Saint-Honoré célèbre ses bâtisseurs

Le directeur du CQFA et président des fêtes... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Le directeur du CQFA et président des fêtes du 75e de l'aéroport, Serge Boucher, et l'historien Michel Bergeron entourent Michel Lebeau, Pierre Desbiens et Bertrand Santerre, qui ont été honorés samedi soir. Denis Langlois était absent pour des raisons de santé et il avait écrit un petit mot que Serge Boucher a lu en son nom. Après quelques années chez Mont-Valin aviation, M. Langlois a amorcé, en 1970, une carrière de 28 ans comme instructeur au CQFA.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Normand Boivin
Le Quotidien

L'aéroport de Saint-Honoré célèbre cette année ses 75 ans. Construit en 1942 pour servir d'aéroport de dégagement pour les avions de Bagotville, c'est cependant longtemps après la guerre qu'il a vraiment connu l'essor qui le place aujourd'hui juste derrière Saint-Hubert comme l'aéroport de sa catégorie le plus achalandé au Canada.

Et si des centaines de jeunes ont pu y réaliser leur rêve de devenir pilote privé, professionnel ou pilote de ligne, c'est grâce à quatre pionniers qui ont été honorés, samedi soir, dans le hangar du Centre québécois de formation aéronautique, lors d'un cocktail dînatoire servant d'activité de financement pour les festivités qui vont se dérouler au cours des prochains mois.

Le fondateur du Club d'aviation du Saguenay puis de la compagnie Exact Air, Pierre Desbiens, celui qui fut le premier instructeur, Denis Langlois, l'ancien directeur de l'École de pilotage du Cégep de Chicoutimi devenu le CQFA, Bertrand Santerre, et le premier gérant permanent de l'aéroport, propriété de Transport Québec, Michel Lebeau, ont reçu une plaque d'aluminium où on pouvait voir les faits marquants de leur carrière.

Unique

L'aéroport de Chicoutimi-Saint-Honoré fait l'envie de tout le Québec pour la qualité de ses infrastructures aéronautiques. Ses trois pistes disposées en triangle, dont l'une mesure plus de 6000 pieds, permettent aux avions de décoller et atterrir sans avoir à affronter des vents de travers de plus de 30 degrés, un avantage non négligeable quand on donne de la formation à de jeunes pilotes. C'est le dernier aéroport régional à avoir une tour de contrôle exploitée par Nav Canada, et on la doit en grande partie au Centre québécois de formation aéronautique, la plus importante école publique de pilotage au Canada.

Lorsque le gouvernement du Québec a décidé de transférer la base opérationnelle de la SOPFEU et ses CL-415 à Roberval, en 1995, et que la Ligue des cadets de l'air a décidé de regrouper ses opérations de vols de planeurs à Saint-Jean-sur-Richelieu, l'aéroport est venu bien près de passer sous la barre des 60 000 mouvements annuels d'aéronefs nécessaires au maintien de sa tour de contrôle. Mais les opérations du CQFA et d'Exact Air ont permis de traverser la tempête. Aujourd'hui, l'aéroport est en expansion et l'arrivée de Cargair et ses étudiants chinois promet des jours meilleurs.

Passionnés

Mais le germe qui a permis au CQFA d'éclore sur la plaine nord du Saguenay, on le doit à des passionnés d'aviation dont le rêve de voler a permis de sortir de l'oubli, au début des années 60, l'aérodrome construit pour les besoins de la défense pendant la Deuxième Guerre mondiale.

Car une fois la guerre terminée, Saint-Honoré n'avait plus aucune utilité et ses installations, qui avaient coûté à l'époque 1 M $, ont été vendues 21 000 $ au docteur Constant Gauthier, a rapporté l'historien Michel Bergeron. Et lorsque l'hôtelier Pierre Desbiens y a mis les pieds en 1959 pour assouvir sa soif d'aviation, ses pistes, qui avaient accueilli les glorieux Hurricane, héros, avec les Spitfire, de la Bataille d'Angleterre, étaient livrées aux amateurs de drag et de cascades, d'avions téléguidés et aux cueilleurs de bleuets.

Le hangar avait été aménagé avec tables, tabourets... (Photo courtoisie) - image 2.0

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Le hangar avait été aménagé avec tables, tabourets et causeuses, et quelques aéronefs ont servi de décor.

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La générosité de Bertrand Santerre

Bertrand Santerre était venu à Saint-Honoré pour une fin de semaine... il y a 40 ans. « J'étais instructeur à Québec et le Saguenay, je trouvais ça trop loin », a raconté l'homme originaire du Bas du fleuve, qui avait été approché par Mont-Valin aviation en 1967 pour devenir chef instructeur.

En 1972, il traverse de l'autre côté de l'aéroport pour amorcer sa carrière d'instructeur au cégep dont il deviendra directeur en 1974 jusqu'en 1980, puis directeur des opérations jusqu'à sa retraite en 1996.

Bertrand Santerre a fait franchir un pas important au CQFA, dans les années 90, en développant le volet de la formation internationale. Il s'était rendu au Rwanda pour y sélectionner six étudiants qui ont suivi une formation de pilote professionnel au Cégep de Chicoutimi. À l'époque, il avait raconté qu'il avait dû modifier tous ses critères de sélection, surtout quand est venu le temps d'évaluer les connaissances générales des futurs étudiants et leur intérêt pour la mécanique, certains n'ayant rien connu de plus avancé qu'une bicyclette sur le plan technologique.

Avant sa retraite, il a participé à l'installation d'un système de navigation de précision entre la région et Québec, dont le code d'identification en morse est formé de ses initiales (VBS).

« Tout petit, je rêvais de devenir pilote, a raconté l'octogénaire devant les participants à la soirée. Mais le Bas du fleuve, c'était une région de misère et mon père m'avait dit : "C'est impossible. Seuls les Américains le peuvent". Je suis parti faire ma licence à Québec, puis j'ai fait mentir mon père. Quand je l'ai fait monter à bord, je lui ai dit : "Il n'y a pas que les Américains qui peuvent être pilotes". »

Bertrand Santerre s'est souvenu de tout ça le jour où un petit garçon de 15 ans de Saint-Honoré s'est présenté à Mont-Valin aviation, en 1967, avec 5 $ en poche. « Il m'a demandé si je pouvais le faire voler pour 5 $. J'ai dit "oui mon homme". »

Après sa carrière comme pilote au Service aérien du gouvernement du Québec, le petit garçon, Serge Charron, a fondé Pascan aviation, un souvenir cher pour M. Santerre.

Ce dernier continue de donner pendant sa retraite en s'investissant dans l'organisme Le Maillon, qui aide les parents d'enfants ayant des problèmes de santé mentale.

Michel Lebeau : virage vers la sécurité

Le gouvernement du Québec s'est porté acquéreur des installations de Saint-Honoré en 1967, juste avant d'y ouvrir l'école de pilotage du cégep. Trois ans plus tard, Transport Canada y installait une tour de contrôle.

Mais ce n'est qu'en 1983 que Québec décidait d'y nommer un gérant à temps complet. Michel Lebeau est arrivé avec l'idée de rehausser le niveau de sécurité. Refonte complète des procédures d'urgence, qui a même inspiré la Sûreté du Québec, assurer un déneigement et un déglaçage irréprochable des pistes l'hiver, Michel Lebeau avait une approche militaire. Il fallait que ça passe par là.

En 1985, c'est sous sa direction que l'aéroport s'est donné un service de pompiers en achetant le premier camion incendie. Et il s'est appliqué à chasser la vermine et les cueilleurs de bleuets.

« Quand je suis arrivé en 1983, la pelouse était longue et il y avait beaucoup de végétation entre les pistes. Plus il y a de végétation, plus la vermine est grosse et plus la vermine est grosse, et plus les oiseaux qui la chassent sont gros. Et les gros oiseaux, ça ne fait pas bon ménage avec les petits avions », s'est remémoré le retraité, samedi soir.

Celui-ci a souligné la collaboration de Pierre Desbiens et Bertrand Santerre. « Nous avions un excellent contact. Quand il y avait un problème, on se parlait pour le résoudre », dit celui qui a quitté le Saguenay en 1994.

Michel Lebeau, en collaboration avec la municipalité, a fait changer le nom de l'aéroport de Saint-Honoré pour Chicoutimi-Saint-Honoré. « J'avais commandé des "globes" (ampoules) pour les lumières de piste aux États-Unis et six mois plus tard, ils n'étaient pas arrivés. Ils s'étaient perdus parce que personne ne savait où c'était, Saint-Honoré. » 




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