Soutenir un malade qui souffre: l'humain et non la religion

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La décision des autorités québécoises de santé de laïciser le rôle de l'intervenant en soins spirituels s'inscrit dans les tendances observées sur le plan de la pratique religieuse et de la diversité des croyances.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

En 2016, le Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) du Saguenay-Lac-Saint-Jean a adopté des mesures lui permettant de réaliser des économies. Parmi celles-ci : la réorganisation des services en soins spirituels. L'abolition d'un poste à l'hôpital de Chicoutimi, après le départ à la retraite d'un prêtre qui a longtemps agi comme aumônier, a suscité de vives réactions. Quelques mois plus tard, la direction du CIUSSS signale que la refonte des services se déroule rondement. Le titre d'aumônier n'existe plus et bien que seulement huit des 20 intervenants en soins spirituels de la région soient des laïques, la fonction a été déconfessionnalisée. Le Progrès-Dimanche a rencontré deux intervenants en soins spirituels qui oeuvrent à l'hôpital de Chicoutimi et en CHSLD. Survol d'une fonction en mutation, davantage axée sur l'humain, mais encore bien nécessaire pour de nombreux malades à un moment charnière de leur vie.

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Christian Bouchard et Éric Maltais, deux laïques, sont intervenants en soins spirituels à l'Hôpital de Chicoutimi et en CHSLD.

Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque^

Un décès subit ou imminent, la mort d'un bébé in utero, l'amputation d'un membre ou le deuil d'une perte d'autonomie causée par la maladie : autant de situations qui peuvent provoquer la détresse des personnes hospitalisées et de leurs proches. La plupart des malades ne souhaitent plus se confier à un représentant de la religion catholique. Ils veulent une figure neutre qui les aidera à traverser une période de grande douleur, sans agenda ni jugement de valeur.

C'est ce que font quotidiennement Christian Bouchard et Éric Maltais, deux intervenants en soins spirituels qui évoluent entre les murs de l'hôpital de Chicoutimi.

S'ils sont tous deux de confession chrétienne, Christian Bouchard et Éric Maltais sont des intervenants laïques, chacun en couple et père de famille. Ils sont bien sûr animés par leur foi, qui agit comme un phare dans l'exercice de leurs fonctions. Mais leurs convictions religieuses sont mises au rancart à partir du moment où ils enfilent leur sarrau blanc.

«Quand je rentre ici, je trace la ligne. Mais je pense que c'est important d'être animé par quelque chose. On n'est pas dans le syncrétisme ou le charlatanisme. Je cite souvent Éric-Emmanuel Schmitt, qui dit qu'on est tous égaux dans l'ignorance. On a trois choix : croire, ne pas croire ou ne pas se poser la question. Mais on a tous un cheminement psychospirituel», note Éric Maltais.

À l'hôpital, où ils accompagnent les patients sur le chemin de l'intériorité, le parcours est tantôt paisible, tantôt agité. Le périple peut être animé de très longues discussions et ponctué d'exercices de mémoire. À l'inverse, il peut se faire le plus modestement du monde, dans le silence et le recueillement. Les intervenants se fondent dans le décor et écoutent. Ils conseillent et soutiennent aussi. Au fond, la nature de chacune de leurs interventions est dictée par les besoins des patients qu'ils côtoient. Ils sont une oreille attentive, une épaule sur laquelle pleurer, un confident, un psychologue, un guide spirituel.

Aider à accepter

Christian Bouchard et Éric Maltais n'ont qu'un désir : soutenir le malade et sa famille dans un moment de grande douleur, où la quête de sens fait souvent partie du processus d'acceptation.

«C'est un travail axé sur l'accompagnement et non sur les sacrements. Je peux faire un rituel de fin de vie, organiser un moment signifiant qui permet de marquer l'événement, mais je ne peux pas donner l'onction des malades», met en contexte Christian Bouchard.

Si de moins en moins de patients demandent ce rite religieux, certains y tiennent toujours.

«On travaille avec les croyances des gens et on répond à leurs besoins dans leur quête de sens. On aide les patients à puiser dans leurs ressources intérieures pour affronter la maladie. Je n'ai pas l'impression de travailler avec des malades. J'ai l'impression de travailler avec des humains», fait valoir Éric Maltais. En aparté, les deux intervenants ont confié avoir été profondément touchés par l'attentat survenu à la mosquée de Québec, où six Québécois de confession musulmane ont perdu la vie.

Pour une approche globale

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La décision des autorités québécoises de santé de laïciser le rôle de l'intervenant en soins spirituels s'inscrit dans les tendances observées sur le plan de la pratique religieuse et de la diversité des croyances.

Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Les soins spirituels sont maintenant intégrés à la formation offerte aux futurs médecins qui étudient à Chicoutimi. Chaque résidant doit faire un stage en compagnie d'un intervenant en milieu hospitalier afin de mieux comprendre son rôle auprès des patients.

Tout cela découle d'un projet mis de l'avant par des professionnels en santé du GMF de Chicoutimi, sous la gouverne de la Dre Sharon Hatcher. La médecin, qui agit également comme doyenne associée au campus de médecine de l'UQAC, rattaché à l'Université de Sherbrooke, se penche depuis un certain temps sur l'intégration de la spiritualité en médecine et est devenue spécialiste de la question. Si ce volet intéresse de plus en plus de représentants de la profession médicale, la professeure signale que du travail reste à faire pour faire cohabiter science et spiritualité de façon harmonieuse dans l'esprit et dans la pratique des médecins.

« Il y a une transition vers une nouvelle vision des soins spirituels par le ministère de la Santé et le CIUSSS, mais il y a une méconnaissance de la part de beaucoup de médecins au sujet du rôle de l'intervenant en soins spirituels. Pourtant, le physique et le spirituel se chevauchent. Pour des problèmes d'ordre médical ou chronique, est-ce que la prise en compte d'autres aspects que ceux d'ordre physique pourrait jouer un rôle ? », pointe Sharon Hatcher. Elle met en relief le fait que certains médecins « ont des attitudes favorables à l'intégration d'éléments spirituels dans leurs pratiques », comme la méditation pleine conscience par exemple, mais n'osent pas toujours en parler de peur d'être ostracisés par leurs collègues.

« Ça demeure un sujet tabou, mais on sent une ouverture et de plus en plus, la spiritualité et l'approche globale en santé sont explorées dans la littérature scientifique », fait valoir la doyenne associée. Jeudi, dans le cadre la Journée mondiale des malades, Sharon Hatcher a prononcé une conférence intitulée « Spiritualité et soins de santé : enjeux, défis et opportunités ».

Laïcisation du rôle

La décision des autorités québécoises de santé de laïciser le rôle de l'intervenant en soins spirituels s'inscrit dans les tendances observées sur le plan de la pratique religieuse et de la diversité des croyances. Il est dorénavant possible, pour les détenteurs d'un bac en théologie ou en sciences religieuses, de se spécialiser en soins spirituels. L'Université Laval et l'Université de Montréal offrent chacune cette formation à la maîtrise. Pour être embauché par le CIUSSS, seul le baccalauréat est requis.

Un métier parfois difficile

Au plan personnel, le métier d'intervenant en soins spirituels n'est pas toujours facile. Le fait de côtoyer la mort et la maladie et d'agir en soutien auprès de personnes en fin de vie ou soumises à une immense souffrance physique et psychologique peut laisser des traces. Christian Bouchard est d'ailleurs très candide à ce sujet.

«On voit tellement de souffrance et de détresse. Ça nous rentre dedans, parfois sans qu'on ait le temps de s'en rendre compte. Souvent, le vécu des familles est très chargé et c'est sûr que ça touche», confie le détenteur d'un baccalauréat en théologie, qui agit comme intervenant depuis 17 ans. Son confrère, un ancien animateur de vie spirituelle et communautaire en milieu scolaire, tient un discours semblable.

«On reçoit beaucoup de reconnaissance, mais on doit aussi composer avec des émotions difficiles. C'est insidieux dans le sens où on ne le perçoit pas toujours sur le coup», résume Éric Maltais, qui a été embauché par le CIUSSS (autrefois l'Agence régionale de santé) en 2014.

L'exemple le plus probant pour illustrer le sentiment qui peut animer l'intervenant en soins spirituel est l'aide médicale à mourir. Christian Bouchard, Éric Maltais et leurs collègues doivent parfois aider le patient à surmonter le dilemme moral, religieux ou spirituel que peut générer une telle prise de décision, le tout en toute objectivité.

«On n'est pas là pour faire changer le patient d'idée. Notre travail, c'est de s'assurer qu'il est en paix avec cette décision quand il éprouve des problèmes de conscience ou qu'il a un conflit de valeurs», conclut Éric Maltais.

Nouveaux horaires

La restructuration des services en soins spirituels au CIUSSS nécessite l'arrimage de certains éléments en termes d'organisation du travail et d'accréditations syndicales. Actuellement, à Chicoutimi, cinq intervenants font partie de l'équipe.

Le service est offert aux malades du vendredi au dimanche entre 8h et 16h. Les mardis, mercredis et jeudis, les patients peuvent voir un intervenant jusqu'à 20h. En dehors des heures de couverture, les chefs d'équipes peuvent appeler un de leurs membres en cas d'urgence.

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