Point de rupture

Le maire d'Alma, Marc Asselin, le député péquiste... (Photo Le Quotidien, Isabelle Tremblay)

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Le maire d'Alma, Marc Asselin, le député péquiste de Lac-Saint-Jean, Alexandre Cloutier et le président de la section locale 9490 des Métallos, Alexandre Fréchette, se mobilisent pour la réalisation de la phase II de l'Usine Alma de Rio Tinto.

Photo Le Quotidien, Isabelle Tremblay

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ÉDITORIAL / Le maire Marc Asselin a raison de s'inquiéter. Pendant 14 ans, d'abord à l'époque où il était conseiller puis en tant que premier magistrat, la haute direction de Rio Tinto lui a répété de ne pas s'en faire, que l'expansion de l'aluminerie jeannoise faisait partie des priorités.

Malgré le démantèlement de l'équipe responsable de l'étude de préfaisabilité du projet en 2009, malgré le lock-out de 2012, malgré les turbulences qui ont secoué le marché de l'aluminium, Marc Asselin n'a jamais dérogé de sa ligne, martelant sans cesse le même discours : « Le projet se réalisera lorsque les conditions gagnantes seront réunies. »

Aujourd'hui par contre, il constate que le tapis lui glisse sous les pieds. Se sent-il floué ? Seul lui peut répondre à cette question, Mais, d'un point de vue extérieur, nul ne peut lui reprocher d'avoir accordé, jusqu'ici, toute sa confiance à l'entreprise. 

Pour Alma, l'enjeu est immense. Il ne se résume pas uniquement aux investissements projetés, aux retombées économiques engendrées par la construction des infrastructures ou aux emplois qui découleront de cette phase d'agrandissement. Rio Tinto, c'est beaucoup plus que ça. La multinationale est le principal citoyen corporatif de la capitale jeannoise, déboursant à elle seule l'équivalent du tiers des taxes municipales avec une contribution annuelle de quelque 10 millions de dollars. Une éventuelle dévaluation de l'usine aurait des conséquences considérables sur les services offerts à la population, sinon sur le compte de taxes des contribuables. Imaginez si Rio Tinto décidait de contester son compte de taxes... Dans ces circonstances, il peut être sage de marcher sur des oeufs, 

Lundi, le point de rupture a néanmoins été franchi. Le maire Asselin a joint sa voix à celles du député Alexandre Cloutier et du président syndical Alexandre Fréchette pour demander à la direction de Rio Tinto d'ouvrir son jeu : l'usine d'Alma est-elle encore dans les cartons ou a-t-elle simplement été abandonnée, au profit de la réalisation d'autres projets tels que ceux d'Arvida ou de Sept-Îles ?

Contrairement au maire Asselin, Alexandre Cloutier a toujours été prompt à critiquer les agissements de la compagnie, notamment dans le dossier de la gestion du lac Saint-Jean ou lors du lock-out. Le parlementaire est également monté aux barricades récemment, dans la foulée des annonces de compressions à la division Grande-Baie, en évoquant les engagements auxquels doit se soumettre l'entreprise en vertu de l'entente de continuité de 2006 : création de 740 nouveaux emplois d'ici le 31 décembre 2021, augmentation de la production de métal primaire, utilisation d'un bloc d'énergie de 225 MW...

En ce qui a trait à l'usine Alma, quoi qu'on ait pu dire à Marc Asselin pendant plus d'une décennie, la compagnie n'est liée à aucun engagement formel. Rio Tinto pourrait en effet se contenter de compléter la troisième phase du projet AP60 pour remplir ses promesses et poursuivre ses activités dans le respect de l'entente. 

Il y a certes lieu d'être préoccupé. Or, il n'est pas trop tard. Pas encore. Tel que l'a mentionné Alexandre Fréchette, lundi, la division Alma est l'une des plus performantes de la compagnie et jouit d'une technologie qui, selon lui, surpassera bientôt celle de l'usine de Kitimat, récemment inaugurée. De plus, une partie de l'étude de préfaisabilité a été réalisée et l'aluminerie est configurée de façon à accueillir les salles de cuves supplémentaires. L'énergie est disponible et une voie de desserte industrielle a été construite. Lorsqu'on parle de conditions gagnantes, que peut-on exiger de plus ? 

Le Saguenay-Lac-Saint-Jean ne peut plus se définir autour de promesses verbales ou d'échéanciers approximatifs. Désormais, la région doit savoir pour prévoir, et c'est ce que réclament le maire Asselin, le député Cloutier et le président des Métallos, Alexandre Fréchette. La démarche ne sera toutefois efficace que si elle s'inscrit dans une approche impliquant toutes les forces de la région, sans égard aux allégeances syndicales, territoriales ou politiques. Malheureusement, il y a loin de la coupe aux lèvres.

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