Le malade imaginaire

CHRONIQUE / Je suis hypocondriaque. Diagnostiquée. (Photo 123rf)

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Patricia Rainville
Le Quotidien

CHRONIQUE / Je suis hypocondriaque. Diagnostiquée.

Je vous vois déjà sourire. Je sais, les hypocondriaques sont sans doute les personnages les plus comiques des films, des séries, des romans. Jean-Marc Parent fait d'ailleurs rire des milliers de personnes avec ses numéros, dans lesquels il explique dépenser des petites fortunes en examens médicaux de toutes sortes.

C'est vrai, vus de l'extérieur, les malades imaginaires sont drôles. Mais, de l'intérieur, vivre avec ce trouble n'a rien d'amusant. Vous pouvez me croire sur parole.

Comme me l'expliquait le psychiatre Dr Jean Hébert, tout le monde est légèrement hypocondriaque, mais les vrais de vrais, comme moi, sont plutôt rares.

À 17 ans, j'ai vécu une période où la peur d'être terrassée par une crise cardiaque m'empêchait de faire du sport. Oui, oui, à 17 ans.

À 20 ans, de curieux maux de tête m'ont convaincue que j'étais alors atteinte d'une rare forme de cancer du cerveau.

Mais c'est à 23 ans que mon hypocondrie a été diagnostiquée, alors que j'ai cru dur comme fer être atteinte de toutes les maladies neurologiques imaginables. Et imaginaires.

Ma médecin de famille de l'époque m'a fait passer tous les examens nécessaires avant de conclure qu'il s'agissait en réalité d'anxiété et donc, de psychosomatisation. C'est que je présentais, réellement, tous les symptômes liés à de rares maladies neurologiques. Ces symptômes avaient peut-être été causés par mon hypocondrie, mais on pouvait tout de même les voir à l'oeil nu. La dureté du mental, comme le dit si bien le personnage de Marc Messier dans Les Boys.

Je suis pourtant une personne particulièrement rationnelle. Une fille terre à terre et collée à la réalité. Mais, avec ce genre de phobie, notre capacité à voir les choses normalement prend le bord. La peur nous obsède, nous tétanise.

On finit par s'isoler, puisque les gens autour de nous ne comprennent tout simplement pas. Ils essaient. De toutes leurs forces. Mais n'y arrivent pas.

C'est d'ailleurs le grand problème avec les gens souffrant d'une phobie, comme moi. On a honte d'en parler, on se sent jugée. Puisque nos peurs sont souvent complètement irréalistes. Je n'ai pas vécu de crises d'hypocondrie depuis de nombreuses années. Puisque j'ai développé des mécanismes de défense, des trucs pour les contrer. Mais je les redoute.

Et la peur d'avoir peur est sans doute la plus difficile à combattre.

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