Graphic Packaging: la Ville ne s'en mêlera pas

L'avenir du site de l'ancienne usine de Graphic... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse)

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L'avenir du site de l'ancienne usine de Graphic Packaging est encore revenu sur le tapis, lundi, lors de la séance du conseil municipal de Saguenay.

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Saguenay n'a pas l'intention de sécuriser le site de l'usine Graphic Packaging, propriété de la société ontarienne BayShore, estimant qu'il revient au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de Lutte contre les changements climatiques (MDDELCC) d'assumer cette responsabilité en vertu de la Loi sur la qualité de l'Environnement.

Tel qu'annoncé au cours des derniers jours, la chef de l'Équipe du Renouveau démocratique (ERD), Josée Néron, a présenté à ses collègues un projet de résolution visant à ce que Saguenay prenne des mesures pour sécuriser le site industriel et que la Ville dépose une demande d'aide financière au gouvernement du Québec pour accomplir cette tâche. La résolution est rédigée en considérant la dangerosité des lieux, le fait que sept incendies de nature criminelle aient été allumés dans les dernières semaines, qu'une personne soit décédée le 2 mars dernier à la suite d'une chute et du caractère urgent de la situation.

Le conseiller du district, Jonathan Tremblay, a tenté de faire tourner le débat au vinaigre en accusant la conseillère de faire de la politique électoraliste dans ce dossier, de ne pas connaître le dossier alors qu'il est en discussion avec le contentieux de la Ville tout en l'accusant de tenir des propos erronés dans les médias sur le problème. Il a rappelé que la compagnie BayShore, impliquée dans le dossier, doit à la Ville une somme de 1,4 M $ en arrérages de taxes et que l'adoption de la résolution telle que rédigée impliquerait la responsabilité de la Ville. « C'est une résolution dangereuse qui pourrait rendre la Ville responsable. On travaille pour arriver à des solutions réalistes et à une résolution qui sera une meilleure alternative. On trouve important de remettre les pendules à l'heure », a déclaré M. Tremblay.

Les propos du conseiller ont été repris par le maire Jean Tremblay qui a soutenu que le ministre possède des pouvoirs conférés par l'article 115.1 de la LQE qui édicte qu'au cas où un contrevenant a été déclaré coupable d'une infraction, le ministre peut, aux frais du contrevenant, prendre l'une ou plusieurs des mesures et les faire payer par les anciens propriétaires soit Graphic Packaging et même Cascades. Quant à savoir si Graphic Packaging est coupable d'une infraction quelconque, la question demeure en suspens d'autant plus qu'elle doit procéder à une étude de caractérisation du terrain qui doit débloquer vers un plan de réhabilitation.

Amendement

Le débat au conseil a pris fin avec le dépôt par le maire d' un amendement à la proposition de l'ERD afin que le ministre exerce tous les pouvoirs qui lui sont dévolus et agisse avec urgence pour que l'usine soit démolie aux frais de l'ancien propriétaire.

En point de presse, le maire Tremblay a refusé qu'on l'accuse de vouloir transférer la patate chaude au gouvernement du Québec. Citant l'exemple le dossier Ado Métal, de Résolu avec l'ancienne papeterie Port-Alfred ou de la Scierie Saguenay, M. Tremblay a affirmé qu'il n'est pas du ressort de la Ville de sécuriser des sites ou immeubles désaffectés. « Pensez-vous que c'est à nous de sécuriser ces lieux ? Si c'est ça, on va aller dans les églises désaffectées pour sécuriser ». M. Tremblay affirme que la proposition déposée par Mme Néron était très malhabile et aurait pu impliquer la responsabilité de la Ville.

Du côté de la conseillère, cette dernière s'est félicitée d'avoir déposé le projet de résolution en affirmant qu'il avait pu permettre le débat ayant conduit à l'adoption d'une position. Selon elle, la proposition ne visait nullement à lancer des attaques personnelles face au travail accompli.

Ceci dit, aucune mesure de sécurisation n'est prévue à court terme. Selon certaines informations qui circulent, la ligne de gaz qui relie l'usine était encore active il y a deux semaines avant qu'un citoyen n'intervienne.

Entente négociée

Le maire a commenté l'entente de cinq ans intervenue avec le Syndicat des policiers de Saguenay concernant le renouvellement de la convention collective. Le nouveau contrat prévoit une hausse salariale de 2 % par année. Il a rappelé que, sous sa gouverne, aucun conflit de travail n'est survenu avec aucun groupe d'employés, malgré des difficultés rencontrées quelques fois pour que chaque partie mette de l'eau dans son vin.

Cascades n'a rien à voir au dossier

La papetière Cascades soutient qu'elle n'entretient aucune discussion avec le ministère du Développement durable concernant le site de son ancienne cartonnerie de Jonquière vendue à Graphic Packaging tout simplement parce que les responsabilités environnementales ont suivi, lors de la transaction.

Selon Hugo D'Amours, porte-parole de Cascades, au moment de la vente le 5 décembre 2015, l'entreprise a cédé un terrain et une usine industrielle en bon état de fonctionner qui, par la suite a été revendue à BayShore. « Lorsque nous avons vendu les installations, la responsabilité environnementale a suivi. Cette revente ne nous lie pas », déclare M. D'Amours.

Il ajoute que Graphic Packaging est toujours en activités. « Personne de chez Cascades n'est retourné sur les lieux. Avec ce que l'on peut voir dans les médias, on ne peut que se désoler de ce qui semble être l'état du site actuellement. Ce n'est pas l'état du site au moment de la vente ».

Le ton monte d'un cran entre les élus

(Stéphane Bégin) - Carl Dufour, président de la Commission de la sécurité publique de Saguenay, veut bien que Josée Néron, chef de l'Équipe du renouveau démocratique (ERD), parle de la sécurité entourant l'ancienne usine Graphic Packaging, mais à la condition qu'elle dise la vérité. Mme Néron voulait amener le débat autour de la table des élus.La campagne électorale municipale n'est pas encore officiellement lancée à Saguenay que le ton monte encore d'un cran entre les politiciens.

Dans une brève vidéo touchant la sécurité de l'usine du secteur de Kénogami, victime d'un septième incendie criminel, Mme Néron, candidate à la mairie, mentionne qu'elle a été interpellée par les citoyens du quartier, des employés de la ville, dont certains du service des incendies et du service de police qui réclament plus de sécurité.

« Mme Néron a le droit de faire des déclarations sur les dossiers, mais j'aimerais bien qu'elle donne les véritables informations. Je suis le président de la Commission de la sécurité publique et j'ai discuté avec les chefs Denis Boucher (Sécurité publique de Saguenay) et Carol Girard (Service des incendies de Saguenay) et jamais ils n'ont été approchés par Mme Néron ou l'ERD. Ils n'appuient aucunement la proposition de l'ERD concernant l'usine », de dire Carl Dufour.

Confirmation

Ce dernier a obtenu la confirmation des chefs Boucher et Girard qu'aucun employé ne risquerait sa vie ou sa santé en intervenant sur le site de l'usine. 

« S'il y a un appel, ils vont y répondre et vont arroser le feu. Mais il n'est pas question de mettre la vie des gens en danger. »

« Cette sortie de l'ERD est de l'amateurisme pur et simple. Je crois que les gens de l'ERD veulent simplement faire peur aux citoyens et de créer un climat d'insécurité. Il y a d'autres sites abandonnés dans la ville et personne n'en parle », a poursuivi M. Dufour, tout en précisant que ces lieux sont privés et qu'ils ne sont pas accessibles.

La sécurité

Interrogée sur les propos du confrère du conseil municipal, Josée Néron dit ne pas avoir l'intention de faire une chasse aux sorcières dans cette affaire.

« J'ai parlé au nom des citoyens du quartier, des employés de la ville, dont certains de la police et des pompiers. Ils ne peuvent entrer, car c'est rendu trop dangereux. Ces gens sont inquiets et ils me l'ont fait savoir », a d'abord laissé voir la chef de l'ERD.

« Ce que j'ai voulu, c'est d'amener le débat à la table du conseil municipal. J'avais une proposition à déposer qui montrait que ce dossier a de la valeur. La résolution a été amendée afin de demander au ministère de l'Environnement d'analyser le dossier. On verra ce que ça va donner », ajoute Mme Néron.

Celle-ci précise qu'elle n'a pas l'intention de viser un élu en particulier ou de faire savoir qu'un conseiller n'a pas fait son travail.

« Ce que je veux, c'est que l'on prenne des dispositions pour assurer la sécurité de tous. Ce dossier nécessite un débat et c'est ce que nous faisons. Lorsqu'il y a un problème, il faut trouver des solutions. Ce que nous avons proposé était un canevas de départ tout simplement », a conclu Josée Néron.

Québec et Saguenay peuvent agir, dit Sylvain Gaudreault

(Pascal Girard) - Le député péquiste de Jonquière, Sylvain Gaudreault, a contacté le bureau du ministre de la Sécurité publique, Martin Coiteux, pour qu'il intervienne dans le dossier de l'ancienne usine de Graphic Packaging à Jonquière. Selon lui, la Loi sur la sécurité incendie permet au directeur du service de Sécurité incendie de Saguenay d'interdire l'accès au lieu incendié.

« La Ville hésite à s'engager, car ça va coûter cher », a-t-il indiqué lors d'un entretien téléphonique. Pour contrer cela, il cite un article de la Loi sur la sécurité civile qui autoriserait Québec à dédommager Saguenay. La loi stipule que le ministre de la Sécurité publique peut « apporter un soutien matériel, technique ou informationnel à l'autorité responsable de la sécurité civile qui met en oeuvre des mesures d'intervention ou de rétablissement. »

Le député Gaudreault s'attend à recevoir une réponse d'ici les prochains jours. « Mais la responsabilité première, c'est celle de BayShore (le propriétaire) qui est archidélinquante », a-t-il ajouté.

L'ancien propriétaire responsable, selon Blackburn

(Pascal Girard) - «La responsabilité ultime à l'égard du terrain est à Graphic Packaging. C'est à eux de dépolluer et démolir», croit le candidat à la mairie de Saguenay, Jean-Pierre Blackburn, même si l'entreprise a depuis vendu ses installations à BayShore.

Selon lui, la Ville serait malvenue de procéder directement et d'encourir des dépenses. «Il faut être naïf de penser que la Ville pourrait agir de façon unilatérale. Jamais un gouvernement n'accepterait de rembourser», a ajouté M. Blackburn.




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