Comment couvrir un événement sportif quand on n'a pas les droits?

CHRONIQUE / Avec les montants astronomiques que déboursent les télédiffuseurs... (Photo 123RF)

Agrandir

Photo 123RF

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page

CHRONIQUE / Avec les montants astronomiques que déboursent les télédiffuseurs pour les droits des événements sportifs majeurs, leurs journalistes profitent de privilèges sur les sites de compétition. Les conditions sont donc souvent bien différentes pour les autres. Visiblement, ça joue dur sur les terrains en Europe, mais également en coulisses.

Comment exerce-t-on le métier de journaliste en Europe quand notre média n'a pas déboursé pour les droits d'un événement ou encore comme membre de la presse écrite? Sans détour, les panélistes d'un débat intitulé «Quel est le prix de l'info sportive?», lors des Assises du journalisme international, à Tours, répondent que ces journalistes doivent user de beaucoup de créativité, mais en revanche, ils n'ont pas de contraintes dans leur couverture.

Le sociologue Karim Souasef rappelle qu'au début de la présentation des matchs à la télé, les dirigeants pensaient que les stades allaient se vider. Maintenant, la télévision est, et de loin, le principal revenu de ces organisations.

Le problème de la privatisation des manifestations sportives n'est pas nouveau. En 1992, devant l'explosion des droits télévisuels, l'Union des journalistes sportifs français avait réuni les intervenants médiatiques et des décideurs politiques, ce qui a débouché sur le Code de bonne conduite. Depuis ce temps, les médias télévisés peuvent donc diffuser l'action, mais sont extrêmement limités dans le temps, comme par exemple un maximum de 90 secondes pour une partie de soccer (football). «Après un match, on est pénalisés dans le temps, la durée. Ceux qui veulent en avoir pour leur argent vont aller vers la chaîne qui détient les droits», déplore Florent Gautreau, de la chaîne RMC Info, ajoutant que ces réseaux qui n'ont pas les droits vont tranquillement s'en désintéresser en raison de la difficulté à obtenir des images.

Ce problème de couverture n'est maintenant plus exclusif aux chaînes télévisées. Chef du département des sports de l'Agence France-Presse (AFP), Didier Lauras estime que la situation a commencé à gagner également les médias écrits. «Combien de temps va-t-il se passer pour qu'on nous demande de payer pour écrire ou prendre des images?», se questionne-t-il. Ce basculement est également visible depuis quelques années chez les journalistes de la presse écrite qui sont simplement tolérés, estime Vincent Duluc, du journal spécialisé L'Équipe. Il raconte même avoir de la difficulté à être accrédité à des matchs de la Ligue des champions, auparavant nommé ligue d'Europe, et que son organisation a aidé à fonder en 1955. Le président de l'Union des journalistes sportifs de France, Jean-Marc Michel, poursuit en mentionnant que, depuis quelques années, les journalistes français doivent payer lorsqu'ils couvrent leur équipe en Angleterre.

Parallèlement, l'accès aux athlètes est également grandement diminué lors des grands événements comme les tournois de soccer européens, la Coupe du monde ou les Jeux olympiques. Contrairement à la coutume en Amérique - où les journalistes ont la plupart du temps accès aux vestiaires -, en Europe et souvent ailleurs dans le monde, des zones médias sont installées où les athlètes choisissent de s'arrêter ou de ne pas le faire. Ces joueurs doivent d'abord passer par les caméras des réseaux partenaires, puis celles régulières, avant de se présenter devant les journalistes des radios et de la presse écrite. Vincent Duluc, qui dit ne pas avoir réussi à s'approcher à moins de «quinze mètres» d'un joueur de l'équipe de France lors de la Coupe du monde 2014, utilise d'ailleurs souvent les commentaires donnés aux télévisions pour son texte parce qu'après deux arrêts, les joueurs ne s'arrêtent plus la plupart du temps. «Le vrai problème d'accès qui dépasse un peu les droits», pense-t-il.

Pour couronner le tout, Didier Lauras annonce que pendant l'événement en question, en marge des rencontres, la qualité des joueurs disponibles est souvent piètre, d'où l'importance de réussir à parler à des proches ou encore faire les portraits des mois avant la compétition. «Avec un accès à seulement quatre joueurs, qui souvent ne jouent pas, ça devient homogène et sans saveur», lance-t-il sans hésitation.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer