Une directrice d'école «emprisonnée» en soutien à Raif Badawi

La directrice Sylvie Bergeron n'a pas résisté à... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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La directrice Sylvie Bergeron n'a pas résisté à son arrestation et a passé trois heures sous les verrous.

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

La directrice de l'École secondaire Kénogami, Sylvie Bergeron, a été arrêtée, puis incarcérée, jeudi, après s'être exprimée librement sur un blogue.

Il s'agissait évidemment d'une mise en scène, orchestrée par les élèves de quatrième et cinquième secondaire de la classe d'amnistie, de l'enseignante Dominique Leblanc. Sensibilisés aux droits de l'homme et à l'importance de préserver la liberté d'expression, les jeunes ont pris fait et cause pour Raif Badawi. Le citoyen de Sherbrooke est accusé d'apostasie et d'insulte à l'Islam et croupit dans une prison d'Arabie Saoudite depuis 2012. Il a été condamné à recevoir 1000 coups de fouet, une peine qui a plus tard été suspendue.

L'an dernier, la classe d'amnistie de l'École secondaire Kénogami s'est mobilisée pour soutenir une environnementaliste brésilienne injustement emprisonnée et a envoyé quelque 450 cartes de souhaits à des prisonniers politiques d'opinion.

« On choisit nos causes. Ce genre d'action ne porte pas toujours ses fruits tout de suite, mais on essaie d'inculquer aux jeunes l'importance de la liberté d'expression et on les sensibilise aux injustices qui ont cours ailleurs dans le monde. L'an dernier, deux personnes soutenues par Aministie internationale ont été libérées », rappelle la professeure d'anglais.

En guise de mise en bouche, la quinzaine d'élèves impliqués a déambulé dans l'école avec du papier collant sur la bouche la semaine dernière, laissant entendre qu'ils avaient été muselés. Le tout a piqué la curiosité de leurs pairs.

À 10 h précises, jeudi, les jeunes se sont rendus au bureau de la directrice et l'ont conduite dans une prison de fortune aménagée dans le centre social de l'école secondaire. Elle devait y rester trois heures. Sa libération était conditionnelle à la récolte d'au moins 300 signatures à une pétition plaidant pour la libération de Raif Badawi, laquelle sera prochainement acheminée au premier ministre Justin Trudeau. Sylvie Bergeron était bien sûr de connivence avec les jeunes et a accepté volontiers de se prêter au jeu.

« Le Programme d'éducation intermédiaire (autrefois internationale) préconise l'ouverture sur le monde. Je trouvais que cette action allait de pair avec les valeurs qui sont véhiculées dans notre école. Pas juste au PEI, mais au régulier et en adaptation scolaire aussi. Ça prenait quelque chose qui allait frapper l'imaginaire et sensibiliser les élèves à la liberté d'expression, un droit fondamental. Les élèves d'amnistie vont profiter de l'occasion pour donner des explications au sujet de M. Badawi et sensibiliser les autres élèves à la cause », a expliqué la directrice, interrogée alors qu'elle se trouvait derrière les barreaux.

Jeunes allumés

Des jeunes allumés membres de la présente cohorte d'amnistie ont distribué des tracts et recueilli des signatures. Trois d'entre eux, Mathieu Bouchard, David Larouche et Maxime Simard, ont pris quelques minutes pour discuter avec la journaliste du Progrès-Dimanche et ont réitéré l'importance qu'ils accordent à une saine démocratie et à la cause des personnes opprimées.

« Notre classe d'amnistie nous ouvre les yeux sur les injustices et nous montre à quel point la liberté d'expression est négligée. C'est vraiment le fun de pouvoir poser un geste comme celui-là. La directrice est embarquée à fond dans le projet », a souligné Mathieu Bouchard.




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