Le vieux rêve de Gilles Moreau

Gilles Moreau a décidé de construire un voilier... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse)

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Gilles Moreau a décidé de construire un voilier d'acier de 50 pieds de long et 16 pieds de large il y a 36 ans. Il a maintenant fait 90 % de ce projet hors norme dans lequel il a investi pas moins de 30 000 heures.

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Gilles Moreau a commencé la construction de son voilier de 50 pieds en 1981, dans l'espoir de le mettre à l'eau pour la venue à Québec des Grands voiliers en 1984. Nous sommes 33 ans plus tard et les grands voiliers sont revenus au Québec. Mais celui de Gilles Moreau est toujours sur son ber dans la cour de son atelier à Shipshaw.

Il ne faut surtout pas demander à ce mécanicien hydraulique, machiniste, soudeur, électricien, menuisier et 1000 autres métiers quand il entend mettre son bateau à l'eau. Après 30 000 heures de travail, il considère que 90 % du projet est complété et surtout, que « le pire est fait ».

Gilles Moreau travaille sur ce voilier depuis plus... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse) - image 2.0

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Gilles Moreau travaille sur ce voilier depuis plus de 30 ans. Cette photo prouve ce fait.

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La cuisinière alimentée au diesel est montée sur... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse) - image 2.1

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La cuisinière alimentée au diesel est montée sur des pivots pour rester à l'horizontale quand le bateau gîte.

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Dans le langage des jeunes, Gilles Moreau n'a pas construit un voilier, il a conçu « une véritable machine de guerre » de A à Z en récupérant à peu près tout ce qu'il pouvait à gauche et à droite. Il a transformé ces milliers de pièces de mécanique, de rebuts d'acier inoxydable de grade 316, d'acier, de verre et autres matériaux d'une façon tellement précise, que l'on croirait qu'il s'agit de pièces fabriquées en usine.

De l'extérieur, le bateau ressemble à une vieille coque d'acier sans grande valeur puisque les deux mats de 15 mètres et tout le gréement n'ont pas encore été installés. Le matériel est soigneusement entreposé dans l'atelier du retraité. Une fois sur le pont supérieur, on découvre lentement la précision et la qualité du travail de cet autodidacte qui n'a pas plus qu'une 8e année.

« J'ai commencé à faire du machinage à huit ans. Mon père vendait de la machinerie John Deere. Pendant la fin de semaine, j'avais accès à tout l'atelier pour m'amuser et apprendre. »

« Pour le voilier, reprend notre interlocuteur, j'ai eu la piqûre à Rimouski. Un Français avait entrepris la construction d'un voilier et j'ai décidé de le faire moi aussi. J'ai obtenu les plans d'un chantier naval de Montréal qui a cessé la construction de ce type de voilier en raison des coûts de construction très élevés. Un autre amateur a aussi fait ce voilier à Montréal », raconte Gilles Moreau.

Alimenté au diesel

La visite se déplace du pont supérieur à tout l'espace cabine. Le voilier a 16 pieds de large avec une quille lestée de 8000 livres de plomb qui sert en même temps de réservoir à diesel. Sa capacité de 300 gallons lui permet d'alimenter le moteur quatre cylindres John Deere, la génératrice et la cuisinière installée sur un système de pivot pour demeurer à l'horizontale lorsque le voilier gîte.

Il est impossible de poursuivre la visite sans demander à nouveau à ce bricoleur hors norme s'il avait hâte de mettre son voilier à l'eau et de faire le véritable test. La réponse étonne. « Quand je suis dans mon voilier, c'est comme si je naviguais. Bientôt, ils vont légaliser la marijuana et avec un joint, on peut s'imaginer bien des choses », ajoute mi-sérieux Gilles Moreau.

L'aspect un peu débonnaire de ce personnage attachant dissimule une volonté de fer et la réalisation de ce projet n'est qu'un élément visible de ce caractère difficile à cerner. Il est facile de constater que Gilles Moreau marche avec une certaine difficulté.

Il a perdu une jambe dans un accident de motoneige en 1969. Ce qui ne l'a pas empêché de grimper l'escalier de fortune des milliers de fois au cours de ces 30 dernières années. Il a réalisé ce projet tout en gagnant sa vie comme spécialiste de l'hydraulique, un travail physique puisqu'il manipulait des pièces lourdes.

Aujourd'hui, comme il le dit lui-même, sa « jambe de bois » risque de ralentir son projet. Non pas qu'il éprouve des problèmes particuliers avec sa jambe blessée. Mais le transfert d'effort sur l'autre jambe lui cause des problèmes à la hanche et il doit songer à une intervention chirurgicale. L'idée ne semble pas lui plaire, mais il compte bien poursuivre son rêve.

La visite de la cabine ne sera pas la dernière étape de notre rencontre. Gilles Moreau s'installe sur le sol et lève une à une les plaques de bois qui y sont fixées par un ingénieux système d'écrous d'acier inoxydable. Il est alors possible de découvrir le ventre de la bête. Tout le système mécanique est soigneusement installé avec des accès faciles pour les réparations. Il a toutefois conservé un espace particulier pour une baignoire en acier inoxydable.

Il n'y a pas un seul centimètre cube qui n'a pas d'utilité dans la cabine. Le constructeur signale que neuf personnes peuvent dormir sans qu'une seule soit installée sur la table de la salle à manger, comme c'est souvent le cas dans les bateaux commerciaux.

La table est possiblement l'objet le plus stupéfiant dans ce bateau. Elle repose sur un cylindre d'acier inoxydable. Le milieu de ce cylindre est occupé par un système d'étagères qui sort de la table à l'aide d'un petit moteur électrique et qui rentre lorsque le repas est préparé... comme tous les hublots qui s'ouvrent et se ferment à partir d'un seul bouton situé sur le tableau de commande qui actionne des petits moteurs hydrauliques.

Gilles Moreau a transformé ces milliers de pièces... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse) - image 3.0

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Gilles Moreau a transformé ces milliers de pièces de mécanique, de rebuts d'acier inoxydable de grade 316, d'acier, de verre et autres matériaux.

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Le constructeur a même installé un bain sous... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse) - image 3.1

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Le constructeur a même installé un bain sous le plancher pour son épouse.

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Une ancre bien spéciale

La première pièce qui attire le visiteur du voilier de Gilles Moreau est l'ancre principale qui pend sur le nez du voilier. Il s'agit d'une ancre d'acier inoxydable de grade 316 fabriquée entièrement par M. Moreau. Il a ensuite poli la pièce. L'acier inoxydable de grade 316 résiste à l'eau salée. Le constructeur a fabriqué de nombreuses pièces avec ce métal afin de diminuer l'entretien du bateau. Ça lui confère une finition assez spectaculaire.

Acier inoxydable de grade 316

Lors de son arrivée dans la région au début des années 1980, le principal intéressé a découvert que les soudeurs et machinistes n'utilisaient pratiquement pas ce métal. Il a donc été en mesure de s'en procurer de bonnes quantités chez les ferrailleurs pour réaliser les différentes pièces de son voilier. Aujourd'hui, il affirme maîtriser parfaitement la technique de polissage de ce métal. Il a même monté tout le système hydraulique du voilier sur des tuyaux d'acier inoxydable qu'il a également récupéré chez les ferrailleurs à la fin des travaux de construction de l'aluminerie d'Alma.

22 tonnes sans les équipements

Le système hydraulique de gouvernail du bateau qui n'a pas encore été baptisé est mû par un système hydraulique monté à partir d'une pompe hydrostatique récupérée sur une paveuse utilisée pour l'asphaltage. Il a effectué certaines modifications afin de bien répartir la pression d'huile. Le bateau a donc une roue principale et il peut, en cas de problème, installer une barre couplée directement avec les gouvernails arrière. En raison du poids de ce bateau (22 tonnes sans les équipements), deux propulseurs d'étrave située sous la coque vont permettre les déplacements latéraux.

Un moteur marin

Le moteur principal du voilier est un John Deere 4 cylindres pour les tracteurs. Gilles Moreau a apporté les modifications nécessaires pour le transformer en moteur marin. L'alternateur installé sur le moteur possède la puissance nécessaire pour permettre au constructeur de brancher une soudeuse électrique afin d'effectuer des réparations en mer. Une génératrice provenant d'un véhicule récréatif a été couplée sur un moteur Kubota au diesel, permettant ainsi l'utilisation d'un seul type de carburant pour le fonctionnement de tous les moteurs à bord et de la cuisinière.

Des pièces uniques

En plus des récupérer des matériaux chez les ferrailleurs, le constructeur amateur a conçu des outils spécifiques qui lui ont permis de monter le voilier et lui donner plus de force. Toute l'édition du Quotidien d'aujourd'hui ne permettrait pas de faire la liste de tout ce que cet autodidacte a fait d'ingénieux pour obtenir le bateau de ses rêves. L'exemple qui traduit le mieux l'imagination de cet inventeur est la toilette qui est installée sur un système permettant de la mettre à l'horizontale quand le bateau gîte et ainsi assurer tout le confort à son utilisateur.




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