Escadron 439: formé pour sauver des vies

Bruno Robitaille, Chris Gallinger, Sébastien Durand et Steve... (Le Progrès, Michel Tremblay)

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Bruno Robitaille, Chris Gallinger, Sébastien Durand et Steve Siket posent devant un Griffon aux couleurs de l'Escadron 439, dont la mascotte est un tigre.

Le Progrès, Michel Tremblay

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Pascal Girard
Le Quotidien

Le 5 avril dernier, un résidant d'Obedjiwan a été sauvé grâce à l'intervention de l'équipage d'un hélicoptère Griffon de l'Escadron 439 stationné à la Base de Bagotville.

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Les hélicoptères Griffon de l'Escadron 439 sont équipés tels des ambulances.

Le Progrès, Michel Tremblay

L'hélicoptère avait à son bord le commandant de l'Escadron 439, le major Steve Siket, le pilote Chris Gallinger, le technicien en recherche et sauvetage Bruno Robitaille et l'ingénieur de vol Sébastien Durand.

« Quand ils l'ont trouvé à 13 h dans un état comateux et en arrêt respiratoire, ils ont appelé Air Medic, mais à cause de la météo inclémente, ils ont dit qu'il y aurait un délai et qu'ils seraient peut-être là seulement à 18 h. Ils ont ensuite appelé la Sûreté du Québec qui ne pouvait y aller. Ils ont appelé le Centre de coordination de Trenton à 15 h, alors que ça faisait deux heures qu'il était dans un mauvais état. Ici, la météo était potable. On se disait qu'on avait une bonne chance de se rendre. La route pour se rendre à Obedjiwan, c'est trois heures et demie l'été. En vol, il neigeait, il ventait et la visibilité était réduite. Les conditions météo nous avaient mis au défi. On perdait parfois référence au sol et il y avait des risques de givrage », s'est rappelé le major Steve Siket qui, malgré son poste de commandement, participe encore aux missions.

Un vol de 90 minutes

« Ça prend 90 minutes pour se rendre à Obedjiwan, a commencé par expliquer Bruno Robitaille. Une fois arrivés, on a fermé les moteurs et on est allés, moi et Sébastien, en ambulance au centre médical. Deux infirmières sont venues avec nous. On l'a amené à bord et on s'est occupé du patient. Son état n'a pas diminué durant le vol, mais il s'en est sorti. » Le patient a été transporté à l'aéroport de Roberval où il a été pris en charge et amené à l'hôpital de cette ville. Bruno Robitaille était en contact avec le médecin en chef de l'hôpital qui coordonnait les soins. Le vol vers Roberval a duré 60 minutes.

Le patient a été dans le coma environ 48h, mais s'en serait tiré sans aucune séquelle, a-t-il indiqué. « C'est sûr que c'était la meilleure décision de faire appel à nous », a lancé Bruno Robitaille, qui est formé comme un « paramédic ». Ils sont 120 au Canada et leur différence majeure est le type d'appareils au sein duquel ils sont déployés. Ils sont également des experts en plongée, en parachute et en survie.

L'hélicoptère Griffon est d'ailleurs équipé comme une ambulance, avec notamment un défibrillateur. « On traîne 31 médicaments à bord et on est ligne directe avec les médecins », a-t-il enchaîné.

«Pour M. et Mme Tout-le-Monde»

Peu de gens le savent, mais l'Escadron 439 de soutien au combat peut parfois intervenir pour secourir des citoyens, mais uniquement si les services privés ou les policiers ne peuvent se rendre.

« Il y a encore des gens au Saguenay qui croient que les hélicoptères sont là juste pour les militaires. Le rôle de l'Escadron 439, c'est de répondre à tous les incidents aéronautiques et maritimes. Mais en dehors de ça, on peut répondre à des missions humanitaires. On peut faire des évacuations médicales, de la recherche de personnes manquantes ou le secours de motoneigistes », a énuméré le commandant Steve Siket. Autre exemple, l'escadron vient de se placer à la disposition des autorités civiles en cas d'inondations. Mais leur mission première, avec les trois hélicoptères Griffon (dont un est toujours en maintenance par alternance), est le support en cas de problème pour les avions CF-18 de la 3e Escadre.

Un protocole

Toutefois, tout comme lors de l'intervention à Obedjiwan, il y a un protocole à suivre avant de faire appel aux Forces canadiennes. Ainsi, c'est en 3e instance qu'ils peuvent être appelés, si les services privés d'hélicoptère-ambulance ne peuvent se rendre et que la Sûreté du Québec est dans la même situation.

« L'an passé, on est sorti une quinzaine de fois. En 2015, 24 fois. Pour la majorité, c'était des avions », a-t-il chiffré.

Évidemment, le commandant ne recommande pas aux gens de ne pas recourir aux services de secours privés. Toutefois, il ajoute que les interventions de son équipe ne sont pas facturées aux gens secourus. « Il n'y a aucun frais. Ce sont nos taxes qui paient », a répondu le major, qui désire être bien clair en affirmant qu'il n'est pas question pour lui de concurrencer le privé. « On est là pour M. et Mme Tout-le-Monde. Il n'est pas question de voler la job à personne. On est informés seulement une fois que toutes les étapes ont été franchies », a-t-il conclu.

Des recherches de croisiéristes disparus

Le commandant de l'Escadron 439, Steve Siket, s'attend à recevoir de plus en plus de demandes de recherches pour des croisiéristes manquant à l'appel sur le Saguenay.

« On reçoit un appel une fois par année pour la recherche de passagers manquants. Avec le port de La Baie qui va connaître une année record, on risque de sortir un peu plus souvent », anticipe le major Siket, qui indique qu'aucune entente n'est en vigueur avec Saguenay.

Lorsqu'ils reçoivent un appel pour une disparition, un hélicoptère est dépêché et quadrille le Saguenay jusqu'à Tadoussac.

« L'année passée, un monsieur semblait être à bord à Québec et n'était pas à bord à La Baie. On a fait une recherche tout le long du Saguenay. Nos membres en arrière et l'ingénieur de bord sont entraînés pour la recherche visuelle. Une fois la sortie terminée, on transmet l'information au Centre conjoint de coordination des opérations de sauvetage à Trenton. L'an dernier, on a tenté d'obtenir des infos par la suite, mais on n'a pas été capable », a poursuivi le militaire, après avoir mentionné qu'ils n'avaient rien vu lors de cette opération.

Il n'y a pas que dans ces cas où les militaires ont à traiter de possibles suicides. Il arrive que certains écrasements d'avions sur lesquels ils interviennent se soient produits lors d'un geste volontaire du pilote. Il leur est même déjà arrivé de trouver une carcasse d'avion sans pilote. Ce dernier avait sauté en plein vol.

Les crocs de la mort... à la rescousse

De façon assez ironique, l'Escadron 439 a conservé sa devise d'origine, « Fangs of death », soit « Les crocs de la mort » en français, même s'il est aujourd'hui appelé à sauver les gens, plutôt qu'à les attaquer. Le 439e Escadron de chasseurs-bombardiers a été créé le 31 décembre 1943 à Wellingore, en Angleterre, relate le site Internet de l'unité.

Il a été dissous le 26 août 1945 à Flensburg en Allemagne. Remis sur pied le 1er septembre 1951, l'Escadron a été désactivé entre le 30 novembre 1963 et le 28 février 1964 pour être réactivé le 1er mars 1964 sous le nom de 439e Escadron d'attaque.

L'escadron a été affecté le 1er avril 1967 à la 3e Escadre à Lahr, en Allemagne puis, toujours en Allemagne, à la BFC Baden-Soellingen en 1971 sous le nom de 439e Escadron d'appui tactique. Il a été dissous en novembre 1984, puis remis sur pied en novembre 1985 en se dotant de CF-18. Il a été démantelé le 15 mai 1993 à Baden et réactivé peu de temps après à la 3e Escadre Bagotville avec un nouveau mandat de soutien aérien, cette fois uniquement avec des hélicoptères.

Hissée avec le treuil au cap Trinité

L'hélicoptère Griffon des Forces canadiennes possède deux avantages indéniables quand vient le temps d'intervenir, face aux autres options disponibles. Premièrement, il possède un plus grand rayon d'action. « On a plus d'autonomie, donc on peut se permettre de bifurquer », a souligné Steve Siket.

Ainsi, lors de vols sur de longues distances, les militaires peuvent éviter certains phénomènes météo pour se rendre à destination. Le deuxième avantage est le treuil sur le côté de l'appareil. « Avec le treuil, on peut descendre le technicien 250 pieds plus bas. On peut l'insérer assez creux pour qu'il puisse donner des soins sur place.

Il y a deux ans, nous sommes intervenus au pied de la statue de la Vierge au cap Trinité. Une dame a fait une chute de 10 pieds et était tombée dans une crevasse. Ils craignaient qu'elle ait subi des dommages à la colonne. Ils ne voulaient pas la bouger. On ne pouvait pas atterrir et on a descendu notre technicien en recherche et sauvetage (SAR tech). On a monté la dame à bord avec la civière », a raconté le commandant Siket.

Confondu avec un détenu

Les techniciens en recherche et sauvetage (SAR tech, l'expression anglaise courte) portent un habit de couleur orange assez visible. Cet habillement (comme celui associé aux détenus) a causé une situation loufoque, récemment, à Roberval, alors que le SAR tech était accompagné de ses collègues de vol habillés en vert... comme la SQ.

« On a atterri à l'aéroport de Roberval et on allait dîner en ville. En débarquant au restaurant, un monsieur en cravate a fait le saut en nous voyant. Il nous a dit "qu'est-ce que vous faites là?». En blague, j'ai pris les mains du SAR tech derrière le dos et j'ai dit que je l'avais sous contrôle », a relaté le commandant Steve Siket en riant.




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