Reconstruire par l'art

«Mon but, c'est vraiment de reconstruire une maison... (Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque)

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«Mon but, c'est vraiment de reconstruire une maison qui n'existe plus sur un territoire qui a changé énormément. Je fais tout ça à 1000 kilomètres de là où ça s'est passé. Ça amène une autre perspective», précise Camille Perry.

Photo Le Quotidien, Jeannot Lévesque

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PAGE UQAC / Originaire de Gaspésie, Camille Perry, étudiante à la maîtrise en arts visuels de l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), a choisi d'explorer un pan de l'histoire de sa famille. Avec son projet, « Réappropriation symbolique du territoire des expropriés de Forillon : rêver le territoire », elle souhaite recréer l'ancienne maison de ses grands-parents.

Dans les années 1970, à la création du Parc national de Forillon, plusieurs familles qui vivaient dans les villages situés à la limite du territoire ont été expropriées. C'est une partie de cette histoire que Camille Perry souhaite aborder avec son projet, qui prendra la forme d'une exposition.

« La maison de mes grands-parents a été brûlée, et ensuite ils sont passés dessus avec un bulldozeur. C'est ce qu'ils ont fait avec toutes les habitations. C'est assez radical. Mon but est de reconstruire cette maison qui a été incendiée », explique l'étudiante.

Son projet est composé de sculptures en bois brûlé, de broderies (un savoir qui lui a été transmis par sa grand-mère), de vidéo et de traces du travail collaboratif qu'elle a réalisé avec sa famille. « Mon but, c'est vraiment de reconstruire une maison qui n'existe plus sur un territoire qui a changé énormément. Je fais tout ça à 1000 kilomètres de là où ça s'est passé. Ça amène une autre perspective », ajoute-t-elle.

Le tout sera présenté pendant la deuxième moitié du mois de mars à la galerie L'oeuvre de l'autre, à l'UQAC. L'exposition se nomme « Reconstruire la maison brûlée ».

Camille Perry espère toutefois montrer son projet aux Gaspésiens, et particulièrement à ceux qui ont vécu l'expropriation.

Un projet familial

Camille Perry raconte que sa famille a été très surprise lorsqu'elle leur a présenté l'idée de son projet. « Pendant 40 ans, c'était un sujet qui n'était presque pas abordé. Il n'y avait pas de photos de la maison. C'est très tard que j'ai compris que c'était arrivé. En 2011, il y a eu des excuses officielles, et ç'a ravivé des choses », raconte-t-elle.

Mme Perry mentionne toutefois que sa famille a joué un rôle important dans son projet. En effet, les recherches et les discussions avec ses proches lui ont donné le matériel pour créer ses oeuvres. Ils l'ont accompagnée tout au long du processus.

« Je me suis toujours intéressée aux expériences des autres. Un jour, j'ai eu la chance de rencontrer un aîné autochtone qui m'a raconté comment il avait été arraché du bois à neuf ans. Il a été envoyé au pensionnat. J'ai senti une coupure dans son histoire, et ça m'a complètement bouleversée », mentionne l'étudiante.

D'après Mme Perry, c'est parce que sa famille a, elle aussi, subi une discontinuité dans son histoire que le vécu de l'aîné l'a autant marquée, même si les deux expériences sont complètement différentes.

« J'ai réalisé que ça me parlait. J'étais avec mes parents un jour, on était dans le parc Forillon, et en passant sur la route, mon père a mentionné que la maison de mes grands-parents était à cet endroit. Je n'avais jamais su où elle était située. Je savais qu'il y avait eu une maison, qu'on avait été expropriés dans les années 70, mais c'était un peu comme un mythe. De savoir où elle était m'a fait réaliser que c'était important pour moi », conclut-elle.

Pour un meilleur dialogue

Toutes les disciplines, tous les domaines sont en relations et bénéficient l'un de l'autre, croit l'étudiante en arts visuels à l'Université du Québec à Chicoutimi, Camille Perry.

« L'art n'est pas dans une petite bulle dans son coin, séparé des sciences sociales, avec le génie ailleurs et la santé à un autre endroit encore, affirme-t-elle. Ce n'est pas comme ça que ça fonctionne dans la société ! J'ai l'impression qu'on a parfois tendance à créer un clivage. Mais on vit en interdépendance ! »

D'après elle, les gens en art doivent toujours justifier la nécessité et l'utilité de leur domaine. Toutefois, elle estime que c'est une question qu'il faut cesser de se poser.

« Tout l'art est utile. Que ce soit la chose qui parle à tout le monde ou celle qui ne parle qu'aux spécialistes, tout est en connexion. On s'inspire les uns les autres, et c'est la même chose en science. On apporte tous quelque chose ! On a besoin des savoir-faire, des savoir-être de tous pour créer un monde dans lequel on peut dialoguer », poursuit-elle.

« Je crois que la médiation culturelle nous donne l'occasion d'entrer en contact avec des réalités qu'on ne rencontre pas normalement. Ce n'est pas tout le monde qui fait la même chose en médiation, mais je pense quand même qu'elle permet d'aborder une diversité de points de vue », estime Camille Perry.

Elle prend pour exemple son projet de maîtrise, portant sur l'expropriation de ses grands-parents lors de la création du Parc national Forillon, en Gaspésie, qui entre dans ce courant de médiation culturelle. « En parlant avec des personnes, je me suis rendu compte que peu de gens savaient ce qui s'était passé, ou ne réalisaient pas qu'on avait exproprié des familles. Aujourd'hui, plusieurs populations font face à la dépossession, les Premières nations par exemple. Je pense que la médiation culturelle et l'art en général nous permettent d'ouvrir un dialogue sur les grands enjeux de société », raconte-t-elle.

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