La cordialité de RTA

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Marc-Urbain Proulx
Le Quotidien

CHRONIQUE / Malgré certains épisodes historiques plus difficiles, les relations entre la compagnie Alcan et le Saguenay-Lac-Saint-Jean furent généralement cordiales et même parfois partenariales. Or le nombre de familles bénéficiant d'un revenu directement versé par l'industrie de l'aluminium a diminué constamment au cours des dernières décennies. En conséquence, il était souhaitable que la région se questionne à propos des retombées décroissantes de cet empire en puissance. D'autres enjeux dans le secteur auraient pu être soulevés aussi tels que les menaces sur l'usine Vaudreuil, les cumuls de résidus toxiques, le système de taxations municipales des barrages, etc. Mais l'inertie étant ce qu'elle est, la région se laissa largement guidée par les directives de la compagnie. Que s'est-il alors passé pour que certaines élites politiques montent au créneau actuellement et dénoncent l'attitude de la compagnie?

En guise de réponse, examinons quelques faits récents. Au début des années 2000, les revendications syndicales traditionnelles furent dotées d'une robuste stratégie dite «on y va!». Elle misait sur un nouveau rapport de force ancré sur la démonstration des avantages hydroélectriques singuliers que l'entreprise Alcan bénéficie au sein de son industrie. La compagnie a perçu cet argument comme un affront. D'autant plus qu'elle faisait déjà face au désir bien exprimé par le nouveau lobby régional de l'aluminium en regard d'activités de transformation du métal gris afin de compenser les nombreux emplois perdus dans les alumineries en modernisation. La réaction à cette double demande sociale bien légitime ne s'est pas fait attendre. Le système sophistiqué de relations publiques d'Alcan qui se plaisait jadis à distribuer des bonbons conditionnels dans son milieu se dota d'une nouvelle stratégie à l'enseigne de la «bonne vieille fessée».

Ainsi en janvier 2004, sans préavis, furent prématurément fermées les cuves Söderberg du complexe Jonquière en abolissant brutalement 500 postes de travail.  t en cours pour renouveler son entente d'approvisionnement en électricité, la compagnie livra un autre signal fort en établissant une usine de pare-chocs qui s'inscrivit tel un clin d'oeil au lobby de la transformation de l'aluminium. Du coup, les syndiqués en arrivèrent à accepter la pratique de l'impartition de tâches effectuées en usines. En décembre 2006, Québec décréta l'approvisionnement d'Alcan en énergie propre jusqu'en 2056. Pour célébrer cette entente heureuse, avec clauses secrètes rétrogrades en prime, l'élite régionale fut convoquée à un grand show boucane afin d'illustrer l'importance des immobilisations engagées pour 2015 par la compagnie. Elles ne représentaient en réalité que 50% de ce que Alcan avait investi annuellement dans la région de 1975 à 2005. Quelques mois plus tard, l'usine de pare-chocs ferma ses portes. On assista alors à des offres d'achat de l'attrayante compagnie. En 2007, le grand complexe industriel régional fut vendu à prix d'or au conglomérat financier Rio Tinto qui n'est certes pas reconnu pour sa tendresse.

Depuis la crise financière de 2008, le marché mondial de l'aluminium a le dos large pour justifier des compressions et des rationalisations. Déjà minces, les marges de profit des fournisseurs régionaux sont ainsi grugées par les directives de la compagnie. Désormais privé de ses tarifs compétitifs historiques pour s'approvisionner en aluminium liquide, le laminoir Saguenay ferme ses portes en 2012. Les immobilisations prévues avant 2015 dans le décret de 2006 n'aboutissement pas dans un contexte régional de pressions environnementales (berges du Lac; boues rouges) et de difficultés économiques sans pareilles depuis des décennies.

Tous ces coups durs sont portés par RTA dans une région qui lui offre pourtant non seulement les meilleurs coûts d'affaire de toute l'industrie mondiale de l'aluminium, mais aussi les meilleurs coûts d'implantation pour de nouveaux projets. On ne reconnaît plus la cordialité d'antan et encore moins une attitude partenariale. Il apparaît à l'évidence que la recherche excessive de profitabilité par RTA ne s'arrêtera pas d'elle-même dans sa région-hôtesse. La région doit réagir en conséquence.

Marc-Urbain Proulx, professeur à l'Université du Québec à Chicoutimi

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