De Jimmy à Jimmy-Line à La Doré

Être transgenre et vivre dans une petite localité,... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Être transgenre et vivre dans une petite localité, c'est possible. Jimmy Boulley en est la preuve. Celle qui habite à La Doré au Lac-Saint-Jean a témoigné de son parcours samedi dans le cadre du Rendez-vous de solidarité envers les minorités sexuelles qui se tenait à l'hôtel Le Montagnais.

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Anne-Marie Gravel
Le Quotidien

Être transgenre comporte son lot de défis. Être transgenre en région, dans une petite localité de moins de 1500 habitants, pourrait paraître encore plus difficile. Pourtant, c'est à La Doré, au Lac-Saint-Jean, que Jimmy Boulley a choisi de vivre son processus de transformation. Et contrairement à ce qu'on aurait pu croire, les choses se passent plutôt bien.

Jimmy Boulley a 21 ans. D'ici quelques semaines, elle portera le nom de Jimmy-Line, un nom qui reflète à la fois ce qu'elle est et ce qu'elle a été.

Aujourd'hui, elle raconte son histoire pour montrer que c'est possible d'être soi-même en région, et ce, peu importe qui on est.  

Dès l'enfance, Jimmy Boulley avait une attirance pour tout ce qui est féminin. Le passage au secondaire a été difficile. «J'étais vue comme une fille ''manquée''. J'étais victime d'intimidation», raconte-t-elle.

En troisième secondaire, Jimmy Boulley fait son «coming out» d'homosexualité.

«Il me manquait tout de même toujours quelque chose. Je n'étais pas capable de mettre de mots là-dessus. L'intervenante de l'école qui me suivait à cause de l'intimidation dont j'étais victime en raison de mon orientation sexuelle a un jour soumis que je pouvais être transgenre. Cette année-là, j'ai réfléchi. Et c'est ce que j'ai découvert. En 2010-2011, on ne parlait pas beaucoup des transgenres. Moi-même je ne savais pas trop ce que j'étais. Je me sentais femme.»

C'est à partir du moment où Jimmy Boulley a compris qui elle était que les choses se sont améliorées.

«J'ai tout de suite commencé des changements, graduellement. Je voulais être qui je suis. À partir du moment où j'ai compris qui j'étais, il n'était plus question de faire semblant d'être quelqu'un d'autre. »

À l'école, les choses ont commencé à mieux se passer.

«J'ai vécu beaucoup d'intimidation à l'école, mais surtout avant que je m'affirme comme je suis. En m'affirmant, j'ai gagné en confiance. »

Jimmy affirme qu'elle a été bien soutenue à l'école. « Les professeurs m'ont encadrée, la psychologue de l'école m'a encouragé dans mes démarches.»

À la maison, les choses se sont aussi plutôt bien passées. «Au début, dans la famille, ç'a été difficile. Mais je vis seule avec ma mère et elle est ouverte d'esprit. Nous avons une super belle relation.»

Jimmy Boulley a suivi une formation en coiffure. « Au début, je m'inquiétais à savoir si j'aurais ma place dans le milieu au village. Tout a très bien été. Je pouvais vivre de mon métier, en étant femme.»

Prochainement, elle portera son nouveau nom, Jimmy-Line, qu'elle a elle-même choisi. «J'y ai réfléchi longtemps. Ça permet de conserver une partie de mon vécu. »

Elle est aussi en processus pour subir une chirurgie de réassignation sexuelle.

En attendant, elle n'hésite pas à raconter son histoire. «J'ai toujours voulu partager mon vécu. Je souhaite montrer que c'est possible de vivre en région et d'être soi-même. Je suis même agréablement surprise. Dans les grandes villes, ça se vit dans l'anonymat. Ici, les gens du village savent ce que je vis, ils peuvent mettre des mots sur ce que je suis. Je suis bien acceptée. C'est une petite communauté, on se soutient. S'assumer dans le respect de soi et des autres, c'est la clé.»

Immigrer pour adopter

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Dominic Bizot

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

Lorsque Dominic Bizot et son conjoint Jean-Paul Queinnec, deux Français d'origine, ont choisi de s'installer au Québec, leur désir d'être parents a pesé lourd dans la balance. Quelques années plus tard, c'est ici même, à Saguenay, qu'ils vivent leur rêve.

Le couple s'est installé au Québec il y a une quinzaine d'années. «On est venu au Québec, car on savait qu'il pourrait y exister un cadre légal pour l'homoparentalité. En France, on est très loin du compte», affirme d'emblée Dominic Bizot. «Pour nous qui avions ce désir d'être parents, en arrivant ici, une porte s'ouvrait. Mais il fallait venir ici avec d'autres raisons que la famille, puisqu'on s'y installait sans savoir si le projet se concrétiserait. On a décroché des emplois d'enseignants à l'université.»

Gabrielle avait à peine 15 jours lorsqu'elle leur a été confiée. Les deux hommes agissaient alors à titre de famille d'accueil. Rapidement, ils ont pu adopter l'enfant qui n'avait jamais eu de contact avec ses parents biologiques.

La petite avait quelques mois lorsque la famille est emménagée à Saguenay où les deux hommes ont obtenu des postes à l'UQAC. C'était en 2007.

En 2015, le couple a accueilli une autre petite fille, âgée de quelques semaines, en vue de l'adopter.

«Cette famille qu'on souhaitait se construit au Saguenay.»

Dominic Bizot assure que l'homoparentalité se vit très bien en région.

Au départ, il admet qu'il était inquiet quant à la perception que les gens auraient de sa famille. Ses craintes se sont rapidement envolées. «On n'a jamais eu de problème. Tout s'est aussi bien passé que si on était restés à Montréal. Le Saguenay fait partie du Québec, avec tout ce qui se fait, se dit et se pense au Québec.»

Dominic Bizot confirme toutefois qu'il demeure vigilant. « On ne peut pas dire qu'il n'y a pas d'homophobie ou de racisme. C'est présent ici comme ailleurs. Je ne suis pas ''parano'', mais je reste attentif», assure-t-il. «Gabrielle cumule les différences. Elle est noire, elle parle avec un accent français, elle a deux papas qui ne sont pas jeunes comme ceux de ses amis.»  

En début d'année scolaire, son conjoint et lui prennent le temps d'exposer leur situation aux professeurs et éducateurs des enfants. Gabrielle et sa petite soeur ont un papa et un «daddy». «Pas un papy», précise-t-il, soulignant que sa petite Gabrielle est plus préoccupée par l'âge de son «daddy» que par l'absence d'une maman. «Pour les enfants, la différence n'est pas toujours à l'endroit qu'on pense.»

L'histoire d'Audrey

C'est lorsqu'elle a assumé qui elle est qu'Audrey Tremblay a connu le bonheur d'être maman. Après des années à essayer de tomber enceinte avec un conjoint, elle a tout laissé pour vivre l'amour avec une femme. C'est là que les jumeaux, Dérek et Maèva, sont arrivés dans sa vie.

«Le désir pour les femmes est apparu à l'adolescence, mais il y a 15 ans, ce n'était pas comme aujourd'hui. À 22 ans, c'est réapparu et à 23 ans, j'ai laissé mon conjoint et je me suis lancée pour être heureuse. Depuis, je me fais souvent dire que j'ai l'air heureuse. Les gens le voient et ne me jugent pas», assure celle qui n'est plus en couple avec la maman de ses enfants.

Elle n'a pas porté les bébés, mais a tout de même pu les allaiter, grâce à une prise de médicaments qui favorisent la lactation. Aujourd'hui, les deux mamans se partagent la garde, elles ont les mêmes droits.

«Je veux briser les préjugés. Si je peux aider ne serait-ce qu'une seule personne à sortir de son isolement, j'aurai réalisé ma mission», affirme celle qui habite à Alma et qui donne parfois des conférences.

«L'homoparentalité, ça se vit très bien. Comme je suis à l'aise avec ça, les autres le sont aussi.»

Elle estime qu'il ne faut toutefois pas croire que tout est acquis.

«On a juste à regarder ce qui se passe aux États-Unis. Un changement de gouvernement et tout peut basculer du jour au lendemain. C'est important de se battre pour nous et nos enfants.»

Un colloque sur les minorités sexuelles

Saguenéens et Jeannois pour les droits de la personne a organisé samedi un colloque sur la solidarité envers les minorités sexuelles.

Il y a cinq ans, un premier colloque du genre avait été organisé. Depuis, la Charte des droits et libertés a été modifiée afin d'inclure l'identité et l'expression de genre comme motifs de discrimination.

«Sur le plan juridique, c'est vrai qu'on peut penser que la communauté LGBT (Lesbiennes, gais, bisexuels, trans) a les mêmes droits que tous, mais dans la mise en oeuvre, il y a encore du travail à faire», estime Normand Bernier, directeur général de l'organisation.

«Mais il y a une ouverture de la population.» C'est ce que tendent à démontrer les différents témoignages entendus samedi.




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