Difficile de rencontrer les détenus à la prison de Roberval

Me Denis Otis déplore que le manque d'effectifs... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin)

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Me Denis Otis déplore que le manque d'effectifs à la prison de Roberval cause plusieurs problèmes.

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Louis Potvin
Le Quotidien

Le criminaliste Me Denis Otis déplore les difficultés qu'il a à rencontrer ses clients à la prison de Roberval.

«Il n'y a que trois jours pour pouvoir le faire, soit mardi, jeudi et samedi en après-midi. Ce n'est pas beaucoup pour le nombre de clients que nous avons. Il est important pour un avocat de discuter face à face avec son client et aussi pour lui permettre de consulter la preuve et différents documents», expose-t-il.

Cette situation s'explique selon lui par le manque d'effectifs à la prison de Roberval. «C'est ce que laissent sous-entendre les agents. Avant, à l'ancienne prison, je pouvais rencontrer mes clients toutes les heures du jour. Là, il faut faire une demande 24 heures à l'avance et seulement dans les journées prévues. Si on n'a pas le temps, on doit le repousser ou essayer au palais de justice. Ça complique les choses et bien souvent ça retarde les procédures et pénalise nos clients», souligne-t-il. En effet, des enquêtes de remise en liberté ont été retardées parce que des rencontres entre l'avocat et un prévenu n'ont pas pu avoir lieu.

Pourtant, selon Me Otis, la configuration du parloir de la nouvelle prison est parfaite et permet une confidentialité totale. Il est seulement sous-utilisé.

Avec le temps passé à la Cour durant la semaine, le temps trouvé pour rencontrer les détenus aux horaires fixés n'est pas évident. Me Denis Otis a donc une gestion d'agenda compliqué. Il doit même, comme certains autres avocats, travailler le samedi afin de pouvoir rencontrer les clients. «On ne peut pas tout faire par téléphone. Ça complique énormément notre travail», laisse-t-il tomber.

La situation s'est un peu améliorée, depuis quelques semaines. Les agents lui ont signifié qu'il pouvait l'accommoder à l'occasion pour des visites en dehors des heures prévues. Il n'a jamais fait de plaintes formelles à la direction. Il s'est seulement plaint de la situation aux agents.

Me Denis Otis a été témoin que des avocats se sont présentés à la prison pour rencontrer un client, mais que la direction avait oublié de l'aviser que le prisonnier avait été transféré dans une autre prison.

Palais de Justice

Les criminalistes qui se retrouvent au Palais de justice de Roberval n'ont pas d'endroit idéal pour rencontrer leurs clients comme à Alma ou Chicoutimi. «Nous sommes dans la vieille prison, dans un parloir avec une porte en carton. On entend tout quand on est à l'extérieur. Mes clients ne sont pas à l'aise de parler, car la confidentialité n'est pas assurée. Ç'a d'ailleurs été compliqué dans le cas des émeutiers puisque ça impliquait des agents. Ceux qui surveillaient pouvaient entendre tout ce que nous disions», déplore l'avocat.

Une émeute prévisible

L'émeute qui est survenue le 2 juillet à la prison de Roberval était prévisible.

C'est ce qu'affirme le criminalisteDenis Otis. «Le geste de mes clients n'était pas prémédité, mais la situation qui prévalait nous laissait entrevoir que ça arriverait un jour ou l'autre. Ça n'a pas été une surprise. Les détenus faisaient des plaintes sur plusieurs choses concernant les services et les lacunes.» L'avocat a défendu six des huit personnes impliquées dans cette casse qui a tenu en haleine de nombreux agents correctionnels.

Selon le criminaliste, ces prévenus avaient de la difficulté à faire des appels téléphoniques. Ils ne réussissaient pas à obtenir de communication bien que la facturation de l'appel s'effectuait sur la carte. De nombreuses plaintes ont été formulées pour la qualité de la nourriture et le fait qu'elle était régulièrement froide. Puis, l'impossibilité d'avoir accès à différents services s'ajoutait au lot de mécontentements. «Le gymnase ferait l'envie de plusieurs écoles, mais il n'était pas disponible faute de ressources. Ils sont bien conscients qu'ils ne sont pas dans un Club Med, mais il y a un minimum à respecter. Il y avait de la frustration d'accumulée à cause des problèmes de fonctionnement», mentionne le criminaliste.

C'est finalement la présence de prévenus «sous protection» qui aurait fait déborder le vase durant la soirée du 2 juillet. Dans une section de 16 cellules, huit ont refusé de quitter l'aire commune pour aller dormir. Ils voulaient que les deux prévenus indésirables soient transférés dans une autre section. À la suite du refus des agents, les détenus ont commencé à frapper la vitre de la guérite avec des manches à balai et des poubelles et ont brisé tout ce qu'il pouvait. Le soulèvement a duré plus de trois heures, avant que des agents appelés en renfort maîtrisent les émeutiers.

«Ils ont reconnu leur geste et sont bien conscients qu'ils y auraient eu d'autres moyens pour démontrer leur mécontentement, mais ce sont toutes les frustrations accumulées qui ont mené aux événements. Avec plus d'employés et une meilleure planification, je ne crois pas que cette émeute serait survenue. Le climat était tellement tendu que ce n'était qu'une question de temps avant que ça ne dégénère», plaide Me Denis Otis.

Déjà depuis plusieurs semaines, des clients de Me Denis Otis lui rapportaient les différentes problématiques rencontrées à la prison. Plusieurs ont fait des plaintes, mais les réponses tardaient ou n'étaient pas retenues.

D'ailleurs, un détenu, qui s'est fait le porte-parole d'autres, a adressé de nombreuses plaintes à la direction de la prison de Roberval. Le dossier fait plus de 100 pages. «On y regroupe toutes les demandes et réponses obtenues. Bien souvent les délais de traitement n'étaient pas respectés. Les premiers mois d'opération de la prison ont été difficiles. Ces documents en sont un exemple», brandissant la liasse de papier devant le journaliste du Quotidien.

Documents pas livrés

Me Denis Otis a aussi déploré le fait que des documents de preuve qu'il a remis à la prison de Roberval ne se sont pas rendus à un de ses clients. «C'était un dossier au Palais de justice d'Alma. Quand j'ai rencontré mon client le matin, il m'a dit qu'il n'avait pas eu la preuve. Pourtant, je lui avais fait livrer deux semaines avant. Quand tu arrives devant le juge et tu lui dis que tu dois reporter à nouveau alors que tu devais régler les dossiers, ce n'est jamais agréable», raconte-t-il.

À la suite de ces événements, la procédure de remise de document a été modifiée au centre de détention.

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