Une visite au centre de tri de Roberval

Les ballots des centres de tri pèsent entre... (Le Quotidien, Pauline Mourrat)

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Les ballots des centres de tri pèsent entre 500 kilogrammes et une tonne.

Le Quotidien, Pauline Mourrat

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Pauline Mourrat
Le Quotidien

« Avant de rentrer, on doit s'équiper ! », lance d'emblée le superviseur du centre de tri de Roberval, Stéphane Desmeules, tout en chaussant ses bottes de sécurité. La règle est stricte, personne ne peut franchir la grande porte jaune qui mène à l'édifice sans avoir enfilé l'équipement complet.

Mettre son dossard fluorescent, son casque, ses lunettes et ses bottes de sécurité fait partie de la routine quotidienne des 24 employés du centre de tri de Roberval. À l'intérieur de la bâtisse, chacun a un rôle bien précis et tout le monde s'affaire à la tâche, comme une vraie fourmilière. « Ici, on trie près de 60 tonnes de matières recyclables par jour, et pas loin de 14 000 tonnes par an », explique Stéphane Desmeules, en haussant la voix pour couvrir le bruit des machines qui trient, broient et concassent les déchets sans interruption.

Le centre de tri de Roberval est le seul au Lac-Saint-Jean et tous les contenus des « bacs bleus » se retrouvent dans la bâtisse d'une surface de 14 000 pi2. Tous les autres déchets volumineux, tels que des réfrigérateurs, des palettes de bois ou des matériaux de construction se retrouvent normalement dans les écocentres. Contrairement aux croyances populaires, pas d'odeurs nauséabondes ni de mouches qui volent au-dessus des dômes de déchets du centre. Les déchets commerciaux sont séparés des déchets des particuliers en deux énormes montagnes. Emballages en cartons, boîtes de conserve et plastiques en tous genres sont mélangés jusqu'à ce qu'ils soient triés.

« Il y a une pince qui vient séparer toutes les matières et qui enlève les déchets qui ne devraient pas être là, qui peuvent être des contaminants. Par exemple, ce ventilateur ne devrait pas se retrouver dans notre centre de tri ! », fait remarquer le superviseur, en pointant du doigt l'objet pris au milieu des détritus.

Répétition et précision

Linda Paradis travaille au centre de tri depuis maintenant trois ans, et elle est l'une des cinq femmes qui oeuvrent au sein de l'organisation. Chaque jour, elle revêt son uniforme, enfile ses gants et grimpe les escaliers en fer jusqu'à la dernière salle de tri. « J'ai ma petite routine, mes habitudes. Je fais tous les jours la même chose, mais justement, c'est ça qui me plaît », raconte la trieuse. Son travail est répétitif et rapide. Debout devant un tapis roulant sur lequel défilent les matières recyclables, les trieurs se font face et travaillent avec une rapidité surprenante. Chacun est entouré de plusieurs bacs afin de trier toutes les sortes de plastiques et de cartons. Les gestes sont précis, presque mécaniques.

Dans la section où travaille Linda, le volume de la radio tente de couvrir le bruit assourdissant des machines qui broient le verre. « C'est bruyant, mais pas dérangeant. On a des bouchons dans les oreilles, mais on est capables de se parler quand même ! , plaisante Linda Paradis. Et puis, ça permet aussi d'être dans nos pensées par moments. » La trieuse apprécie particulièrement le côté solitaire de son emploi et ne se lasse pas de venir travailler au centre depuis trois ans.

Dans l'entrepôt principal, les ballots de déchets sont empilés et rangés de manière stratégique en attendant d'être vendus. « En général, les ballots pèsent entre 500 kg et une tonne. Ce sont ceux en plastique qui pèsent le moins lourd ; en revanche, les journaux ça fait vite du poids », explique Stéphane Desmeules, pendant qu'un employé s'affaire près du broyeur de verre, retenu dans le dos par un harnais de sécurité. La majorité des déchets triés sont ensuite recyclés et transformés.

Des déchets surprenants

Linda Paradis travaille au bout de la chaîne de tri, et des déchets surprenants, elle en a vu plus d'un. Même après plusieurs vérifications, certains objets réussissent à passer au travers des yeux aiguisés de tous les trieurs. 

«On voit de tout! De la nourriture, des couches de bébés pleines, des chaises, des batteries et j'en passe! Le plus souvent, les gens oublient qu'on recycle le plat en aluminium, mais pas la tourtière qui est dedans», plaisante la trieuse. Même si elle préfère en rire, Linda Paradis avoue que ce genre d'aberration ne facilite pas la tâche aux personnes qui travaillent sur la ligne de tri.

«Les gens confondent souvent écocentre et centre de tri. Ici, on ne récupère que les matières plastiques, le carton et le papier», tient à préciser la superviseure. Si les citoyens ne respectent pas ces règles, c'est aux employés du centre de tri de faire la démarche d'amener les déchets à l'écocentre, ce qui les retarde dans leur journée de travail. Et parfois, les incidents peuvent être plus graves que ce qu'on imagine.

Fléau

Il n'est pas rare que des petits feux commencent dans les salles de tri. En effet, les employés ont réalisé que certaines piles au lithium pouvaient causer des débuts d'incendie si une pression était exercée sur celles-ci. «On a déjà eu le cas plusieurs fois, ça ressemble à une grosse bougie qu'on met sur les gâteaux de fête, raconte M. Desmeules. D'ailleurs, une fois on n'a pas été capables de l'éteindre tout de suite, alors on a dû changer la taille de nos extincteurs.»

Depuis un peu plus d'un an, les employés doivent faire face à un nouveau fléau. De plus en plus d'aiguilles usagées se retrouvent dans les bacs de recyclage et il n'est pas rare qu'un trieur se fasse piquer. «Quand tu te fais piquer, ce n'est vraiment pas agréable. Tu dois suivre un traitement ensuite parce qu'on ne sait pas ce qui se trouvait dans la seringue!», explique Linda Paradis qui se compte chanceuse de n'avoir jamais été piquée. L'organisation a dû investir dans des gants résistants aux aiguilles afin de limiter les risques au maximum. «Quand on trouve des seringues, on doit arrêter la production et vérifier s'il n'y en a pas d'autres ailleurs. C'est sûr que ce n'est pas vraiment pratique, et ça nous retarde un peu», conclut Stéphane Desmeules.




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