Former des archéologues autochtones

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Les fouilles archéologiques dans le secteur de La Romaine, sur la Côte-Nord, ont été l'occasion de former des membres de la communauté innue Unamen Shipu aux fouilles archéologiques, dans le cadre d'un projet de programme court en archéologie pour les Premières Nations.

Courtoisie

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Amener les Autochtones à pouvoir faire des fouilles archéologiques sur les sites foulés par leurs ancêtres, interpréter ce patrimoine et le partager. C'est ce que propose un programme court présentement en élaboration à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), dont une première application a eu lieu l'été dernier, dans le secteur de La Romaine, sur la Côte-Nord.

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Marco Bacon, directeur du Centre des Premières nations Nikanite de l'UQAC, souligne que le projet de programme court en archéologie pour les Premières nations répond à des besoins économiques, mais qu'il a aussi une importance culturelle et identitaire.

Le Quotidien, Michel Tremblay

C'est en fait le projet de prolongement de la route 138, entre le village de Kegaska et celui de La Romaine, qui a permis de jeter les premières bases de ce projet de programme d'études universitaires en archéologie dédié aux Premières Nations, dont l'idée initiale avait germé quelque six ans plus tôt.

Avant d'entreprendre la construction de la route, les zones ayant un potentiel archéologique devaient être identifiées et fouillées. La communauté innue d'Unamen Shipu, située dans le secteur de La Romaine, était responsable de l'appel d'offres des fouilles archéologiques de ce projet du ministère des Transports.

Après des discussions avec Érik Langevin, archéologue et professeur à l'UQAC, il a été décidé de profiter des fouilles à réaliser pour former des membres de la communauté à la pratique de l'archéologie, explique-t-il, en entrevue.

Transmission culturelle

Une quinzaine de membres de la communauté, de tous âges, se sont montrés intéressés à participer au projet et à suivre les cinq cours universitaires qui seront reconnus dans le programme court en archéologie pour les Premières Nations.

« L'idée est de former des gens qui vont avoir le bagage pour faire des fouilles archéologiques, mais qui vont aussi pouvoir travailler éventuellement comme prof d'histoire, dans des musées, transmettre leurs connaissances dans les écoles secondaires ou travailler dans les divisions territoriales des conseils de bande », donne en exemple l'archéologue.

Le projet est élaboré de pair avec le Centre des Premières Nations Nikanite de l'UQAC. Il s'inscrit dans les visées du Plan Nord, qui soutient la formation des populations autochtones, pour leur permettre de profiter des retombées des grands chantiers qui se déroulent près de leurs communautés.

Si le projet s'insère dans un cadre économique, les retombées de la formation ont avant tout une importance culturelle et identitaire pour les peuples autochtones, souligne le directeur du Centre Nikanite, Marco Bacon.

« Au-delà de l'autonomisation des peuples, cela va permettre de transmettre notre préhistoire, de l'inculquer à nos jeunes pour leur donner un sentiment de fierté, partage-t-il. Ça va aussi venir appuyer la tradition orale et permettre de renforcer l'identité à travers l'histoire. »

Cours complétés

Les étudiants innus ont complété trois cours du programme court jusqu'à maintenant. Ils ont suivi en mai 2015 un premier cours en techniques et méthodes en archéologie.

Ils ont ensuite complété leur stage en archéologie lors du premier mois des fouilles sur le terrain, accompagnés d'archéologues et de professionnels de recherche, avant d'y prendre part eux-mêmes comme employés.

En février, un cours de préhistoire amérindienne a été donné, pour leur permettre d'interpréter les données des fouilles. Les deux derniers cours restent à déterminer selon le profil et les intérêts professionnels des étudiants.

Érik Langevin, archéologue et professeur associé à l'UQAC,... (Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Érik Langevin, archéologue et professeur associé à l'UQAC, accompagné à gauche des professionnels de recherche du Laboratoire d'archéologie de l'université qui ont participé aux fouilles archéologiques cet été dans le secteur de La Romaine, sur la Côte-Nord : Marc-André Béchard, Jennifer Gagné et Noémie Plourde. Jonathan Skeene Parent (absent de la photo) y a aussi pris part.

Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Les quelque 25 personnes présentes sur le site... (Courtoisie, Maxime Vaillancourt) - image 2.1

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Les quelque 25 personnes présentes sur le site de fouilles archéologiques dormaient dans des abris d'auto temporaires.

Courtoisie, Maxime Vaillancourt

Une expérience hors du commun

Sans moyens de communication avec l'extérieur, dormant dans des abris d'auto temporaires, lavant leurs vêtements dans la rivière, les archéologues du Laboratoire d'archéologie de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) qui ont pris part aux fouilles dans le secteur de La Romaine ont été complètement dépaysés. Malgré l'humidité accablante et l'isolement, ils renouvelleraient sans hésiter l'expérience.

La vie sur le campement nord-côtier, situé en bordure de la rivière Washicoutai, à 1 h 30 en bateau depuis le village de Kegaska, se déroulait à un autre rythme. Les professionnels de recherche Marc-André Béchard, Noémie Plourde, Jennifer Gagné et Jonathan Skeene Parent (absent lors de l'entrevue) ont pris part aux fouilles archéologiques pendant un mois ou deux, selon les cas, de juillet à septembre, l'été dernier.

Au total, environ 25 personnes étaient établies sur le campement, en incluant les archéologues, les membres de la communauté innue d'Unamen Shipu, les aides de camp et la cuisinière.

« L'isolement était déjà un choc, mais ça a aussi été un choc pour moi de découvrir cette facette de ma Côte-Nord natale que je ne connaissais pas », souligne Marc-André Béchard, originaire de Tadoussac, rencontré avec ses collègues au Laboratoire d'archéologie de l'université.

« Le plus difficile, c'était lors des journées de grosse pluie. Ça sape le moral, et nos vêtements n'arrivaient pas à sécher ! », ajoute sa collègue Noémie Plourde, qui n'hésiterait pas néanmoins à renouveler l'expérience.

Malgré les conditions de vie parfois difficiles, le froid, l'humidité et le peu de confort et d'intimité dans les abris Tempo qui leur servaient de dortoirs, les jeunes archéologues parlent avec passion de leur expérience de travail.

« On était vraiment une belle gang, souligne pour sa part Jennifer Gagné. Il n'y a pas eu de frictions, tout le monde était souriant. C'était dépaysant, mais c'est aussi ça qui est formidable dans notre travail et qu'on ne pourrait  pas vivre dans d'autres métiers. »

Ils ont par exemple pu observer le ciel illuminé par les vives couleurs des aurores boréales, déguster du homard frais pêché par leurs collègues innus, ou encore du lièvre ou du canard chassés dans le secteur. Cela dit, le campement ne manquait pas de nourriture sur place. L'équipe pouvait compter sur un approvisionnement en nourriture et les talents d'une cuisinière en semaine.

Les jeunes archéologues ont aussi pu participer à la fête de Sainte-Anne avec la communauté innue, lors d'une célébration à laquelle ils se sont rendus en chaloupe.

Offert à toutes les communautés

Le programme court en archéologie pour les Premières Nations s'adressera à toutes les communautés de la province. Sa prochaine application pourrait être à Mashteuiatsh.

Le programme universitaire, qui en est toujours à un stade expérimental, sera accessible à toutes les communautés, peu importe leur localisation.

« Nous avons des visées partout, c'est un projet avec des communautés, au service des communautés », expose Marco Bacon, directeur du Centre des Premières Nations Nikanite de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC). Les communautés inuites du Nord-du-Québec y auront même accès, si elles le souhaitent, assure-t-il.

Érik Langevin, archéologue et professeur à l'UQAC, espère que le programme court pourra faire officiellement partie des programmes offerts par l'université dans deux ans.

Ce délai permettra de peaufiner le programme et d'adapter l'enseignement des cours donnés, qui sont actuellement tirés du certificat en archéologie offert à l'UQAC.

« C'est un projet plein d'avenir, estime-t-il. Nous avons répondu à un besoin actuel sur la Côte-Nord et nous sommes toujours en train d'écrire le programme. Ça n'a pas été parfait, convient-il, mais nous avons appris beaucoup. Il faudra s'adapter aux réalités des communautés. »

La distance des communautés et les difficultés de maîtrise de la langue, entre autres, demandent une adaptation des techniques d'enseignement.

La communauté innue de Mashteuiatsh pourrait former la prochaine cohorte du programme, dans les prochaines années, dans le cadre d'un projet archéologique semblable à celui du secteur de La Romaine, expose M. Langevin. Il demeure toutefois difficile de s'avancer à ce sujet, puisque le tout demeure embryonnaire.




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