La justice du peuple

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CHRONIQUE / Anthony Morin mérite-t-il d'être noyé comme l'ont été ses deux chatons? Ce jeune homme en proie à des troubles mentaux et de consommation a subi la justice du Web au cours des derniers jours, sans que sa véritable condition soit connue.

Bien sûr qu'il ne mérite pas le même sort que ses chats, aussi répréhensible son geste soit-il.

Cette histoire a pris une ampleur démesurée par rapport à la gravité du geste commis dans les eaux de la rivière à Mars, à La Baie.

Il va sans dire que le jeune homme de 21 ans n'aurait pas dû donner la mort à ses chatons. Mais de là à lui souhaiter des souffrances, voire la mort pour ce qu'il a fait, il y a une limite que plusieurs n'ont pas hésité à dépasser sur les réseaux sociaux.

L'humain n'a pas de raison de faire souffrir des animaux, aussi lourde sa propre souffrance puisse-t-elle être. Mais ici, nous sommes en présence d'un jeune qui, à la lumière de son parcours, a besoin d'aide psychologique. Sa capacité à gérer convenablement sa vie soulève des questions.

Faut-il insister, les gestes posés par le jeune homme de 21 ans ne sont pas appropriés, mais il faut arrêter. Il ne faut pas en mettre plus que le client en demande, comme on dit.

Ce dont Anthony Morin a besoin, c'est de l'aide psychologique. Comme 30 à 40 pour cent des individus qui se pointent jour après jour dans les palais de justice du Saguenay-Lac-Saint-Jean et de tout le Québec.

Des jeunes, des moins jeunes, des hommes et des femmes qui ont besoin d'une ressource pour les aider à prendre de bonnes décisions, à recevoir la médication nécessaire pour mener une vie un tant soit peu normale.

Au lieu de vouloir le pendre sur la tribune des réseaux sociaux, il faut plutôt comprendre qu'il a besoin d'aide et d'une médication appropriée.

Le jeune homme de La Baie est tout frêle. Il porte des robes. Est-il à la recherche de sa véritable identité? Qui sait?

Il a été sorti de sa famille biologique à l'âge de trois ans pour de la maltraitance physique et mentale. Les spécialistes disent qu'il a une intelligence limite et souffre d'un trouble de personnalité limite. Est-ce qu'il faut se surprendre des gestes qu'il a commis?

Placé en famille d'accueil durant toute sa jeunesse, il a dû quitter cette ressource le jour où il a eu 18 ans.

Il a dû faire face à la réalité des citoyens qui ne le comprennent pas, qui vont jusqu'à le frapper gratuitement parce qu'il n'est pas comme les autres.

Pour le moment, Anthony Morin a été envoyé en thérapie fermée pour une période de six mois. Les intervenants tenteront de l'aider dans sa lutte à la toxicomanie et à l'alcoolisme.

Il a échoué une première thérapie. Victime d'intimidation et de railleries, il a pété les plombs. Il a frappé dans les murs.

Est-ce que la deuxième thérapie sera la bonne? Difficile à savoir. Elle pourrait lui faire un certain bien.

Éventuellement, il reviendra devant le tribunal et fera face à des accusations de cruauté animale et de menaces de mort.

Il a choisi ce geste plutôt que de s'en prendre à des êtres humains.

Il ne mérite donc pas la mort ou des souffrances comme certaines suggestions faites sur les réseaux sociaux, par des gens qui n'ont pas pris la peine de s'interroger sur ce qu'il pouvait vivre.

La critique est facile de loin et faite de façon souvent anonyme.

Ce dossier démontre les failles d'un système qui laisse trop à eux-mêmes des êtres dysfonctionnels, dangereux pour eux et pour les autres.

Pendant que certains réclament pratiquement la tête d'Anthony Morin, il faut se souvenir qu'un individu, qui ne peut être identifié, se balade librement, sans entendre un commentaire disgracieux à son endroit, même s'il a fait cinq enfants à sa belle-fille. Cette affaire a été mise au jour en février dernier par la police de Saguenay et le procès n'a toujours pas eu lieu.

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