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Serres Toundra: l'heure de vérité est arrivée pour l'entreprise félicinoise

Les conditions de travail aux Serres Toundra sont... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin)

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Les conditions de travail aux Serres Toundra sont critiquées. Malgré cela, une convention collective a été déposée par un syndicat de boutique.

Photo Le Quotidien, Louis Potvin

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Les problèmes de recrutement de main-d'oeuvre et les nombreuses critiques sur la gestion des ressources humaines dans le nouveau complexe des Serres Toundra de Saint-Félicien sont loin de surprendre les grands joueurs de l'industrie de la culture en serre, qui croient que l'heure de vérité est arrivée pour l'entreprise jeannoise.

Il faut dire que le projet de Saint-Félicien a dès le départ été l'objet de critiques en raison des subventions accordées par les gouvernements du Québec (sous forme de prêt ou garantie de prêt totalisant 25 M$) et du Canada (3 M$ pour la construction) alors que les promoteurs n'ont aucune expérience dans l'industrie nord-américaine de la culture en serre. Personne ne souhaite de malheur aux Serres Toundra tout en rappelant que les problèmes allaient se multiplier d'ici la haute saison de production qui débutera au printemps.

« Ils ont déjà des problèmes de main-d'oeuvre et nous sommes dans la plus basse saison de production en raison de la courte période d'ensoleillement. Les Éric Dubé et cie ont rempli les journaux à l'effet qu'ils allaient révolutionner l'industrie. Ils n'en sont qu'à leur début et je pourrais vous faire une liste longue comme ça des problèmes qui surviendront avec les insectes et le contrôle de la chaleur pendant l'été avec des serres de verre », a déclaré au Quotidien Stéphane Roy, le plus important producteur de tomates en serre du Québec. À titre de propriétaire et président du Groupe Sagami, il a relancé les serres Savoura qui faisaient face à la faillite.

M. Roy s'est lancé dans cette culture en 2000 avec la relance du complexe de 1,1 hectare des serres Sagami, situé près d'Elkem Métal à Chicoutimi. Aujourd'hui, le Groupe Sagami exploite 26 hectares de serres sur plusieurs sites au Québec sous deux marques de commerce. « Avant le début de leur mise en marché, j'ai tenté d'obtenir un rendez-vous. J'étais disposé à des partenariats avec l'expertise que nous avons développée. Je n'ai jamais eu de réponse », poursuit l'homme d'affaires.

« Ils sont allés en Hollande. Je suis allé en Finlande, au début des années 2000, puisque ces derniers sont bien organisés pour produire du concombre anglais. Ce n'est pas seulement une question de technologie, mais bien d'organisation du travail. Le plus difficile est de former les chefs de production, qui sont au centre de l'exploitation. Nous sommes en mesure de former nos propres chefs de production. »

Travailleurs immigrants

Le groupe Sagami compte dans sa main-d'oeuvre 125 travailleurs immigrants répartis sur les huit sites en production au Québec. Stéphane Roy est prudent quand il fait référence à cette solution puisque ces travailleurs ont besoin d'un encadrement solide. Il affirme qu'à production égale, un travailleur québécois coûte moins cher. Stéphane Roy ne se cache pas pour dire qu'il faut absolument éviter la syndicalisation dans les serres. Pour réussir ce tour de force, assure-t-il, il est nécessaire de traiter les gens convenablement.

« Ils ont des problèmes de recrutement. Il y a un syndicat qui sera sûrement contesté par les grandes centrales. Ça va faire beaucoup de problèmes quand la saison d'été va arriver et que les concombres vont pousser très rapidement. Lorsque vous entrez dans une serre de tomates, vous regardez les plants et vous dites que vous allez faire une opération le lendemain. Lorsque vous entrer dans une serre de concombres en période de haute croissance, vous regardez les plants et vous dites ''j'aurais dû faire telle opération hier''. C'est majeur comme différence. »

Il ne s'agit pas uniquement de ramasser rapidement les légumes sur les plants. Il y a aussi certaines connaissances à développer en plus de la création d'équipes de travail capables de réagir aux situations rapidement. Sur ce, Stéphane Roy croit que les dirigeants doivent devenir des spécialistes de la culture. « Dans une quincaillerie, tu peux laisser des boulons deux ans sur une tablette, mais dans une serre, tu dois ramasser la production sans tarder parce que les pertes s'accumulent rapidement. »

En plus de cette longue liste de problèmes, les Serres Toundra évoluent dans une production dont l'attrait n'est pas majeur pour les marchés d'alimentation.

« Dans les fruits et légumes, les produits qui servent à attirer la clientèle sont les bananes et les tomates. Ce sont des "lost leader" avec la salade en hiver. C'est significatif pour les prix obtenus. En ce moment, une caisse de 12 concombres anglais se vend 6,50 sur le marché de Toronto et nous sommes au creux de la saison », illustre Stéphane Roy. IGA vendait le concombre 1,29 l'unité pendant les Fêtes.

L'étranger, un incontournable

Les travailleurs issus de l'immigration «temporaire» sont incontournables dans l'exploitation des complexes de culture en serre à la grandeur du Canada et il est peu probable qu'une entreprise comme les Serres Toundra de Saint-Félicien contournent cette réalité.

«Si les gens de Saint-Félicien parviennent à créer un modèle qui dépend uniquement de la main-d'oeuvre locale, ils vont réussir un tour de force. Tout le monde au Québec regarde ce qui se passe au Lac-Saint-Jean. Ils vont réussir à exporter ce système facilement, mais il y a de gros doutes et personne ne souhaite que ce projet se solde par un échec», insiste le consultant André Michaud, qui oeuvre auprès de plusieurs producteurs québécois spécialisés dans la culture en serre.

Cette réalité n'a aucun lien avec la bonne volonté des travailleurs et travailleuses québécois à occuper des emplois dans les complexes qui poussent un peu partout au Québec. Elle n'est également pas dictée par la possibilité pour les entreprises de bénéficier d'une main-d'oeuvre coûtant beaucoup moins cher. À la fin de l'année, le travailleur étranger, de passage au Canada pour une période de six mois, a effectivement coûté légèrement plus cher que l'employé canadien.

«Leur présence est tellement importante que le gouvernement fédéral a modifié la loi adoptée par les conservateurs qui empêchaient un étranger de revenir travailleur au Canada après quatre années consécutives. Plusieurs producteurs ont passé de très belles Fêtes. C'est simplement que les travailleurs étrangers offrent une grande marge de manoeuvre quand vous travaillez avec des produits vivants comme des légumes en serre. La production est effectivement planifiée, mais ce sont des opérations qui n'arrêtent jamais, surtout lors des périodes de récolte», reprend le consultant.

Les entreprises qui ont recours à cette solution, poursuit-il, mettent en place des structures particulières de gestion. Elles doivent effectuer une véritable prise en charge des étrangers de leur arrivée en sol canadien jusqu'à la fin de leur contrat. Selon André Michaud, il est nécessaire de bien encadrer ces travailleurs pour que leur présence soit un atout dans la production des équipes.

La présence de la main-d'oeuvre apporte une grande souplesse dans la gestion des complexes serricoles en raison de sa disponibilité. De plus, le travailleur étranger accepte ce travail très difficile avec le seul objectif de quintupler son revenu par rapport à son pays d'origine.

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