Chirurgie bariatrique: 860 patients en attente dans la région

:Kathy (nom fictif) a subi une chirurgie bariatrique... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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:Kathy (nom fictif) a subi une chirurgie bariatrique il y a un an et est passée de 226 lbs à 126 lbs. Elle se réjouit de pouvoir enfin travailler vers l'atteinte de l'estime de soi.

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Avant de subir une chirurgie bariatrique au privé le 5 avril 2016, Kathy (nom fictif), a tout essayé pour maigrir. Les régimes, l'exercice, la privation. La Saguenéenne de 5'5'', dont le poids est passé de 226 à 126 lbs en un an, ne regrette en rien sa décision et estime qu'elle s'est offert un cadeau. Ce cadeau avait toutefois un prix : 14 000 $ et un cheminement psychologique complexe vers l'atteinte de l'estime de soi.

« J'étais terriblement malheureuse. J'avais une image négative de moi-même. Je me regardais dans le miroir et j'avais envie de vomir. À la fin, si j'avais pu, j'aurais mutilé mon corps », confie la Saguenéenne, qui s'est tournée vers une clinique de Montréal.

Kathy ne veut pas être identifiée pour ne pas générer de conflits familiaux. Il faut savoir que son histoire n'est pas simple. Elle attribue sa prise de poids, devenue incontrôlable à partir du début de la trentaine, à un malaise intérieur qui puise ses origines à l'enfance. Cette douleur a laissé des cicatrices profondes qui ont eu un impact majeur sur sa vie.

« J'étais un peu plus ronde que la moyenne des filles au primaire, mais dans ma tête d'enfant, je ne le voyais pas. En cinquième année, je suis allée chez le pédiatre et je me suis fait peser pour la première fois. Dans l'auto, en revenant, ma mère a dit : ''Tu pèses 100 lbs ! Ça n'a pas de bons sens ! ''. J'ai senti que sa fille ne rencontrait pas ses standards de beauté. Je n'étais pas la petite princesse qu'elle aurait voulu avoir », raconte Kathy, 45 ans.

Intimidée

L'école est devenue un calvaire, alors que la petite Kathy était victime d'intimidation. Son corps, plus voluptueux que ceux de ses camarades de classe, faisait l'objet de moqueries. À l'abri du regard des adultes, les garçons se permettaient de lui pincer les fesses et de lui toucher les seins. Kathy était impopulaire et n'avait pas d'amies.

« J'étais la pas belle qui n'entre pas dans le moule », relate-t-elle.

Mais un jour, l'adolescente est tombée amoureuse et a entrepris un virage à 180 degrés pour plaire au jeune homme qu'elle convoitait.

« Je ne mangeais plus. Je pesais 80 lbs. J'étais clairement anorexique, mais je devenais populaire à l'école », poursuit-elle.

Vers l'âge de 14 ans, Kathy a subi une agression. Elle affirme avoir aussi été victime d'inceste lorsqu'elle était enfant, un passé avec lequel elle tente toujours de faire la paix et qui, selon elle, explique la déchéance qu'elle s'est volontairement infligée.

Défense

Au début de la trentaine, Kathy est tombée dans une relation « malsaine ». Son conjoint accordait beaucoup d'importance à son apparence physique et l'a plaquée après qu'elle eut gagné 50 lbs. S'en est suivie une série de régimes, chacun culminant en véritable désastre. « J'ai compris que je mangeais pour ne plus être désirable. C'était une protection. Chaque fois que j'ai été mince, j'ai eu mal et je me suis retrouvée dans des unions décevantes. Je ne voulais plus être désirable. Je pense que je mangeais pour ne pas être la femme parfaite que tout le monde voulait que je sois », poursuit Kathy.

Une décision qui peut être lourde de conséquences

L'urgence était si grande, pour Kathy, qu'elle a choisi de se tourner vers le privé pour éviter l'attente. Cela dit, elle conseille aux femmes qui souhaitent avoir recours à une chirurgie bariatrique de prendre le temps d'y réfléchir sérieusement.

« Il y a l'avant et le pendant, mais il y a aussi l'après. La personne doit être très bien outillée pour l'après. Tu maigris tellement vite que ton cerveau n'a pas le temps d'assimiler ta perte de poids. Je commence à me voir mince, mais ce n'est pas complètement acquis. Et si tu veux avoir une chirurgie, mais que ce n'est pas encore réglé dans ta tête que tu veux avoir une alimentation saine, ça ne sert à rien », met-elle en relief.

Un élément non négligeable doit aussi faire l'objet d'une réflexion sérieuse : le surplus de peau provoqué par la perte de poids. Kathy a eu de la chance à ce chapitre, mais a tout de même subi une chirurgie reconstructive des seins avant les Fêtes, toujours au privé. La mère de famille attire l'attention sur le fait que les femmes qui subissent une chirurgie bariatrique dans le réseau public ont bien peu de chances d'être considérées pour une reconstruction aux frais de l'État, puisque ces interventions sont considérées comme étant d'ordre esthétique. Ces éléments doivent être pris en compte.

« Voir mon corps changer, devenir difforme, n'a pas été facile. Il faut être réaliste dans tout ça », énonce Kathy, dont l'estomac est désormais de la taille d'une balle de golf.

Après s'être réfugiée dans la nourriture pendant des années, Kathy a dû complètement revoir sa relation avec les aliments.

« Tu manges pour te donner du carburant, plus pour le plaisir », signale celle qui accompagne des femmes sur deux groupes de discussions Facebook liés à la chirurgie bariatrique.

Jugement

Kathy compose chaque jour avec le jugement des autres, qu'il s'agisse de proches ou de connaissances. Elle estime que la société est très dure envers les femmes obèses qui optent pour la chirurgie plutôt que de prendre des moyens pour perdre du poids.

« Les gens autour de moi trouvaient que c'était un moyen facile. J'ai été jugée et critiquée. Pour moi, il n'y avait pas d'autre alternative », dit celle qui, jusqu'à avril 2016, était considérée obèse de niveau 1 et qui a dû subir deux chirurgies dorsales au fil des ans.

Aujourd'hui, la femme de 45 ans regarde vers l'avant et apprend à aimer le reflet qu'elle observe chaque jour dans le miroir.

« Je suis prête à accepter mon corps et je suis correcte avec le fait que les gens me trouvent belle. Je suis enfin capable d'assumer mon image de femme », conclut Kathy, qui prend part à des ateliers d'estime de soi depuis deux mois.

860 patients en attente

Près de 860 personnes sont en attente d'une chirurgie bariatrique dans le réseau public régional de santé. L'opération, couverte par la RAMQ, est offerte à Chicoutimi depuis 2011 et à Roberval depuis 2013.

Porte-parole du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean, Karine Gagnon précise que la liste d'attente, à Chicoutimi, compte 747 noms, comparativement à 110 dans le secteur de Roberval.

« On entre dans les cibles en chirurgie bariatrique. Quatre-vingt-dix pour cent de la clientèle est opérée dans un délai de six mois », précise-t-elle.

Pour être admissibles à cette chirurgie élective au public, les patients doivent avoir un indice de masse corporelle (IMC) se situant entre 35 et 45. Il s'agit d'une chirurgie de dernier recours et les personnes qui souhaitent passer sous le bistouri doivent être en mesure de démontrer qu'elles ont déployé les efforts nécessaires pour perdre du poids. Une recommandation médicale est requise.

Selon des données fournies par le CIUSSS, 1,3 million de Québécois sont aux prises avec des problèmes d'obésité. De ce nombre, environ 300 000 sont considérés comme obèse morbide. Comme le surpoids entraîne de la comorbidité, ce qui veut dire l'émergence d'autres pathologies liées à la maladie primaire, le ministère de la Santé du Québec a pris le pari d'offrir la chirurgie bariatrique gratuitement aux Québécois qui détiennent une carte d'assurance-maladie. Il est estimé que les coûts de l'opération se remboursent en deux à quatre ans parce que le patient qui n'est plus en surpoids coûte beaucoup moins cher au système de santé.

Au public, des équipes multidisciplinaires formées d'infirmières, de nutritionnistes, de physiothérapeutes et d'endocrinologues prennent les patients en charge pour s'assurer d'un suivi pré et postopératoire. En 2015-2016, 85 personnes ont eu la chirurgie à Chicoutimi, contre 110 dans le secteur de Roberval. La moyenne d'âge des patients est de 45 ans.

Malgré nos demandes répétées, il n'a pas été possible d'obtenir une entrevue avec des responsables avec la clinique de l'Hôpital de Chicoutimi pour des raisons de disponibilité.




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