Pensionnat de Pointe-Bleue: un passé douloureux

Ghislain Picard, Clifford Moar, Élisabeth Launière et Constant... (Photo Le Progrès, Louis Potvin)

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Ghislain Picard, Clifford Moar, Élisabeth Launière et Constant Awashish ont reçu une couverture pour témoigner du réconfort dont avaient besoin les quelque 200 survivants qui participent aux commémorations du pensionnat de Pointe-Bleue.

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Louis Potvin
Le Quotidien

Pour passer à travers la douleur du pensionnat de Pointe-Bleue, les survivants doivent avoir le feu sacré de la résilience.

Ils étaient 200, vendredi, réunis à l'aréna de Mashteuiatsh pour assister à la cérémonie d'ouverture de la commémoration du pensionnat de Pointe-Bleue. Cette école qui a arraché de nombreux enfants de leur famille en essayant de faire disparaître leur langue et leur culture.

Les autochtones sont venus de Manawan, d'Opitciwan et de Wemotaci pour se remémorer ce pan d'histoire cruel. Plusieurs gardaient leurs émotions lors des discours. C'est lorsque les gens se sont déplacés pour observer l'exposition de photos du pensionnat que les émotions ont remonté à la surface. Des femmes et des hommes s'enlaçaient et pleuraient à chaude larme, envahis par des souvenirs très douloureux.

« C'est beaucoup d'émotion. Je pense à ma mère et à mes oncles qui sont venus au pensionnat. Ce n'est pas facile de se faire amener de force par la police dans ce pensionnat où il se passait des choses toujours pas catholiques. Est-ce que je dois être fâché ou que je dois pardonner ?, s'est questionné le Grand chef des nations Attikameks Constant Awashish. Il faut pardonner sans oublier. On est encore là et on sera toujours là avec notre langue et notre culture », a-t-il ajouté.

Le Chef d'Optciwan Christian Awashish était présent à la cérémonie. Il a fréquenté le pensionnat de Pointe-Bleue quelques années dès l'âge de 11 ans. « Ça fait remonter des souvenirs pas toujours heureux. Je n'ai pas subi des sévices de la part des professeurs, mais d'autres élèves », a-t-il mentionné au Progrès en fixant au loin.

Le chef de Mashteuiatsh Clifford Moar a lui aussi fréquenté un pensionnat, mais à Québec. Comme sa famille était anglicane, il a dû suivre des cours en anglais. « Je trouvais chanceux mes frères de prendre le train à Chambord, mais j'ai vite compris pourquoi ils pleuraient quand ils partaient. C'était pour longtemps... Ce n'était pas le choix de nos parents. Quand ma mère fabriquait des mocassins pour nous, on ne voyait pas les larmes qui tombaient sur le cuir. Elles séchaient rapidement », a-t-il illustré pour démontrer toute la cruauté de la présence des pensionnats.

Ce monument commémoratif a été réalisé par cinq... (Photo Le Progrès, Louis Potvin) - image 2.0

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Ce monument commémoratif a été réalisé par cinq artistes autochtones et il rappelle la présence des 139 pensionnats indiens répartis à travers le pays.

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Toujours debout

Parmi les activités de cette commémoration, il y a la visite du pensionnat qui a été transformé en école autochtone Kassinu Mamu. Un autre moment chargé d'émotions pour plusieurs.

Par contre, l'idée de garder l'école représente un symbole. « Dans les années 80, on a eu une discussion sur l'avenir de la bâtisse. Je disais passons un bulldozer et je vais même le chauffer pour détruire cet édifice. Heureusement, les aînés nous ont éclairés et de plutôt s'en servir pour passer à travers cette épreuve », a mentionné Clifford Moar.

Un point de vue partagé par le chef de l'Assemblée des Premières nations du Québec et du Labrador Ghislain Picard. « Ailleurs on a tenté d'enterrer le souvenir en mettant à terre le pensionnat. Vous, à Mashteuiatsh vous avez gardé le bâtiment pour lutter contre la politique qui voulait nous mettre à terre ».

Résilience

Le mot qui a été répété le plus durant cette cérémonie a été résilience. Peuple de peu de mot et fort en symbole, les silences qui ont marqué cette journée démontraient la force et le courage de ce peuple à qui on fait subir un génocide culturel. Comme symbole du besoin de ces survivants d'être dorloté, une grande couverture a été remise à ceux qui ont pris la parole. 

Toute cette souffrance a laissé des plaies. Cette commémoration sera pour plusieurs le moment de les faire cicatriser une fois pour toutes.




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