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Rodrigo Brignani-Peres
Le Quotidien

CHRONIQUE / « Quelqu'un qui a quitté son pays [...] pour venir chez nous sait très bien que le travail volontaire d'adaptation, c'est lui qui doit l'assumer, si on lui donne les conditions », a dit le candidat à la chefferie du Parti québécois Jean-François Lisée, en entrevue à Radio-Canada. Il ne pouvait mieux dire.

C'est aux immigrants à s'adapter au Québec et non pas aux Québécois à s'adapter aux immigrants. Pourquoi je pense cela ? En termes simples, comparons une nation avec une maison. Chez moi, je fais ce que je veux : je me promène nu au salon si le coeur m'en dit, je fais pipi la porte ouverte si je le désire et, après la douche, parfois je laisse la serviette mouillée sur le lit. Mais chez les autres, c'est une autre histoire. 

Je deviens un vrai lord - version tropicale. Quand j'utilise le lavabo, je prends la peine d'essuyer chaque goutte d'eau sur l'évier. Je replace comme il faut la serviette (faut que le côté brodé reste du bon bord !), etc. Pas question de déranger l'ordre préétabli. 

Ce respect qu'on doit avoir quand on est chez quelqu'un est tout simplement le désir que les autres agissent également ainsi lorsqu'ils sont chez nous. On veut que nos règles soient respectées, ou sinon nos invités peuvent bien retourner dans leur demeure. C'est comme ça que ça fonctionne : nos maisons sont des modes de vie, le reflet de nos croyances et préférences. Idem pour les nations. 

Quelqu'un qui vient d'une culture qui ne croit pas à l'égalité des sexes et qui refuse d'être traité par une femme médecin lors de son arrivée au Québec n'a pas sa place ici. 

L'immigrant est, d'abord, un invité. S'il est venu au Québec, c'est parce qu'il n'avait pas le choix (un réfugié) ou afin de trouver une vie meilleure (comme moi). 

D'ailleurs, qu'il ait eu un choix à faire ou non, une chose est claire : la vie est meilleure ici.

Ça m'exaspère quand je vois un nouvel arrivant se plaindre parce qu'il trouve que les Québécois ne s'adaptent pas à ses coutumes. C'est comme vouloir transformer le Québec, peu à peu, afin qu'il finisse par ressembler à la société que cet immigrant a justement quittée. Au-delà du manque de respect envers le peuple d'accueil, c'est faire preuve de sottise. Pourquoi vouloir répéter un scénario qui s'est pourtant conclu en exil ? 

À mon arrivée au Québec, venu du Brésil, je n'ai pas eu un grand choc culturel, mais j'ai fait (et je continue de faire !) de multiples et importantes adaptations. 

Je crois que se plier à ce qui est positif, c'est, en fait, monter une marche dans l'échelle du bonheur et de l'évolution personnelle. 

L'essence d'une nation est sa culture. L'immigration la touche directement. Si faite de la bonne façon, l'immigration renforcera les valeurs de la société d'accueil. Lorsque mal planifiée... bien, regardons l'Europe. Quelques pays du continent vivent, littéralement, une convulsion culturelle due, entre autres choses, à l'affaiblissement de leurs identités nationales. « L'Algérie, c'est mon pays », a récemment affirmé le joueur de soccer français Karim Benzema. Comme lui, des centaines de milliers d'Européens, enfants ou petits-enfants d'immigrants, refusent de s'identifier à leur pays d'origine, nations d'accueil de leurs ascendants. Cette irréparable faute d'intégration, je l'attribue à l'absence d'une bonne politique d'immigration. Le Québec de demain ne veut pas cela.

Pour continuer à vivre dans une société prospère et, éventuellement, pour bâtir un pays, il nous faut un peuple uni. Alors, que M. Lisée amène cette discussion au coeur des débats politiques, ce n'est pas juste louable et courageux, mais c'est aussi terriblement nécessaire.

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