Victime d'un piège à pompier: François Grenier a traversé l'enfer

Le pompier de Saguenay François Grenier a été... (Rocket Lavoie, Le Quotidien)

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Le pompier de Saguenay François Grenier a été pris dans un «piège à pompier» le 7 octobre 2013. Il vient tout juste, le 18 décembre, de réintégrer ses fonctions, après des mois de souffrance.

Rocket Lavoie, Le Quotidien

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Denis Villeneuve
Le Quotidien

Lorsque le pompier de Saguenay François Grenier a entendu l'alarme résonner à la caserne de La Baie dans la matinée du 7 octobre 2013, il ne savait pas que dans les minutes suivantes il aurait à traverser l'enfer dans un «piège à pompiers» et que sa vie professionnelle s'interromprait pendant trois ans.

Cette vie professionnelle, elle a repris le 18 décembre lorsqu'il a complètement réintégré ses fonctions après des mois de souffrances physiques et morales.

En entrevue au Quotidien au lendemain de son retour, ce citoyen originaire de la région de Québec, formé à l'École des pompiers de Laval et embauché au Service des incendies de Saguenay depuis 2003, a vécu toutes sortes d'événements dans sa carrière. Mais jamais il ne se serait douté de ce qu'il allait vivre ce jour d'octobre 2013.

«Nous avons reçu un appel pour un incendie dans le sous-sol d'une résidence longeant la route 170. À ce moment, j'étais lieutenant par intérim. En arrivant sur les lieux, un voisin nous informe qu'il pourrait y avoir quelqu'un au sous-sol de la maison», explique M. Grenier.

Très rapidement, lui et son collègue se dirigent vers le sous-sol de trois pièces à la recherche de la victime potentielle en ouvrant chacune des portes d'accès.

Piège à pompiers

Ce n'est qu'en ouvrant la troisième porte que Grenier subit les effets d'un véritable piège à pompiers. Le propriétaire de la résidence, voulant s'assurer que sa maison serait complètement détruite, avait trafiqué trois bonbonnes de propane de 20 livres et une autre d'une centaine de livres afin qu'elles libèrent leur contenu, avant d'aller dans son garage pour commettre l'irréparable. «Lorsque j'ai ouvert la porte, ç'a produit un effet de cheminée en combinaison avec la cage d'escalier. Le gaz avait tout envahi. J'ai ramassé mon chum en me disant qu'il fallait sortir de là. On s'est dirigé dans les escaliers. C'était l'enfer total avec la présence des gaz, des flammes et de la fumée.»

En montant l'escalier, M. Grenier croit avoir perdu ses esprits et s'est retrouvé sur le palier central, complètement désorienté.

En raison de la chaleur qui atteint les 1500 degrés, selon les estimations faites par la CSST, il entend le boyau de son système d'oxygène exploser. Il ne lui reste que quelques bouffées d'air dans son masque. Le mot que personne ne veut entendre est prononcé: «Mayday, Mayday». «À ce moment, je brûle vif, complètement désorienté. Je me dis que je vais mourir. Ça fait trop mal. Il faut que ça arrête.»

Ses collègues tentent d'entrer à deux reprises dans la fournaise et réussissent à l'atteindre en empruntant un cadre de porte. «J'ai senti de l'eau sur moi et une main qui venait à mon secours.»

Une fois sorti à l'extérieur de la maison en flammes, François Grenier est brûlé sur 35% de son corps, aux mains, aux bras ainsi qu'aux cuisses et au dos. L'une de ses mains est en lambeaux.

L'enfer qu'il vient de traverser sera troqué par un purgatoire consacré à sa guérison qui sera étalée sur trois ans.

Déterminé à reprendre le boulot

Les diagnostics sombres émis par ses médecins traitants n'ont pas découragé François Grenier dans sa détermination de reprendre le travail coûte que coûte après ses périodes de traitement, de réhabilitation et de réadaptation.

Celui qui, depuis son plus jeune âge, n'a jamais envisagé d'autre carrière que celle de devenir pompier avoue que les trois dernières années ont été difficiles. Immédiatement après l'incendie, M. Grenier a séjourné une cinquantaine de jours au Centre des grands brûlés de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus de Québec pour y subir cinq greffes de la peau. Son poids a diminué d'une cinquantaine de livres.

«Les médecins me disaient que le pronostic était sombre quant à mon avenir comme pompier. Ils ont songé à amputer une de mes mains. Les plasticiens ont sauvé ma main noircie». Il avoue après coup qu'il n'avait pas besoin d'entendre qu'il ne retournerait jamais à son poste de pompier puisqu'à l'époque son besoin était de consacrer ses énergies à sa guérison complète, et ce, même s'il ignorait complètement qu'il devrait faire une pause de trois ans pour sa guérison.

Il séjourne pendant six mois et demi au Centre François-Charron pour se consacrer à temps complet à des traitements en physiothérapie, en ergothérapie et en psychologie. Son retour dans la région passe par le centre Le Parcours de Jonquière en réadaptation.

Au plan psychologique, M. Grenier a subi des blessures qui lui font revivre l'événement lors de cauchemars. Le support de ses proches Candide Grenier, Jean-Louis Labrecque et son frère Alexandre l'aide énormément tout comme l'appui de ses collègues.

Interrogé afin de savoir s'il a éprouvé un sentiment de colère envers celui qui l'a piègé, Grenier avoue que ce n'est pas le cas. «Je suis un gars positif. Je n'ai pas vécu l'étape de la colère. Je me suis consacré totalement à ma réadaptation et je n'ai pas eu de colère envers cet homme qui, de toute façon, est décédé.»

Aujourd'hui, M. Grenier remercie la direction du Service des incendies de Saguenay de lui avoir permis un retour progressif au travail au cours des six derniers mois. Même si son entrée dans un bâtiment en flammes lui a rappelé plein de souvenirs, le pompier est pleinement fonctionnel dans les tâches qu'il a à accomplir. Il tient à souligner la solidarité dont a fait preuve l'ensemble de ses confrères, en particulier Mick Tremblay, Dave Houde et Jean-Philippe Boivin, qu'il qualifie de frères d'armes. Des remerciements sont adressés également aux équipes soignantes de l'Hôpital de l'Enfant-Jésus, de l'Institut de réadaptation en déficience physique de Québec, au Parcours de Jonquière, au Syndicat des pompiers et à son président Sylvain Côté de même qu'au personnel de la CNESST.

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