Cadeau de Grec

La présidente du Brésil Dilma Rousseff lutte contre... (Photo Silvia Izquierdo, Archives AP)

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La présidente du Brésil Dilma Rousseff lutte contre sa destitution, tandis que des millions de manifestants défilent dans les rues à travers le pays pour la dénoncer.

Photo Silvia Izquierdo, Archives AP

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Rodrigo Grignani Peres
Le Quotidien

CHRONIQUE / Lorsqu'un couple est au bord du divorce, lorsque tout semble s'effondrer, lorsque les tensions sont invivables, l'ambiance n'est pas propice pour recevoir des invités. Lorsqu'un pays est en plein coeur d'un scandale de corruption sans précédent, lorsque la présidente fait l'objet d'une procédure de destitution, lorsque 143 personnes sont assassinées par jour dans les rues de ce même pays, est-ce vraiment le temps d'y tenir des Jeux olympiques?

Le 5 août prochain, le Brésil ouvrira ses portes à la communauté internationale pour la tenue des Jeux de Rio.

Pourtant, le pays traverse l'une des pires crises de son histoire. La police fédérale du Brésil estime que plus de 15,3 milliards de dollars ont été arrachés à l'État en corruption depuis l'ascension au pouvoir du Parti des travailleurs en 2003. Le géant sud-américain est en véritable convulsion sociale, économique et politique. Les hôpitaux manquent de médecins, les écoles manquent de professeurs et les rues manquent cruellement de sécurité.

Ce pays, ma terre natale, que j'ai quitté avant la Coupe du monde de 2014 et où je suis retourné en janvier dernier, m'a montré, dans ce court laps de temps, des symptômes de sa décadence accélérée. Patrimoine public délabré, infrastructures déficientes, pauvreté manifeste... Rien ne va plus.

La terre du Carnaval n'a pas de raison - ni de moyens - de fêter en août.

Alors que la communauté internationale craint le Zika, ce virus qui semble être à l'origine de la grande incidence de microcéphalie chez les bébés brésiliens, des millions de dollars qui pourraient être investis en recherche pour contrer l'épidémie sont plutôt injectés pour la construction d'infrastructures aussi pertinentes... qu'un vélodrome.

De savoir que, dans cette ambiance dantesque, un vélodrome de 51,1 M$ est en train d'être construit à Rio, est révoltant. Dans une ville où des patients sont traités par terre dans l'hôpital municipal, en raison d'un manque de civières, réaliser que l'on dépense des millions de dollars pour que des athlètes tournent en rond en vélo pendant une dizaine de minutes a de quoi rendre fou.

À quoi servira ce vélodrome après les Jeux? Malheureusement, l'expérience d'autres pays nous montre que l'héritage architectural des Olympiques semble voué à devenir de coûteuses ruines.

La moitié de tous les coûts des Jeux de Rio est assumée par l'État. Cela représente une facture d'environ sept milliards de dollars.

Ce montant aurait pu être investi en santé, en éducation, en sécurité ou en infrastructures utiles, si le Brésil n'avait pas eu la «chance» d'organiser les Jeux.

L'autre moitié des coûts est payée par les entreprises privées commanditaires de l'événement.

L'argument voulant que l'économie du Brésil en bénéficiera est à mon avis fallacieux. Malgré le soleil, le climat n'est pas propice au tourisme. Qui voudrait se promener sur une plage où, n'importe quand, des bandes d'adolescents risquent de débarquer, pillant tout sur leur passage?

De plus, les emplois créés pour les Jeux sont temporaires, pour répondre à une demande ponctuelle, et sont, dans la plupart des cas, informels.

Je peux néanmoins admettre que certains domaines de l'économie municipale, tels que la restauration, l'hôtellerie et le transport bénéficieront de la présence des Jeux. Cependant, le travail au noir est très présent dans l'économie brésilienne, surtout dans le commerce et les services.

Les Olympiques servaient, pour les anciens Grecs, à réunir les cités et à rendre hommage aux dieux. En 2016, ils réuniront un peuple souffrant avec le reste du monde. Vu l'exposition mondiale des conséquences sociales néfastes qui sont révélées par les JO 2016, et compte tenu des précédents comme Sotchi et Pékin, ce mauvais choix politique devrait, à mon avis, être le début d'une réflexion qui mènera le monde à repenser l'utilité et l'impact des Jeux olympiques.

Il faut faire en sorte que ce soit le sport, le dépassement de soi et la dignité humaine qui montent sur le podium.

Rodrigo Grignani Peres

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