Les maux des mots

Il y a moins de deux semaines, le... (Archives Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Il y a moins de deux semaines, le député Denis Lemieux avait accepté de se salir en se vidant un sac de poudre de protéine laitière, à l'invitation d'un agriculteur qui venait de faire de même.

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Normand Boivin
Le Quotidien

C'est la saison des maux qui courent. On arrive le matin au travail et on est entouré de quatre collègues pétants de santé. On en perd un au milieu de l'avant-midi et un autre ne se pointe pas après le dîner.

Les maux qui courent, ça frappe sans prévenir. Le matin, on file bien et subitement, on déménage au p'tit coin pour le reste de la journée.

Moi, si mon nom était Denis Lemieux, j'aurais été pris de violents maux de ventre mardi après-midi.

Le genre de crampe que même le whip du parti ne peut guérir. Le whip, comme l'indique son nom, est le fouet du caucus des députés.

Ses ordres ne peuvent être discutés. S'il vous appelle en chambre et vous dit comment voter, vous n'avez pas le choix, sous peine d'expulsion.

Mais quand est venu le temps de voter contre la motion du NPD, qui demandait que cesse immédiatement l'importation de lait diafiltré au Canada, je me serais levé non pas pour voter, mais pour aller aux toilettes. Je n'aurais pas voté pour, comme me l'interdisait la ligne de parti, mais je n'aurais pas voté contre, pour ne pas me discréditer aux yeux de mes électeurs.

Mal paraître

La politique, c'est un jeu de perceptions. Denis Lemieux, la semaine dernière, a fait un coup d'éclat comme on en a rarement vu, en se vidant un sac de poudre de lait sur la tête. À ceux qui me disaient que c'était un «frame up», je répondais que d'après ce que je connais de l'homme d'affaires de Laterrière, c'était sincère. Car en dépit de sa fortune, Denis Lemieux est resté un gars de «shop», branché sur ses origines modestes.

Mais là, tout est à refaire. Pire encore, son geste d'éclat risque de lui nuire maintenant plus qu'autre chose, car on ne croira plus sa parole. Autant le geste spontané fut spectaculaire, autant il va le marquer négativement, car il est maintenant associé à une volte-face, un vote contre les agriculteurs.

C'est vraiment dommage, car Denis Lemieux est en début de carrière et il ne faudrait pas qu'il traîne ce boulet longtemps. Que voulez-vous, il a été piégé!

Piégé

Car, ne nous contons pas de peurs; les motions présentées par l'opposition en Chambre sont toujours truffées de pièges. Elles vont toujours au-delà de ce qui est acceptable, pour mal faire paraître le parti au pouvoir. Le gouvernement ne peut jamais voter en faveur, car il y a une attrape quelque part.

Dans le cas de la motion présentée par les néo-démocrates, le piège était dans un simple mot: «immédiatement».

Sincèrement, le gouvernement ne pouvait pas voter pour ça. Il aurait été coincé. Quand est-ce que nous, dans nos vies, on s'engage à faire quelque chose immédiatement? On répond: «Dès que possible».

Denis Lemieux est jeune en politique. Je pense qu'il a été mal conseillé. En raison de son geste en faveur des producteurs laitiers, on aurait dû lui donner un «break», lui permettre d'être absent.

C'est vrai qu'il a pris la peine d'avertir le syndicat des producteurs laitiers de la région avant le vote. Il leur a expliqué pourquoi il devrait voter contre la motion.

Son président, Daniel Côté, disait mercredi dans Le Quotidien qu'il n'avait pas encore perdu confiance en lui. Mais après son coup sûr, il vient de frapper une fausse balle. Il a maintenant une prise.

Même si le syndicat garde confiance, ça va laisser des traces dans la population. Les perceptions, c'est plus fort que la réalité en politique.

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