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L'auteure insiste sur l'importance de vivre sa vie... (Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie)

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L'auteure insiste sur l'importance de vivre sa vie à 90 km/h, pas 140, après que son existence ait été chamboulée par un accident de voiture.

Archives Le Quotidien, Rocket Lavoie

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Isabelle Tremblay
Le Quotidien

CHRONIQUE / Frapper un mur au moment où l'on ne s'y attend pas est synonyme de pluie de bouleversements. Être forcée de mettre sa vie sur pause pendant plus de 20 mois, c'est tout un contrat lorsque l'on roule à 140 km/h depuis toujours.

Aujourd'hui, je reviens de loin. Plusieurs mois après avoir été percutée de plein fouet par une camionnette alors que j'étais au volant, je me souviens de ce moment comme si c'était hier. Je vois le fil des événements, j'entends ma fille hurler, j'observe ses beaux grands yeux horrifiés, je sens l'odeur des coussins gonflables déployés, et le bruit de la tôle froissée me fait encore frissonner.

Le 29 septembre 2014 était une journée comme les autres, jusqu'à la fraction de seconde où je me suis retrouvée au mauvais endroit au mauvais moment. Puis, bang! J'ai été heurtée de plein fouet par cet homme qui venait de brûler un feu rouge. Ma vie, qui allait à un rythme fou, venait de changer à tout jamais. Je ne me doutais point des complications et des embûches qui se pointaient à l'horizon. Une longue et pénible traversée s'annonçait.

Je menais une vie épanouie, jusqu'au moment où j'ai perdu les commandes de mon histoire, celle de ma vie. J'avais le vent dans les voiles. Dans mon esprit, rien n'aurait pu freiner la vitesse de croisière qui m'habitait. La superwoman que j'étais avait le contrôle de la situation.

Au fil des mois, confrontée à moi-même, j'ai réalisé la véritable signification du lâcher-prise. Il en aura fallu des rencontres chez ma psy pour accepter et apprendre à appliquer cette notion, aussi banale soit-elle. Il était temps d'arrêter de résister à prendre du repos. Tout un défi!

J'ai gambadé de professionnel en professionnel, de spécialiste en spécialiste. Mon histoire, je l'ai racontée à en avoir mal au coeur. Des médicaments, j'en ai essayé des tonnes de copies. Des traitements de physiothérapie, d'acupuncture, d'ergothérapie, massothérapie, j'en ai eu par dizaine. Des blocs facettaires et des infiltrations, j'en recevrai encore et encore.

Durant plus d'un an et sept mois, j'ai travaillé sur l'acceptation de mes souffrances physiques et psychiques. Ce parcours, parfois ponctué de belles réussites, est essentiel pour un accidenté de la route. Cette personne, qui multiplie les efforts pour se soigner, est aussi contrainte de se soumettre à la lourdeur administrative de la Société de l'assurance automobile du Québec. Déni, colère, incompréhension, tristesse, inquiétude; toute cette gamme d'émotions m'a conduite à l'isolement, la peur d'être jugée et tout le tralala qui s'en suit.

Aujourd'hui, la tempête s'estompe malgré cette nouvelle réalité. Et je comprends maintenant à quel point la vie mérite d'être vécue, non pas à 140 km/h, mais plutôt à 90 km/h. Je conserverai des séquelles permanentes de cette épreuve, même si elles ne sont pas apparentes. Je regarde vers l'avenir avec un oeil différent. Mon cheminement se poursuivra pendant des mois, voire des années. Avec comme pierre angulaire «l'écoute de mes émotions», le meilleur baromètre qui soit pour l'être humain. Les mots «acceptation» et «adaptation» font désormais partie de mon être.

Encore trop jeunes pour comprendre l'ensemble de l'oeuvre que traverse leur mère, mes enfants ont subi les contrecoups de cette épopée. Ma petite famille a éclaté. Mais lorsqu'ils seront plus grands, ils comprendront et seront fiers de leur maman.

J'ai fait confiance à la demi-douzaine de professionnels qui m'ont suivie de près, dont mes médecins Luc Nadeau et Alain Béland, la psychologue Marie-Claude Lalancette, ma physiothérapeute Geneviève Couture et toute son équipe. Je suis entourée de la crème de la crème. Je vous en suis reconnaissante.

La vie est fragile et on ne sait pas ce que nous réserve demain.

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