Première femme capitaine à la SPS

SPS: la révérence d'une pionnière, première femme capitaine

La policière Christine Tremblay prend sa retraite après... (Courtoisie)

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La policière Christine Tremblay prend sa retraite après 32 ans. Elle a été la première femme à accéder au rang de capitaine à la Sécurité publique de Saguenay.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Au terme d'une brillante carrière de 32 ans, la première femme à avoir accédé au rang d'officier à la Sécurité publique de Saguenay (SPS) prend sa retraite. Entre 1984 et 2017, Christine Tremblay en a vu « des vertes et des pas mûres » sur la patrouille et au bureau des enquêtes.

Devenue cadre il y a sept ans, la menue policière a fait preuve d'audace et de ténacité tout au long de sa vie professionnelle pour se tailler une place dans un monde d'hommes, sur fond de stéréotypes et d'idées préconçues.

« Si j'avais porté plainte chaque fois que j'ai été victime de harcèlement en début de carrière, je serais millionnaire! », lance à la blague Christine Tremblay en ouverture d'entrevue.

Celle qui a obtenu son diplôme de l'École nationale en 1982 se souvient d'une époque où les policiers voyaient d'un très mauvais oeil l'arrivée des femmes dans les rangs. À la Sûreté municipale de Chicoutimi, il n'y en avait que deux : Martine et Christine Tremblay. Les agentes, qui ont toutes deux abouti aux enquêtes, étaient différentes à bien des égards, à commencer par leur taille. Martine Tremblay, très grande, dépassait de plusieurs centimètres sa collègue Christine, 5'5'' pour 120 livres. Le petit gabarit de celle qui répondait, jusqu'à mercredi dernier, au titre de capitaine Tremblay, ne l'a jamais empêchée de progresser vers l'atteinte de son but. Originaire de Chicoutimi-Nord, elle était la cadette de cinq enfants. Ses quatre frères ont fait carrière dans les Forces canadiennes.

« J'ai grandi dans une famille d'uniformes. Mais moi, je voulais être police. Je me suis dit que si j'étais refusée en Techniques policières, je ferais comme mes frères et j'entrerais dans l'armée », raconte-t-elle.

L'année où Christine Tremblay a obtenu son diplôme de Nicolet, elle faisait partie d'une cohorte comptant 17 policières. Du jamais-vu, relate-t-elle. Enfin, la police ouvrait toutes grandes ses portes à la gent féminine, au grand bonheur de Christine Tremblay.

Cependant, il y avait loin de la coupe aux lèvres pour la jeune représentante des forces de l'ordre, qui a dû travailler d'arrache-pied pour se faire un nom et pour gagner le respect de ses collègues. En particulier ceux qui ne voulaient pas patrouiller avec elle.

« C'était une culture bien différente de celle d'aujourd'hui. Ce type de mentalité, ça prend des années à changer. Après mon premier été, j'étais brûlée, mais comme jeune policière, j'avais de la "drive" et je n'allais pas laisser personne m'arrêter. Le temps m'a donné raison », pointe l'officière nouvellement retraitée.

En début de carrière, l'« hyperactive opérationnelle » (c'est elle qui le dit!) n'avait pas froid aux yeux. Animée de la conviction qu'elle devait en faire plus parce qu'elle était une femme, petite de surcroît, elle « fonçait dans le tas ». De plus, Christine Tremblay savait pertinemment qu'elle n'avait pas droit à l'erreur.

« Je ne m'en laissais imposer par personne. Je ne pouvais pas me le permettre. J'étais plus agressive et moins permissive. J'ai déjà vu des gars barrer les quatre portes de l'auto dans des situations où ça brassait. Moi, j'y allais. J'en ai mangé des coups », relate Christine Tremblay. Une amie lui a récemment fait remarquer qu'elle avait le « syndrome du chihuahua », associant la témérité dont elle a fait preuve tout au long de sa carrière à son désir de compenser pour quelques pouces en moins. Mais la policière, elle, ne s'est jamais arrêtée à cela. Elle confie d'ailleurs que ce n'est qu'en décembre 2016, alors qu'elle remettait une médaille à un policier de 6'4'', qu'elle a réellement pris conscience de la petitesse de sa taille.

Pas de plan de carrière, beaucoup de motivation

En 15 ans de patrouille, Christine Tremblay n'a jamais cessé d'avancer. Elle n'avait pas de plan de carrière, juste l'envie de pratiquer une profession à laquelle elle vouait une immense passion.

« Je suis tombée sur un bon sergent et j'ai eu ma permanence en 1987. Je suis allée me chercher beaucoup d'expertise. Je suis assez cartésienne et je voulais avoir le plus d'outils possible à ma disposition. J'ai obtenu des qualifications en alcootest, en enquête-collision, en patrouille judiciaire. J'ai acquis beaucoup de formation et je faisais beaucoup de scènes de suicides, de morts ou d'accidents mortels. Je suis devenue une référence pour certains collègues », relate la mère de deux garçons âgés de 22 et 25 ans.

Un remplacement aux enquêtes lui a permis d'acquérir « un autre bagage ». Christine Tremblay a eu la piqûre et y est demeurée une dizaine d'années.

« Le fait de résoudre quelque chose, de trouver les pièces manquantes d'un casse-tête, c'était fascinant. Je pensais à ça tout le temps », enchaîne-t-elle. Christine Tremblay s'est penchée sur de nombreux cas de fraude et de vols. Elle est aussi devenue une interrogatrice redoutable.

Des dossiers marquants

Plusieurs dossiers ont marqué la carrière de la policière. Aux enquêtes, elle se remémore l'affaire « Barclay », un type qui se trouvait en libération conditionnelle venu en région pour y commettre une agression sexuelle sur une fillette de 12 ans. En une fin de semaine, et grâce à l'apport exceptionnel de la victime, l'homme a été retracé, puis arrêté. Après avoir comparu dans les heures suivantes, il a été déclaré délinquant dangereux et envoyé à l'ombre, où il se trouve encore aujourd'hui.  

« On avait reçu une belle lettre des parents de la jeune fille pour nous remercier. C'était très agréable de recevoir une reconnaissance comme ça. C'est rare qu'on a des félicitations », confie Christine Tremblay, une femme énergique qui ne fait pas mentir la maxime voulant que dans les petits pots se trouvent les meilleurs onguents.  

Au sujet des éloges, qui se font plutôt rares à l'égard du travail des agents de la paix, celle qui est devenue capitaine en 2010 ne rate pas l'occasion de mettre en relief les conditions pour le moins spartiates dans lesquelles évoluent les policiers sur le terrain aujourd'hui.

« Je suis rentrée en même temps que l'adoption de la Charte des droits et libertés. Ç'a pris une certaine adaptation. Aujourd'hui, les policiers sont tellement encadrés. Ils ont souvent les mains liées et c'est devenu de plus en plus difficile pour eux de faire leur travail. On est passés à l'extrême. On nous a tellement imposé de règles pour respecter les droits des gens que ça limite parfois notre travail. La population ne comprend pas toujours pourquoi il y a certaines choses qu'on ne peut pas faire », pointe Christine Tremblay.

Les nouvelles technologies et les médias ont un impact sur les perceptions, ce qui n'est pas sans répercussions sur les interventions policières. L'ex-cadre comprend le travail des journalistes. Elle confie que l'officier des affaires publiques, Bruno Cormier, dont elle était d'ailleurs le patron, a beaucoup contribué à son éducation en ce sens et à une meilleure compréhension de sa part des enjeux auxquels font face les membres de la presse. Or, Christine Tremblay ne se gêne pas pour dire que les gros titres ne reflètent parfois qu'un cliché du moment et une infime partie du travail, souvent ardu, des policiers.

« Les gens ne voient pas l'avant d'un événement. Nous, on a un devoir de réserve et on ne peut pas parler. On protège nos policiers. C'est rendu difficile pour eux », conclut-elle.

Une retraite «hyperactive»

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Coureuse, cycliste, adepte de randonnée en montagne, peintre et verrière amateur, Christine Tremblay ne manquera certainement pas de passe-temps pour meubler les jours qui viennent.

Courtoisie

Au cours de sa carrière, Christine Tremblay a souvent dû tourner sa langue sept fois avant de parler ou, à l'inverse, lever le ton pour exprimer son point de vue. Elle a dû défoncer des portes, se démarquer.

« À tous les échelons, des gens ont essayé de me mettre des bâtons dans les roues. Même avant que je sois devenue lieutenant, il y avait eu un peu de magouille en arrière. Quand des occasions se sont présentées, je les ai saisies et j'ai toujours été convaincue que je faisais la bonne chose. Tout ce que j'ai acquis, personne ne me l'a donné. Je suis allée chercher ça un pas à la fois. Je n'ai jamais eu de bonbons », note celle qui se dit très sereine à l'aube de la retraite et fière du travail accompli.

Projets

Coureuse, cycliste, adepte de randonnée en montagne, peintre et verrière amateur, Christine Tremblay ne manquera certainement pas de passe-temps pour meubler les jours qui viennent. La femme de 55 ans aimerait aussi parfaire ses connaissances en anglais et apprendre la sculpture.

Christine Tremblay confie qu'elle jongle aussi avec la possibilité de siéger au conseil d'administration d'un organisme, comme elle l'a fait pendant une dizaine d'années au Centre féminin, et avance même la possibilité de se trouver un nouvel emploi. Rien, mais absolument rien n'est coulé dans le béton pour cette femme qui a un penchant avoué pour les défis, peu importe leur nature.

Christine Tremblay n'a aucun remords ni regret quand elle s'arrête pour penser aux 30 dernières années de sa vie. Au plan professionnel, toutefois, elle aurait aimé partir en sachant que l'État major de la SPS compte en ses rangs une autre officière.

« Ça me fait un petit pincement, mais je sais qu'il y en a des bonnes et qu'il y a une relève. Ce n'est qu'une question de temps », termine-t-elle.




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