Le premier grand amour

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Le Quotidien

L'amour en cinq récits, rédigés selon cinq points de vue distincts. En cette veille de la Saint-Valentin, cinq personnalités issues de différents milieux partagent en quelques lignes ce que leur inspire la Fête de l'amour : le chroniqueur Joël Martel, le maire de Roberval Guy Larouche, la rédactrice en chef de la tribune culturelle Mauvaise Herbe, Marielle Couture, la directrice du bureau des affaires publiques de l'UQAC, Marie-Karlynn Laflamme, ainsi que le correspondant international Frédérick Lavoie.

Joël Martel, chroniqueur

CHRONIQUE / Ça va quand même faire vingt ans cette année.

Mais bon, pourquoi aller droit au but lorsqu'on est doté d'une plume romanesque et que l'on peut ainsi créer un peu de mystère afin de vous garder captifs jusqu'à la fin de cette chronique, ô vous, chers lecteurs et chères lectrices?

Alors voilà, on va débuter ça en 1997 alors que je n'avais que 17 ans et que je croyais encore candidement à l'époque que je changerais le monde.

Maintenant, vous vous en souvenez certainement, mais quand on a cet âge-là, on ne rate jamais une occasion. Et là, qu'on se comprenne, mais ici, quand je vous parle d'occasion, je vous parle d'une fenêtre spatiotemporelle où vous aurez la chance de pouvoir vous laisser aller à vos pulsions sans craindre d'être surpris par l'arrivée de vos parents.

Cette année-là donc, voilà que ma copine de l'époque et moi avions justement droit à cette fameuse fenêtre spatiotemporelle et celle-ci allait justement tomber le soir de la Saint-Valentin.

J'imagine qu'on a alors partagé un repas ensemble et passé une soirée romantique à échanger sur la vie ou un truc du genre, or au moment tant attendu, soit celui où nous allions passer à la «Grande Finale», voilà que les plans ont soudainement changé.

Je ne me souviens plus si je m'apprêtais à me dévêtir ou si j'étais déjà sous les draps, mais quand ça m'a pris, je ne pouvais plus rien y faire.

Alors hop, j'ai laissé entendre un soupir ou probablement que c'est ma copine qui a remarqué que quelque chose clochait chez moi, mais j'ai fini par lui avouer que je devais impérativement partir retrouver une autre femme.

Cette femme, c'était ma mère.

Le truc, c'est qu'un an auparavant, ma mère avait subi une importante chirurgie après que les médecins aient fait l'horrible découverte d'un cancer du sein. Et puis comme ma mère a une drôle d'étoile qui fait en sorte qu'elle doive souvent subir des chirurgies lors de fêtes incontournables comme Noël, eh ben voilà qu'elle a pu ajouter la Saint-Valentin à cette liste.

J'étais donc là dans la chambre de ma copine et je n'arrivais tout simplement pas à me faire à l'idée qu'en cette étrange journée d'anniversaire, ma mère était seule à la maison.

Bien que je sois doté d'une mémoire souvent défaillante, je me souviens comme si c'était hier d'avoir bravé cette nuit froide de février pour me rendre jusqu'à la maison. J'ai aussi souvenir de l'air surpris de ma mère en constatant que j'avais finalement décidé de revenir à la maison. Je me souviens très bien de lui avoir dit que je souhaitais être là. J'ai aussi souvenir qu'elle m'avait tendrement remercié en me disant que ce n'était pas nécessaire et que j'avais le droit de vivre ma vie.

Mais vous savez quoi? Dix-neuf ans après cette nuit et 20 ans après cette chirurgie qui allait donner suite à de longues semaines de chimiothérapie et de terreur, je ne regrette toujours pas d'avoir au moins fait ça.

Évidemment, les années ont passé et je peux maintenant dire que je me suis réapproprié la Saint-Valentin. Et bien que je sache que ça va peut-être vous sembler étrange, ça n'a pas été chose facile.

Alors comme je vous disais au départ, ça va maintenant faire vingt ans que j'ai reçu le plus beau des cadeaux de Saint-Valentin: une mère toujours en vie.

Et puis même si elle m'avait dit à l'époque que je n'avais pas besoin de m'absenter de cette soirée romantique pour elle, je sais très bien qu'au fond, tout ça l'avait rendue heureuse. Et vous savez pourquoi j'en ai la conviction? Eh ben, si votre amoureuse vous a dit qu'elle n'avait besoin de rien de spécial pour la Saint-Valentin et que vous n'avez ainsi rien prévu pour demain, vous devriez bientôt être en mesure de comprendre...

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