Bipolaire, l'aide médicale à mourir lui a été refusée

Véronique Dorval a mis fin à ses jours... (Photo courtoisie)

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Véronique Dorval a mis fin à ses jours le 19 mai dernier à Québec. Elle souffrait de maladie mentale et voulait recevoir l'aide médicale à mourir, ce qui n'a pas été possible.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Une jeune femme de Saguenay aux prises avec une maladie mentale grave, à qui l'on a refusé l'aide médicale à mourir, s'est enlevé la vie à Québec le 19 mai dernier dans des circonstances tragiques. Quelques minutes avant de mourir, Véronique Dorval a rédigé une lettre dans le but de faire changer les choses. Elle souhaitait que son message soit diffusé le plus largement possible.

« Bonsoir. Je suis en ce moment en train de mourir et j'aimerais laisser un message au lecteur. Vous pouvez l'ajuster à votre colonne, mais j'aimerais conserver ma signature. Merci, Véro », a-t-elle adressé à deux journaux nationaux avant de commettre l'irréparable.

Des membres de sa famille qui habitent toujours au Saguenay ont voulu diffuser sa lettre ici dans la région et faire connaître l'histoire de Véronique.

Docteure en biochimie, elle était une femme brillante. Elle était aussi bipolaire à cycles rapides et n'en pouvait tout simplement plus de souffrir. La médication n'arrivait pas à dissiper un mal-être intérieur qui la tuait à petit feu. Véronique a demandé l'aide médicale à mourir. L'ultime recours lui a été refusé. Dans les minutes qui ont précédé sa mort, elle était convaincue qu'elle répondait aux critères dictés par la loi.

« Les gens atteints du cancer peuvent mourir dans la dignité et un certain confort, entourés de leurs proches. Une personne atteinte d'une maladie mentale, elle, meurt seule, dans le coffre de sa voiture [...]. J'aurais tellement voulu être accompagnée et aidée à faire le grand saut », peut-on lire dans le court testament de Véronique.

Une grande dame

Le 25 mai, la tante de Véronique, Hélène Béland, a publié la lettre de sa nièce intégralement sur sa page Facebook.

« En fin de semaine dernière, j'ai perdu ma seule et unique nièce [...]. Le mal de vivre dont elle souffrait était inimaginable. Le cancer de l'âme avec des métastases au cerveau, comme elle le disait », a exprimé Mme Béland, qualifiant sa nièce de « grande dame ». Le commentaire a été partagé plus de 360 fois.

En entrevue téléphonique, elle a précisé que la lettre de Véronique a été envoyée une demi-heure avant qu'elle ne s'éteigne.

« Elle voulait partager sa souffrance et en même temps parler de l'aide médicale à mourir, qu'elle aurait aimé avoir. Son mal de vivre était plus fort que tout », a confié Hélène Béland.

Tabous

Dans sa courte missive, Véronique Dorval fait état des tabous qui persistent à l'égard de la maladie mentale.

« Je m'en suis toujours cachée », écrit-elle. Sa tante ajoute que pour la détentrice de trois postdoctorats, qui a reçu le diagnostic de bipolarité en 2004, le fait d'aller travailler commandait « un effort surhumain ».

Les parents de Véronique ont honoré les dernières volontés de leur fille en laissant ses mots circuler librement. Ils préfèrent toutefois vivre leur deuil loin du regard des médias.

Véronique Dorval rêvait d'avoir une famille. L'été dernier, elle a confié à des proches qu'il s'agissait, selon elle, d'une quête impossible.

Une loi balisée par des règles strictes

Le Centre intégré universitaire de santé et services sociaux (CIUSSS) de la Capitale-Nationale ne peut commenter le dossier de Véronique Dorval pour des raisons de confidentialité. La direction rappelle que l'aide médicale à mourir est balisée par des règles très strictes et que la loi ne laisse aucune place à l'interprétation.

Agente d'information au CIUSSS, Catherine Chagnon a précisé que pour être jugée admissible, une personne qui souhaite recevoir l'aide médicale à mourir doit répondre à tous les critères dictés par la loi (voir encadré).

« De juin à décembre 2016, nous avons reçu 20 demandes. De ce nombre, 16 l'ont reçue. C'est très balisé », a-t-elle fait valoir.

Le Dr Louis Roy, médecin en soins palliatifs au CHU de Québec, signale qu'il ne revient pas aux cliniciens de statuer sur la loi ni de dire si les critères devraient être révisés ou élargis.

« On doit regarder ce qui est écrit dans les lois du Québec et du fédéral. Dans les deux situations, on parle d'être atteint d'une maladie grave et incurable. Au fédéral il faut que la mort naturelle soit devenue raisonnablement prévisible. Ce n'est pas précis en termes de jours, de mois ou d'années, mais ce que ça veut dire, c'est qu'on s'attend à ce qu'il y ait un décès qui survienne à cause de cette maladie. Quand on est face à des problèmes de santé mentale qui sont des maladies chroniques, le décès n'est pas prévisible dans un temps relativement court puisque ce sont des maladies qui affectent le fonctionnement du cerveau, mais qui ne mettent pas en danger la survie de la personne », met-il en relief. Le médecin convient que le cas de Véronique est déplorable.

« C'est toujours difficile de voir que des gens ont une souffrance telle qu'on ne réussit pas à les aider, à les soutenir ou à leur trouver un moyen de vouloir continuer dans la vie », a-t-il affirmé, au cours d'un entretien téléphonique.




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