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Les Serres Toundra de Saint-Félicien... (Archives Le Quotidien, Louis Potvin)

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Les Serres Toundra de Saint-Félicien

Archives Le Quotidien, Louis Potvin

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ÉDITORIAL / Les Serres Toundra de Saint-Félicien ne pourront prospérer autrement que par l'immigration, pas parce que les Québécois sont paresseux ou parce que les étrangers sont plus efficaces, mais simplement parce que le nombre de personnes qui cadrent avec l'emploi est insuffisant dans le secteur. Il n'y a pas lieu de chercher plus loin, au risque de se perdre dans les fausses perceptions et les préjugés.

Tel que rapporté par Radio-Canada mardi, l'entreprise jeannoise a embauché une trentaine d'employés étrangers au cours de la période des Fêtes, faute de pouvoir compter sur une main-d'oeuvre locale en quantité suffisante. Ces derniers sont logés et nourris aux frais de l'employeur, à La Doré, pour une période transitoire de six mois, précise-t-on dans le reportage. Une fois ce délai expiré, à coup de politiques d'accueil et d'hébergement, les localités du secteur espèrent que ces travailleurs et leur famille s'implantent dans le Haut-du-Lac et qu'ils en fassent leur nouveau foyer.

La nouvelle a suscité moult réactions et analyses, l'une d'elles étant que les Québécois refusent d'effectuer ce genre de travail, le jugeant trop éreintant pour la rémunération qui est offerte. Il y a sans doute quelques personnes qui, après avoir nourri beaucoup d'espoir dans les Serres Toundra, ont déchanté une fois la cisaille entre les mains. Il ne s'agit toutefois pas d'une question de nationalité, mais bien d'aptitudes et de compatibilité avec l'emploi.

Un travail où le salaire est directement lié à la performance est une solution adéquate pour certains types bien précis de personnes, dont la dextérité et l'ardeur sont des compétences dominantes. Les planteurs d'arbres et les débroussailleurs de métier sont de cette essence. Selon les informations disponibles, quelques employés des Serres Toundra récoltent à une cadence de près d'un millier de concombres à l'heure. Leur taux horaire de base, fixé à quelque 11$ l'heure, peut ainsi atteindre une quinzaine de dollars, conformément à la convention collective de travail intervenue entre l'employeur et le syndicat local. Une clause dans le document établit des moyennes minimales de rendement, selon les variétés de concombres cueillis, pour que les primes soient versées. La semaine de travail d'un salarié régulier oscille entre 35 et 55 heures, incluant le samedi et le dimanche et, à moins d'un consentement du travailleur, ne peut s'étaler au-delà de six jours consécutifs.

Ce type d'emploi n'est pas facile et n'est certes pas fait pour tout le monde. Seuls les employés en mesure de récolter entre 800 et 1200 concombres l'heure y trouveront leur compte et permettront à l'organisation d'être compétitive dans un marché planétaire. Rappelons que les promoteurs prévoient quadrupler la dimension du complexe à moyen terme.

La situation actuelle, loin de témoigner d'une hypothétique «paresse québécoise», démontre plutôt que l'échantillon d'individus destinés à cet emploi est très limité et que, dans un bassin tel que celui de Saint-Félicien et ses environs, il est impensable de miser uniquement sur de la main-d'oeuvre locale. Aussi doit-on saluer la volonté des municipalités concernées d'offrir des avantages aux familles étrangères souhaitant s'établir dans la région. Des mesures incitatives significatives permettront non seulement aux Serres Toundra de compter sur une main-d'oeuvre stable et dédiée, mais aussi au Saguenay-Lac-Saint-Jean de s'ouvrir davantage à l'immigration.

Les Serres Toundra constituent l'une des pistes de solution dans le casse-tête de la diversification économique régionale. L'entreprise s'inscrit dans un courant de pensée qui prône l'autosuffisance alimentaire au Québec ainsi qu'au Canada. Autour des serres pourraient se greffer d'autres activités, notamment dans le domaine de la recherche. Pourrait-on, par exemple, développer une expertise en matière de conception de complexes serricoles en milieu nordique?

Nul n'a dit que l'aventure des Serres Toundra serait sans embûche. La mise en place d'une équipe stable et efficiente est un premier grand défi, mais il y en aura bien d'autres. C'est en les relevant un à un que l'entreprise définira sa véritable valeur et prouvera que ce créneau est viable en région.

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