Amour à rebours

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Le Quotidien

L'amour en cinq récits, rédigés selon cinq points de vue distincts. En cette veille de la Saint-Valentin, cinq personnalités issues de différents milieux partagent en quelques lignes ce que leur inspire la Fête de l'amour : le chroniqueur Joël Martel, le maire de Roberval Guy Larouche, la rédactrice en chef de la tribune culturelle Mauvaise Herbe, Marielle Couture, la directrice du bureau des affaires publiques de l'UQAC, Marie-Karlynn Laflamme, ainsi que le correspondant international Frédérick Lavoie.

Frérérick Lavoie, correspondant international

CHRONIQUE / C'est la veille du jour de l'An. Nous sommes à Bangalore, réunis chez des amis pour célébrer. Gayatri et Rajiv, nos hôtes, sont deux professionnels, employés de grosses compagnies. Ils sont mariés depuis deux ans et semblent filer le parfait bonheur. Leur complicité est évidente, tout comme l'affection qu'ils se portent l'un pour l'autre.

Je suis installé en Inde depuis à peine plus d'un mois. J'apprivoise encore mon nouvel environnement. Un premier voyage quelques mois plus tôt m'avait confirmé que l'Inde était le pays idéal pour remettre en cause mes certitudes sur le monde, me pousser à aborder l'humanité à travers un prisme différent. Et je venais pour une raison encore meilleure: rejoindre l'une de ses citoyennes, avec qui je comptais faire ma vie. Nous n'avions passé qu'une poignée de semaines ensemble, mais déjà, notre instinct penchait vers l'infini.

La soirée avance, tout comme notre alcoolémie. Je discute avec Gayatri. Au détour d'une phrase, elle m'apprend à mon grand étonnement que l'amour n'est pas à la source de son mariage avec Rajiv. Comme l'écrasante majorité des unions dans ce pays, leur mariage a été arrangé par leurs familles. Ou plutôt, «semi-arrangé».

Les parents de Gayatri ne lui ont jamais mis de pression pour qu'elle se marie, contrairement à ceux de certaines copines. Elle a pu profiter de sa jeunesse pour boire, fumer... et se faire briser le coeur par des garçons. Sa dernière rupture a été particulièrement douloureuse. Son amoureux était violent psychologiquement, et même physiquement.

Une fois sortie de cet enfer, Gayatri s'est promis de ne plus y retourner. L'amour n'était pas fait pour elle. Pour trouver le bonheur, elle aurait recours à la bonne vieille méthode traditionnelle. Elle s'inscrirait à un site de rencontre matrimonial et, avec sa mère derrière son épaule, chercherait la perle rare.

Après quelques rendez-vous non concluants, elle est tombée sur Rajiv. Il était gentil, honnête, drôle et surtout, il remplissait ses exigences et celles de sa famille pour former une combinaison gagnante: caste compatible, même groupe ethnolinguistique, même classe sociale.

Ce n'est que quelque part entre les préparatifs du mariage et sa célébration que l'amour, ou un sentiment apparent, s'est pointé le bout du nez.

Comme un bonus

Loin de moi la volonté d'idéaliser l'institution du mariage arrangé tel qu'elle est répandue en Inde et ailleurs. Pour chaque histoire heureuse, on en trouve des dizaines de tristes à mourir. Les critères pour déterminer le niveau de compatibilité des futurs époux sont le plus souvent discriminatoires et superficiels.

Néanmoins, cette rencontre avec un cas d'amour à rebours m'a fait réfléchir sur les facteurs de durabilité d'une relation. Comment savoir si, une fois la passion retombée, les irritants du quotidien bien installés, les corps vieillis, le couple pourra survivre? Ne vaudrait-il pas mieux s'attarder dès le départ aux compatibilités, plutôt que de faire aveuglément confiance à l'amour pour vaincre seule toutes les embûches?

Je me suis donc posé la question. Résultat: nous sommes amoureux. Et surtout, surtout, compatibles.

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