Une envie de robustesse masculine

CHRONIQUE / J'ai une terrible confession à vous faire. Je l'avoue, des fois,... (123rf)

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Myriam Bouchard
Le Quotidien

CHRONIQUE / J'ai une terrible confession à vous faire. Je l'avoue, des fois, j'aimerais être née homme. Oui, oui, moi, Myriam Bouchard, la femme accomplie, affirmée à 100% dans son identité de genre, féministe et féminine jusqu'au bout des ongles, j'aimerais parfois être un homme! Idem à moi-même, mais en format masculin. Une Myriam version Maxime, Sébastien ou encore Jérôme Bouchard, à l'image des hommes de ma vie.

Qu'ont-ils de plus que toi, les hommes, pour que tu les envies autant?

Mis à part la brindille anatomique que je n'ai pas, me compliquant un peu la vie lors d'escapades exemptes de salle de bain, les hommes n'ont pas grand-chose me rendant verte de jalousie.

En fait, bien que j'aime nos différences, le seul point pour lequel je négocierais certainement se rapporte à leur force physique. Ma version Maxime, Sébastien ou encore Jérôme serait grande, musclée et surtout plus forte que celle que je suis malgré mon format un peu plus baraqué que madame Tout-le-Monde!

Pourquoi cette envie de robustesse masculine?

Parce que me voilà tannée, pour ne pas dire sacrément écoeurée, de ne pas me sentir en sécurité nulle part en tant que femme.

Au diable les imprévus, ma vie est ponctuée de planification et de mesures de prudence; ne pas me stationner dans les autocars à la noirceur, ne pas être seule dans une ruelle, surveiller mon verre dans les bars, ne pas traîner dans le vestiaire de la piscine, barrer ma porte de maison quand mon chum s'absente et maintenant, d'où la goutte faisant déborder ma coupe, ne pas faire mon jogging dans mon parc public préféré sur l'heure du dîner!

Ça va s'arrêter où?

Sans crier à la paranoïa, j'ai bien envie de vous répondre JAMAIS.

Parce que si j'ai peur pour ma propre sécurité, imaginez comment je me sens face à mes enfants qui sont... des filles! L'anxiété se soigne, et les cours d'autodéfense ne sont pas juste pour les fous, me direz-vous! Je le sais, figurez-vous! J'ai eu une thérapie à cet effet et trois sessions de collégiennes à mon actif, et oui, bien que je me contrôle, je ne dors pas toujours sur mes deux oreilles, croyez-le!

Je refuse toute atteinte à ma liberté.

C'est comme ça que je nomme ce feeling de quasi-hypervigilance qui m'affecte: une atteinte à ma liberté!

Quand je me prive de tel ou de tel comportement, d'aller à tel ou à tel endroit, de m'adonner à certaines activités dans mon supposé propre intérêt, effectivement, j'atteins à ma pleine liberté.

Une liberté qui, par définition, devrait apparemment me préserver de toutes contraintes, soumissions, servitudes exercées par un tiers empêchant toute personne d'être prisonnière ou sous la dépendance de quelqu'un.

Quelqu'un comme qui?

Dans ce cas, comme un homme! Pas TOUS les hommes, un seul, de temps en temps. Un étranger, possiblement dérouté, détraqué, perturbé ou tout ce que vous voudrez, qui profite de la seule chose qu'il possède de plus que les femmes pour les attaquer bêtement. Je parle, bien entendu, de sa fameuse force physique, celle qui lui permet d'avoir une emprise sur nous et par conséquent, de nous brimer dans notre liberté, de nous blesser, de nous agresser, de nous violer.

Un peu à l'instar du terrorisme, se cloîtrer donnerait officiellement un pouvoir supplémentaire à cette exception masculine qui perturbe la liberté féminine. Mais la solution, elle est où? Dites-le-moi parce que, oui, encore, je cherche à être aussi libre que Maxime, Sébastien et Jérôme, qui ne s'en font pas autant.

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