse, on peut bien se le dire, se résume à des capteurs solaires et des batteries. Rien de nouveau là-dedans, ça existe depuis des décennies. Pour moi, c'est un exploit comparable au tour de la terre en bateau à voile. C'est le fun, mais ce n'est pas l'avenir. Sauf peut-être pour des drones de surveillance qu'on pourrait faire voler des jours et des jours à faible vitesse. Pour le transport de passagers ? Jamais.

Oui, c'est un bon banc d'essai pour les matériaux composites légers et les capteurs solaires. Mais ça m'étonnerait qu'on réussisse à concevoir des cellules photovoltaïques capables de générer assez d'énergie pour alimenter les immenses moteurs électriques que cela demanderait. Quelle serait la dimension des ailes pour les supporter ? La traînée d'un avion augmente au carré de sa vitesse. Pour faire passer le Solar Impulse de 50 à 100 km/h, il faudrait quadrupler la puissance de ses moteurs. Pour atteindre 200 km/h, la multiplier par 16. Dans l'aviation de loisir, des moteurs électriques alimentés par de grosses batteries rechargeables au sol sont déjà à l'essai. Le poids des batteries est compensé par celui du moteur, plus léger. Mais pour les longues distances, le moteur à hélice a déjà atteint ses limites.

Pour aller vite et loin et transporter de lourdes charges, la véritable évolution est venue dans les années 30 avec l'invention de la turbine. C'est un procédé simple où de l'air mis sous pression par plusieurs stades de compression s'enflamme quand on y injecte du diesel pour produire une forte poussée. Le rendement énergétique est très bon, surtout depuis la création de la turbosoufflante moderne.

Comparez, sur Google, des photos d'un Boeing 707 et d'un A-380. Sur le 707, le moteur était petit. Seuls les gaz chauds assuraient la poussée. Ça consommait beaucoup de carburant. Aujourd'hui, les turbosoufflantes sont des merveilles d'efficacité. Quatre-vingts pour cent de l'air qui sert à propulser l'avion ne passe pas par la chambre de combustion.

À ce sujet, la série 100 de Bombardier a fait un autre pas en avant. C'est l'avion le plus économique en carburant sur le marché grâce à la forme de ses ailes et à son nouveau moteur. Au lieu de rêver à des      avions à batteries, on devrait cesser de se demander si on doit aider Bombardier et passer à l'action.

La turbine convient très bien aux avions, et les moteurs électriques et les panneaux solaires aux transports terrestres. Les avions produisent 1,5 % des gaz à effet de serre ? Pas grave. On aura largement dépassé les accords COP21 de Paris le jour où tous les véhicules terrestres se déplaceront à l'énergie solaire.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer