Au-delà du vivre ensemble

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Saguenay (Chicoutimi) Cercle de presse Khadiyatoula Fall (Photo Rocket Lavoie)

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Les expressions « vivre ensemble, agir ensemble et travailler ensemble » ont été utilisées à profusion devant le Cercle de presse du Saguenay, mercredi, par les représentants de la communauté noire de la région. Ils souhaitent une convergence des communautés « au lieu de la division que sèment certains ténors et qui ne font que nourrir les stéréotypes ».

C'est sous le thème « Femmes noires et leadership social » que l'Association des Africains du Saguenay-Lac-Saint-Jean tiendra quatre activités centrées sur l'action des femmes noires au Canada, dont l'histoire de Viola Desmund, la seconde femme à voir son visage imprimé sur les billets de banque après la reine et qui a marqué son époque à Halifax dans le monde des affaires et surtout, de la lutte contre la discrimination raciale.

Ces activités s'inscrivent dans le cadre du Mois de l'histoire des Noirs, une initiative qui remonte à 1926 aux États-Unis pour mettre en valeur le patrimoine. Un patrimoine, selon le président de l'association, Mezimes Soboth Christian, qui est « lourd et chargé ». L'histoire récente rappelle de plus qu'il y a toujours des clivages dans nos sociétés et qu'il est important d'apprendre à connaître « l'autre ».

Le Mois de l'histoire des Noirs prend une connotation particulière cette année, selon le professeur et titulaire de la chaire d'enseignement et de recherche interethnique de l'Université du Québec à Chicoutimi, Khadiyatoulah Fall, alors que le premier Noir à occuper la Maison-Blanche a quitté ses fonctions. Une présidence, rappelle le professeur, dont on ne peut tirer de conclusions quant à son influence sur la situation des Noirs.

Khadiyatoulah Fall ne peut passer sous silence que pendant les huit dernières années, le slogan « La vie d'un Noir compte aussi » a été popularisé pour répondre aux violences policières commises à l'endroit des membres de la communauté afro-américaine.

Le professeur s'interroge sur le legs du président Obama et surtout sur les chances dans un avenir rapproché de voir un autre ressortissant de la communauté afro-américaine réussir le tour de force de se hisser au poste « le plus prestigieux du monde ». « Comment un Noir pourrait-il réitérer cet exploit alors qu'une femme blanche a été battue par la montée de la droite ? »

Le Québec et le Canada, un modèle

Les dirigeants de l'association n'ont que des commentaires positifs à l'endroit de leur communauté d'accueil. Ils jugent que le Québec et le Canada constituent un modèle de ce qui pourrait être les bases d'une nouvelle façon d'intégrer les immigrants malgré les différences culturelles qui caractérisent l'immigration.

Selon le président Soboth, il ne faut pas confondre des comportements ou gestes qui découlent de l'ignorance de l'autre (l'immigrant), et un comportement véritablement raciste.

L'association compte aujourd'hui une centaine de membres, selon son président Mezimes Soboth Christian. Les membres proviennent en très grande partie de la communauté universitaire à titre de professeurs ou étudiants qui sont de plus en plus nombreux.

Le Québec abrite un Islam différent

L'Islam québécois diffère de celui des courants radicaux que l'on retrouve dans certains pays du monde. On peut donc difficilement conclure que la place réservée aux femmes dans l'Islam québécois est la même que celle des pays où la pratique religieuse la ramène à un rôle comparable à celui des Québécoises des années 1950, alors que l'Église contrôlait la vie des fidèles, croit Khadiyatoulah Fall.

C'est en faisant une distinction entre l'Islam radical et celui vécu au Québec que le professeur Khadiyatoulah Fall a répondu à Gérard Bouchard. Dans l'édition de samedi du Quotidien, M. Bouchard expliquait qu'il subsistera une distance entre la communauté musulmane et la communauté québécoise d'accueil tant et aussi longtemps que la religion musulmane ne travaillera pas pour la promotion de l'égalité entre les hommes et les femmes ainsi que l'acceptation de l'homosexualité.

Le sociologue appuyait sa réflexion sur les efforts consentis par les femmes pour se défaire du joug de l'église dans les années 1950 et 1960 pour enfin aspirer à l'égalité entre les sexes. Pour Khadiyatoulah Fall, un musulman qui fréquente la mosquée de Chicoutimi, la femme musulmane du Québec ne peut être comparée avec la femme musulmane en Iran ou en Arabie Saoudite où elle est soumise à une application très stricte des préceptes religieux coraniques.

« On parle de l'Islam d'ici ; des musulmans du Québec. Et une personne qui travaille sur le terrain et qui va dans les communautés musulmanes et qui rencontre des femmes constate des choses. Il affirme que la communauté musulmane d'ici n'est pas dans une lecture ''littéraliste'' de l'Islam. Elle ne pense pas la femme musulmane comme en Arabie Saoudite. Elle ne pense pas la femme comme en Iran », insiste l'enseignant.

Une femme d'ici

« Elle pense la femme musulmane comme une femme d'ici, dans le contexte d'ici, enchaîne Khadiyatoulah Fall. Je regarde comment les hommes d'ici évoluent avec leur femme, comment les femmes d'ici évoluent et je suis porté par l'espoir. La femme musulmane québécoise n'est pas une femme dominée, n'est pas une femme enfermée. Elle est une femme qui veut être éduquée et qui veut travailler », reprend le professeur.

Il résume en affirmant que la femme musulmane du Québec est portée par le mouvement du Coran. Le premier mouvement du Coran, évoque-t-il, a été un mouvement d'émancipation et d'ouverture.

Khadiyatoulah Fall en arrive ainsi à la conclusion que l'Islam d'ici est prêt à s'asseoir à la table de la démocratie.

Questionné sur la séparation des hommes et des femmes dans la mosquée, comme c'était le cas à Québec et comme c'est toujours le cas au moment des prières dans la religion musulmane, M. Fall a indiqué que ces éléments sont en fait des détails sur lesquels on ne peut baser notre perception. En même temps, il estime que la religion musulmane, qui occupe maintenant un espace public, doit accepter la critique au même titre que toutes les religions.

Ghislain Bourque proposé comme recteur par intérim

Le titulaire de la Chaire d'enseignement et de recherches interethniques et interculturelles (CERII), Khadiyatoulah Fall, propose la nomination de Ghislain Bourque à titre de recteur par intérim de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC) afin de permettre à l'Université du Québec (UQ) d'identifier le ou la candidate qui sera en mesure de prendre la direction avec l'appui de toute la communauté universitaire.

Interrogé sur les problèmes majeurs rencontrés par l'UQ pour identifier les candidats potentiels à la succession de Martin Gauthier, M. Fall a admis que sa position allait inévitablement faire l'affaire d'un camp et choquer l'autre camp. Il admet que cette situation risque de lui attirer certaines critiques.

« En tant qu'intellectuel, je ne me défilerai pas et je vais prendre position. Tout d'abord, on doit saluer la décision de Martin Gauthier qui a décidé de retirer sa candidature pour le bien de l'institution », croit l'universitaire. Ce dernier estime qu'il y a effectivement des tensions à l'interne et qu'il importe que la direction de l'UQ puisse replacer les choses alors que le comité de sélection s'est d'une certaine façon discrédité en reprenant tout le processus. Ce qui revient pratiquement à dire qu'il serait peut-être souhaitable de mettre en place un nouveau comité qui pourrait compter sur l'appui du conseil d'administration de l'UQAC, croit-il.

Dans un tel contexte, reprend le professeur, il serait opportun de demander à Ghislain Bourque, qui a occupé plusieurs fonctions administratives dans les universités de Trois-Rivières et Chicoutimi, de prendre la direction pour un certain temps. Selon Khadiyatoulah Fall, Ghislain Bourque n'a pas l'intention de revenir pour un poste régulier, mais serait disponible pour un intérim pour ramener le calme et permettre la reprise du processus de sélection.

Il y va, selon M. Fall, de l'intérêt supérieur de l'UQAC et de son avenir.




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