Mgr Couture ne savait rien

Monseigneur Jean-Guy Couture confirme n'avoir jamais été informé... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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Monseigneur Jean-Guy Couture confirme n'avoir jamais été informé du comportement pédophile de l'abbé Paul-André Harvey.

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L'évêque à la retraite Jean-Guy Couture n'a jamais été avisé du comportement pédophile de l'abbé Paul-André Harvey. Il considère d'ailleurs comme intolérables les agressions sexuelles commises par un membre de l'Église.

«Si je l'avais été, il n'aurait pas gardé de poste au sein du diocèse et je l'aurais dénoncé. De plus, l'abbé Harvey ne m'a jamais parlé d'une problématique sexuelle», a lancé monseigneur Couture à une question de Me Bruce Johnston, de l'Association des jeunes victimes de l'Église.

L'évêque du Diocèse de Chicoutimi de 1979 à 2004 a rendu son témoignage, mardi après-midi, à une procédure Ad futuram memoriam (à la mémoire du futur) devant la juge Sandra Bouchard, de la Cour supérieure du Québec, chambre civile, au Palais de justice de Chicoutimi.

Cette procédure précède l'éventuel procès civil d'un recours collectif de 80 victimes du curé Paul-André Harvey. Celui-ci a reconnu sa culpabilité à des abus sexuels sur des fillettes de 7 à 10 ans entre 1963 et 1986 dans diverses paroisses du Diocèse de Chicoutimi. Il a été condamné à six années de pénitencier en septembre 2015.

Monseigneur Couture se souvient avoir regardé le dossier de l'abbé au moment de le nommer à Ferland-et-Boilleau, mais ne se rappelle pas y avoir noté quelque chose de particulier ou de compromettant. Il ne l'a pas changé de paroisse à la suite d'une problématique sexuelle.

«Il a été nommé à cette paroisse parce qu'il venait d'obtenir un poste d'aumônier à l'hôpital de La Baie. Il lui fallait une petite paroisse pour assumer les deux tâches.»

Malgré tout, monseigneur Couture a été ébranlé d'apprendre les accusations déposées contre l'abbé Harvey en 2012.

«Lorsque j'ai appris les accusations, je n'en revenais tout simplement pas. J'ai été renversé en apprenant la nouvelle. Je croyais que c'était un autre prêtre Harvey. Je ne pouvais y croire. Il était estimé de ses paroissiens. Je trouve les agressions sexuelles par un prêtre intolérables», a raconté monseigneur Couture.

Ce dernier dit ne pas être au courant si des allégations d'abus sexuels avaient été amenées à la connaissance des autorités de l'église avant son arrivée, mais lui n'en a jamais eu connaissance.

«À mon arrivée, j'ai mis sur pied un comité de nominations des prêtres, car je ne connaissais pas les prêtres du diocèse. Ce que je sais, c'est que si des allégations étaient connues, le prêtre était retiré de son ministère. Donc au sein du comité, nous n'avions pas à discuter de ces éléments, car ça n'avait pas lieu d'être», a précisé l'évêque Couture.

Monseigneur Couture confirme avoir déjà agi sur des allégations portées à son attention en lien avec des abus sexuels contre deux prêtres. Il nie donc qu'il y ait eu une loi du silence.

«Les deux prêtres ont fait de la prison. Dans un cas, les parents m'avaient demandé de ne pas le dénoncer. Mais je l'ai fait, car c'était ce qu'il fallait faire. Dans les deux cas, les prêtres ont été retirés dès le moment où j'ai été mis au courant des allégations», a-t-il repris.

Archives secrètes

D'autre part, l'homme d'Église de 86 ans a confirmé qu'il existe des archives secrètes au Diocèse de Chicoutimi et que de nombreux documents y sont conservés.

«Je ne les ai jamais consultées et je n'ai jamais ouvert l'endroit. Je ne sais pas ce qui s'y trouve, d'autant plus que je n'ai jamais eu à y déposer quoi que ce soit. Je sais que ça concernait des documents sur les prêtres et qu'il pouvait y avoir des affaires de moeurs», a-t-il précisé.

Suzanne Tremblay ne peut s'imaginer que monseigneur Jean-Guy... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 2.0

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Suzanne Tremblay ne peut s'imaginer que monseigneur Jean-Guy Couture n'était pas au courant des abus sexuels de l'abbé Paul-André Harvey.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Suzanne Tremblay ne le croit pas

«J'ai trouvé dur le témoignage de monseigneur Couture. Je ne le crois pas lorsqu'il dit qu'il ne savait rien, qu'il n'était pas au courant. Moi les noms (à qui elle en a parlé), je les connais et je sais qu'ils faisaient partie de son conseil.»

Suzanne Tremblay, l'une des nombreuses victimes de l'abbé Paul-André Harvey, avoue qu'il n'est pas facile d'assister aux procédures judiciaires civiles de leur dossier.

«C'est impossible qu'il n'ait pas été mis au courant. Tout le monde savait. On a fait des plaintes à l'évêché. La population entière le savait. Comment ne pouvait-il pas savoir, lorsque ceux à qui on a fait des plaintes étaient dans son conseil», a repris Mme Tremblay.

Cette dernière comprend que l'évêque à la retraite ait démis de leur fonction deux prêtres qui ont eu des comportements déplacés, mais dans le cas du curé Harvey, elle se souvient qu'il était un beau parleur, un manipulateur.

«Il y a des prêtres qui m'ont vu être abusée. J'ai une très bonne mémoire de ce qui s'est passé.»

«Quant au fait de recevoir une admission et des excuses de l'Église, j'ai cessé d'y croire. J'ai attendu longtemps», a mentionné Mme Tremblay.

Me Bruce Johnston (Jeunes victimes de l'Église) tente... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Me Bruce Johnston (Jeunes victimes de l'Église) tente de savoir si l'Église était au courant des pratiques de l'un de ses prêtres.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

Une rencontre avec l'abbé Harvey contestée

L'Association des jeunes victimes de l'Église catholique souhaite rencontrer l'abbé Paul-André Harvey afin de discuter de solutions pour le recours collectif, mais aussi pour obtenir des informations supplémentaires sur le dossier des abus sexuels.

Cette rencontre est fortement contestée par la Corporation épiscopale catholique romaine de Chicoutimi, les fabriques et l'Assurance Mutuelle des fabriques de Québec. Elles s'y opposent à moins d'être présentes lors de la rencontre.

Dans le meilleur des cas, les parties impliquées préféreraient que l'agresseur de plusieurs jeunes filles et quelques garçons soit interrogé officiellement dans le cadre de la procédure Ad futuram memoriam. 

Me Philippe Trudel (des jeunes victimes de l'église) a fait valoir l'importance et la pertinence de rencontrer l'agresseur. 

«Nous voulons le rencontrer afin de discuter d'une solution ou d'en arriver à une entente. Nous voudrions aussi le questionner sur les victimes qui se sont ajoutées dans le recours collectif afin de voir si c'est bien le cas», a indiqué Me Trudel.

Les parties adverses ont laissé voir rapidement qu'elles n'étaient pas en accord avec cette procédure. 

«À l'époque, l'abbé Harvey était un des membres qui prenaient les décisions dans une paroisse. Ça se faisait avec les marguilliers. Ils étaient comme un conseil d'administration», précise Me Estelle Tremblay, procureur de la Corporation épiscopale catholique romaine de Chicoutimi.

«De vouloir rencontrer l'abbé Harvey, ce serait comme de vouloir discuter avec un membre d'un conseil d'administration en particulier et ça ne se fait pas», note-t-elle.

Me Tremblay s'oppose aussi à la rencontre afin d'éviter que l'avocat de la Corporation des jeunes victimes de l'église n'obtienne des documents des fabriques par le biais de l'ancien curé.

«Ce qu'il faut regarder, c'est de savoir si le Diocèse de Chicoutimi a fait preuve d'une diligence raisonnable dans le contexte de l'époque», reprend Me Tremblay.

Me Geneviève Allan, aussi de la corporation, veut éviter que des révélations soient faites en l'absence des procureurs. 

«C'est une question de transparence de justice. Il faut empêcher cela», dit-elle.

Même l'avocat de l'Assurance Mutuelle des fabriques de Québec, Me Éric Lemay, s'oppose à la rencontre, estimant que si une entente survient, elle devra tout de même être soumise au tribunal pour acceptation et que les détails des discussions seront alors dévoilés.

«Et il n'y a pas d'urgence à entendre l'abbé Harvey, car nous n'en sommes qu'au début du dossier», indique l'avocat.




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