Le cyberespace: de l'invention à l'invasion

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Internet nous coupe de la réalité en laissant miroiter que nous sommes branchés et finit par nous priver significativement d'une présence effective à notre quotidien et à notre environnement immédiat.

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Le Quotidien

CHRONIQUE ÉGLISE / Myriam et Patrice aimaient par-dessus tout cultiver leur espace d'intimité. Ils accordaient beaucoup d'importance à tisser des liens forts en famille. Or, un changement imperceptible s'est produit. Leur belle complicité de couple et avec leurs deux enfants s'est lentement dissipée. La maison semblait inhabitée, vidée d'une chaleureuse présence comme on dit d'un foyer éteint.

Le cyberespace s'est subtilement imposé à eux comme pour tant d'autres. L'intrus, inoffensif et combien utile, a finalement pris toute la place. «On ne se parlait plus, on se textait». Ils en prirent un peu plus conscience le jour où leur fille aînée leur envoya le texto suivant: «besoin urgent de vous parler». Elle vivait une peine d'amour et seuls le regard bienveillant de ses parents et des paroles de réconfort pouvaient l'aider à surmonter ce moment d'épreuve.

L'écran «de fumée» cathodique

L'emprise s'installe insidieusement en créant un état de confusion. Internet nous coupe de la réalité en laissant miroiter que nous sommes branchés et finit par nous priver significativement d'une présence effective à notre quotidien et à notre environnement immédiat. «Texter, tweeter, facebooker, youtuber, websurfer, instagramer, videogamer ...», tout se réduit à des mots et des images en quantité exponentielle qui captent toute notre attention en simulant le réel.

Ne faut-il pas admettre que les mots ne sont jamais la parole, que les images ne peuvent en aucun cas se substituer aux contacts physiques et à l'expérience des regards échangés? Le virtuel peut informer, émettre des opinions, parfois émouvoir, créer quelques liens superficiels, mais, contrairement au réel, il ne peut pas offrir l'espace nécessaire à l'altérité, c'est-à-dire à ces instants créateurs de présence et de rencontre par lesquels nous construisons notre identité et notre appartenance, deux éléments constitutifs d'un sain développement.

À l'excès, le virtuel produit exactement les mêmes effets qu'une drogue. Il nous fait échapper à la réalité et à la responsabilité. Il nous enferme dans une bulle illusoire de raccourcis, nous empêchant de faire face aux enjeux des interactions sociales et des relations affectives

De quoi et de qui on parle?

Voici la définition qu'on en donne sur le site cyberdependance.ca: «L'usage problématique d'Internet et des nouvelles technologies, communément appelé cyberdépendance, se traduit par une utilisation persistante et récurrente des technologies ou des moyens de communication offerts par Internet qui engendre des difficultés chez l'individu. La cyberdépendance amène un sentiment de détresse et des problèmes au niveau psychologique, social et professionnel»

Les études récentes indiquent qu'il y aurait entre 6% et 15% de cyberdépendants. Le premier symptôme est l'isolement. De là émergent les autres problèmes de déconnexion, de conflits relationnels, de comportements compulsifs, de troubles de l'attention, d'anxiété et de détresse psychologique. Le cycle de la cyberdépendance est continu et répétitif. Il compense un état de manque permanent. On le recherche comme une source d'apaisement.

Le cellulaire: une greffe?

Myriam, Patrice et leurs enfants ont pris conscience qu'ils étaient atteints plus qu'ils ne le pensaient de la peur excessive d'être séparés de leur téléphone mobile, une caractéristique de la cyberdépendance. Sans lui, on se sent privé d'une partie de soi, avec le sentiment qu'on ne peut plus fonctionner normalement. On lui attribue un pouvoir imaginaire. Le temps était maintenant venu pour le bien de leur famille de réagir, de se poser les bonnes questions et de faire les bons choix. Oui au sevrage, mais comment?

Michel Desbiens

Centre de développement personnel et conjugal

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