La deuxième déflagration

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À Tours, les journalistes sont revenus sur les attentats du 13 novembre dans la conférence Journalisme, terrorisme, état d'urgence, présentée dans le cadre des 9es Assises internationales du journalisme.

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Catherine Doré
Le Quotidien

CHRONIQUE / À la Place de la République, Paris, les traces des attentats du 13 novembre qui ont fait 130 morts et près de 400 victimes sont encore visibles. Des gerbes de fleurs sont déposées au pied de la statue chaque jour, tandis que certains y laissent des drapeaux ou des mots de solidarité.

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À la Place de la République, des fleurs sont encore déposées chaque jour.

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À quelques centaines de kilomètres de là, à Tours, les journalistes sont revenus sur les événements dans la conférence Journalisme, terrorisme, état d'urgence, présentée dans le cadre des 9es Assises internationales du journalisme.

Les images de l'événement ont été diffusées en boucle, partout sur le globe. Éric Valmir, chef du service reportage chez France Inter, rappelle que les médias ont malgré eux joué un rôle dans le climat de terreur qui s'est installé sur Paris dans les jours qui ont suivi.

«On veut mettre un titre accrocheur, c'est normal. Mais par le fait même, on ajoute de l'horreur à l'horreur. C'est comme s'il y avait une deuxième déflagration. C'est très dangereux», explique M. Valmir.

Ce dernier croit que pour éviter les erreurs et avoir le recul nécessaire pour traiter un événement, il faut accorder du repos aux troupes.

«Le soir même, à minuit, tous les journalistes ont voulu aider. Mais si on travaille de minuit à 8h, dans quel état est-on pour faire le reste de la journée?»

Dans les jours qui ont suivi, des rumeurs de nouvelles fusillades se sont multipliées sur les réseaux sociaux.

«Nous avions choisi de ne rien publier. Sur le moment, c'est très compliqué, car il y a la pression d'en haut, de tout le monde, pour aller en ondes. Nous n'avons pas cédé sous la pression et n'avons pas entretenu la terreur.»

Rédacteur en chef du Monde, Franck Johannès et son équipe ont évidemment suivi les attentats de près, choisissant de vérifier chaque information avant de la publier, acceptant ainsi consciemment d'être en retard sur leurs rivaux. Et ils se sont aussi donné la mission de poursuivre le travail.

«Depuis le 13 novembre, il y a eu au moins 150 articles du Monde avec ''13 novembre'' ou ''terrorisme'' dans le titre. (...) Ce qui est souvent reproché à la presse, c'est de se désintéresser rapidement d'une histoire. Au Monde, on a une équipe de six personnes qui continue à rencontrer des gens qui ont joué un rôle ce soir-là, qui continue à raconter», résume M. Johannès, qui a reçu des éloges de plusieurs intervenants au nom de son journal.

Questionné sur le fait que certains médias avaient pour leur part laissé de côté le sujet, Éric Valmir a été catégorique: «Il n'y a pas que ça dans nos vies. Si on ne parle que de ça, on va étouffer. Il faut trouver un équilibre, une juste mesure.»

Théorie du complot

Les théories du complot font sourire. Il est toujours amusant de voir à quel point certains utilisent une gymnastique mentale digne de Nadia Comaneci pour justifier leur théorie. Aux Assises, la question de l'importance d'enseigner aux jeunes les distinctions à faire entre des sources crédibles et des théories farfelues a été abordée dans la bonne humeur.

Et puis, les rires laissent place à l'émotion. Agathe André, journaliste pour Charlie Hebdo, raconte avec une pointe de colère dans la voix qu'elle a dû composer avec les adeptes de la théorie du complot. Deux heures après l'attentat qui a secoué le journal satirique, des internautes criaient déjà au complot. Des 12 victimes, huit travaillaient avec Mme André chez Charlie Hebdo.

«Ils disaient que les cercueils étaient vides, que le policier n'était pas mort, puisqu'il n'y avait pas de sang sur la vidéo. J'aurais eu envie de leur enfoncer la tête dans le sang des victimes en disant ''regarde comme c'est vrai! ''», l», lance la femme qui ne mâche pas ses mots.

Soudainement, on réalise que ces théories ont un impact beaucoup plus important qu'il n'y paraît.

Chez Spicee, on a plutôt décidé de créer de toutes pièces un faux complot: les Américains auraient créé le virus du sida pour anéantir le communisme cubain. Ceux-ci auraient trouvé un remède, d'où les rapprochements récents entre les pays... Ils ont diffusé ce «reportage» et ont ainsi pu découvrir comment le réseau des complotistes s'organisait. À découvrir au www.spicee.com, sous la rubrique Investigation.

La participation aux Assises du journalisme de Tours a été rendue possible grâce aux Offices jeunesses internationaux du Québec. Treize jeunes journalistes et étudiants font partie de la délégation québécoise. Pour plus d'informations, rendez-vous au www.lojiq.org.

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