Défoncer le plafond de verre

La propriétaire du Marché centre-ville de Chicoutimi, Caroline... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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La propriétaire du Marché centre-ville de Chicoutimi, Caroline Bouchard, est devenue une femme d'affaires aguerrie. Cette image, qu'elle a collée dans un cahier de français de cinquième année, illustre bien la perception qu'avait la petite Caroline de la place de la femme en entrepreneuriat.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

À 11 ans, Caroline Bouchard ne savait pas, dans le fin détail, à quoi allait ressembler sa future carrière. Mais la jeune fille, devenue femme d'affaires aguerrie, était déterminée à prendre sa place. C'est sans doute pourquoi, en cinquième année du primaire, elle a collé une image significative dans son cahier de français : une dame élégamment vêtue et munie d'une mallette, flanquée d'un homme brandissant une balayeuse.

Plus de 30 ans après avoir acheté le marché centre-ville de son père, Caroline Bouchard conserve précieusement ce cahier. Pour elle, le dessin illustre bien l'importance, pour la femme, de prendre le rôle qui lui revient dans le domaine des affaires, si l'entrepreneuriat la passionne.

«Pour moi, cette image vaut mille mots. Quand tu es chef d'entreprise, tu n'es pas deuxième, tu es premier. Quand mon père a vendu le commerce, il ne devait pas me le vendre à moi. Finalement, c'est moi qui l'ai eu et quand j'ai eu les clés, j'ai ressenti un sentiment incroyable de liberté», raconte celle qui a aussi été propriétaire du supermarché Provigo de Chicoutimi-Nord, un commerce dont elle s'est départie il y a deux ans. Caroline Bouchard est copropriétaire de trois boulangeries au Lac-Saint-Jean et possède aussi la Boucherie Claude Fortier, à Chicoutimi.

«Maman, c'est toi le patron !»

L'anecdote du cahier est aussi amusante que l'autre impliquant la mère de Caroline Bouchard, véritable pilier de l'entreprise familiale. Un soir, elle a dû faire face aux questions de la petite Caroline, 12 ans, qui voulait connaître la raison de son absence ce soir-là. Et sa mère de lui répondre : «Je suis allée à une rencontre de l'Association des femmes collaboratrices de leurs maris». 

«Je lui ai dit : ''quoi ? ''. Elle m'a dit que c'était un groupe de femmes qui soutenaient leurs époux dans leurs entreprises. J'ai dit à ma mère que c'était elle le chef, pas papa, parce qu'elle faisait pratiquement tout, incluant la comptabilité et la gestion. Mon père était plutôt au second plan, mais malgré tout, ma mère m'a répondu que le président, c'était lui. C'était comme ça à l'époque», met en contexte Caroline Bouchard.

Faire fi des barrières et suivre son coeur

C'est avec la ferme intention de se réaliser pleinement comme femme et comme entrepreneure que Caroline Bouchard a démarré sa carrière dans le domaine de l'alimentation il y a plus de 30 ans.

Mue par des valeurs d'égalité entre les deux sexes, la propriétaire du Marché centre-ville, situé sur la rue Jacques-Cartier, croit qu'il n'y a pas de limites pour toute représentante de la gent féminine qui souhaite défoncer ce fameux plafond de verre. 

Mère de deux filles aujourd'hui âgées de 28 et 23 ans (toutes deux comptables - la pomme ne tombe jamais bien loin de l'arbre, dit la maman !), Caroline Bouchard a toujours insisté sur la nécessité de faire fi des barrières qui peuvent se présenter lorsque l'on chemine vers l'atteinte d'un rêve.

«J'ai toujours dit aux filles : ''tu veux être mécanicienne, sois mécanicienne''. Quand j'ai commencé il y a 30 ans, les femmes commençaient à percer le domaine des affaires. Les représentants venaient au magasin et me disaient : ''je veux voir ton patron''. Je leur répondais que c'était moi le patron et quand ils ne me croyaient pas, je leur disais d'aller voir dehors et de lire le nom qui était écrit sur la pancarte», relate-t-elle, avec humour.

La journée de la femme a-t-elle sa raison d'être en 2017 ? Plus que jamais, croit Caroline Bouchard, si ce n'est que pour le devoir de mémoire associé au 8 mars.

«Je me suis souvent demandé, pendant ma carrière, si ce que je faisais était bien. Inévitablement, tu as des questionnements familiaux et tu te demandes si l'idéal ne serait pas de rester à la maison avec tes enfants. Tu penses au jugement des autres, mais tu veux aussi te réaliser dans ta vie professionnelle», enchaîne la femme d'affaires. Celle qui s'investissait autrefois à hauteur de 60 à 70 heures par semaine dans son entreprise y consacre aujourd'hui une quarantaine d'heures. 

«Aller travailler, pour moi, ce n'est pas un travail. Si ça me tente, j'y vais. Si ça ne me tente pas, je n'y vais pas», illustre-t-elle.

Caroline Bouchard, qui est sur le point de devenir grand-mère, ne regrette rien. Si elle devait tout recommencer, la femme de 52 ans emprunterait le même parcours.

«Avoir une vision, l'atteindre, la dépasser. Pour moi, c'est le meilleur message à envoyer aux femmes qui veulent se réaliser», conclut-elle.




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