Mélanie Frigon: profession, mécanicienne d'hélicoptère

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Mélanie Frigon a su tailler sa place comme mécanicienne d'hélicoptère, technicienne d'entretien d'aéronefs plus précisément, un monde majoritairement masculin

Le Progrès, Jeannot Lévesque

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« Je ne suis pas juste une bonne technicienne, je m'assure d'être excellente. » Telle est la devise de Mélanie Frigon, mécanicienne d'hélicoptère à la base d'Airmedic de Saint-Honoré. Elle ne manque pas d'assurance, une attitude nécessaire pour percer dans ce monde majoritairement masculin, où peu de femmes évoluent.

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Mélanie possède un coffre à outils qui ferait l'envie de bien des hommes!

Le Progrès, Jeannot Lévesque

Rencontrée à la base aérienne de Saint-Honoré de l'entreprise de secours médicaux d'urgence aéroportés, Mélanie Frigon parle avec passion de son métier de technicienne d'entretien d'aéronefs - de son nom précis - qu'elle appelle « aircraft maintenance engineer », le titre utilisé à travers le monde dans la langue de Shakespeare.

La jeune femme de 32 ans assure la maintenance de l'hélicoptère Agusta 109SP, qu'elle et les membres de l'équipe ont surnommé affectueusement « Shirley », en raison de la voix féminine utilisée par l'appareil pour communiquer messages et alertes au pilote.

Seule femme sur la base, elle s'assure que ses collègues masculins, qu'elle appelle amicalement ses « petits gars », seront en sécurité dans les airs, au même titre que les personnes secourues. « C'est mon bébé ! lance-t-elle, une main sur l'hélicoptère qui occupe le centre du petit hangar. Je m'occupe de mon hélicoptère et de mes petits gars comme si c'était moi, mon mari ou mes enfants qui allaient y monter. »

Et on ne peut que la croire : son mari David Parent fait partie des pilotes qui prennent les commandes de l'appareil. Parents de trois jeunes enfants, ils forment un couple depuis 16 ans, et se sont toujours suivis dans leurs projets.

C'est d'ailleurs en voyant David évoluer dans le monde des hélicoptères qu'elle a décidé de l'imiter. « Je voyais les gars faire, je les aidais en leur tendant des outils... Et c'est là que je me suis dit, "Wow, je tripe"! » raconte-t-elle.

Ils se sont tous deux engagés dans les Forces armées canadiennes et ont travaillé à la base de Petawawa, en Ontario. Après six ans à s'occuper de l'entretien mécanique d'hélicoptères Griffon, Mélanie a ensuite suivi David en Thaïlande quelques années, avant que le couple ne revienne en terre canadienne, à Trois-Rivières, ville natale de Mélanie.

Après avoir travaillé pour la société de transport HTSC, une nouvelle opportunité s'est présentée à eux avec Airmedic, il y a huit mois. « Il faut saisir toutes les occasions dans ce métier. Si tu veux percer, il faut foncer, il faut y aller », insiste-t-elle.

Du militaire au civil

Si dans l'armée, elle se sentait acceptée par ses collègues masculins, le choc s'est fait davantage sentir lors de son passage dans le domaine de l'aviation civile. « La première fois dans le civil, j'ai été déboussolée par le regard des gars avec qui je travaillais, confie-t-elle. Dans l'armée, il y a beaucoup plus de femmes et je crois que c'est plus accepté. »

Pas question pour autant pour Mélanie de se laisser intimider. Elle a employé la même technique qu'elle a développée au fil des années : mettre ses collègues rapidement à l'aise en sa présence et démontrer qu'elle connaît son métier. Et pas question de jouer à la fille : « Je me maquille la fin de semaine, pas la semaine ! »

Cependant, la tâche était ardue dans le domaine de l'aviation civile, puisque les techniciens doivent assurer la maintenance mécanique et électronique, ainsi que l'entretien de la structure des appareils, en plus de devoir posséder leurs propres outils. Elle a dû mettre à jour sa formation et apprendre rapidement.

Elle voulait montrer qu'elle pouvait se débrouiller, même avec son petit coffre à outils qu'elle portait d'une main. « Pour certaines choses de base, j'ai fait du Facetime avec mon père pour qu'il m'explique ! », se souvient-elle en riant. C'est d'ailleurs de son père, chef de la maintenance à l'aluminerie de Bécancour, qu'elle tient l'amour du travail manuel bien fait.

Aujourd'hui, Mélanie possède un coffre à outils qui ferait l'envie de bien des hommes avec ses nombreux tiroirs, où se trouvent des outils rutilants soigneusement classés qui totalisent... 40 000 $ !

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Airmedic Melanie Mali FrigonPhoto: Jeannot Lévesque

Une dizaine de femmes sur 300 techniciens au pays

Les femmes qui détiennent leur licence de technicienne d'entretien d'aéronefs sont rares au pays : elles sont huit, selon les plus récentes données de Transports Canada.

En date de décembre 2016, ces huit femmes faisaient partie des 302 techniciens ayant obtenu la licence délivrée par Transports Canada. Elles représentent un maigre 2,6% de l'effectif dans ce métier traditionnellement masculin. Il n'a pas été possible d'obtenir les données pour la province.

On ne peut cependant pas compter Mélanie Frigon parmi ces huit femmes, puisqu'elle a obtenu sa licence en juin, après plusieurs années de formation et d'expérience.

La licence de technicien d'entretien d'aéronefs est exigée pour les personnes oeuvrant dans le domaine de l'aviation civile. Ces données n'incluent donc pas les femmes effectuant le même métier dans les Forces armées canadiennes.

«Obtenir sa licence, c'est très difficile, le niveau d'échec est très élevé. Et il faut se maintenir constamment à jour et suivre les formations sur l'appareil sur lequel on travaille», explique-t-elle, en montrant les épais livres de procédures qu'elle doit suivre.

Mélanie revient d'ailleurs d'une formation d'un mois à Philadelphie, aux États-Unis, consacrée au modèle Agusta 109SP dont elle a la charge. «Sur le coup, les gars ne savaient pas trop comment m'accueillir, car ils reçoivent deux ou trois femmes par année sur les quelque 1000 étudiants qui suivent la formation!» explique la jeune femme qui est la première technicienne à travailler à la base de Saint-Honoré d'Airmedic. Auparavant, des techniciens de l'extérieur se déplaçaient dans la région.

Trois hélicoptères

Airmedic possède deux hélicoptères en fonction, celui du Saguenay, et un autre basé à Montréal. Un autre appareil est posté à Québec, en cas de besoin. La base du Saguenay peut couvrir tout le territoire de la province, et en cas de maintenance, les autres hélicoptères se tiennent prêts à intervenir.

Après avoir déménagé à plusieurs reprises dans les dernières années, Mélanie et son mari David Parent, pilote d'hélicoptère, adorent leur nouvel emploi chez Airmedic. Et pour preuve, David, qui ne travaillait pas lors de notre passage, en a profité pour organiser un court vol, au grand plaisir de l'équipe de reportage du Progrès, pour montrer leur «Shirley» en marche.

«C'est ça notre travail. C'est pas si pire, hein?», a laissé tomber le pilote, un sourire en coin, pendant que nous survolions Saint-Honoré par une belle journée ensoleillée.

Sur les traces de ses parents

William, sept ans, souhaite suivre les traces de... (Courtoisie) - image 4.0

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William, sept ans, souhaite suivre les traces de ses parents.

Courtoisie

Avec une mère mécanicienne d'hélicoptère et un père pilote, pas étonnant que le fils aîné de Mélanie et David souhaite suivre les traces de ses parents ! Âgé de sept ans, le petit William, qui a fait son premier vol d'hélicoptère à neuf mois, hésite entre les deux métiers. Il apparaît ici à côté d'un avion Pilatus PC-12 d'Airmedic basé à Saint-Hubert. Parions que ses cadets, les jumeaux Abygail et Derek, trois ans, seront eux aussi certainement des passionnés d'aviation !




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