Steve Potvin raconte sa triste histoire

Paralysé, il a écrit sa biographie une touche à la fois

Steve Potvin, atteint de paralysie cérébrale, a écrit... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie)

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Steve Potvin, atteint de paralysie cérébrale, a écrit un livre sur les abus qu'il a subis, Mon chemin parcouru vers ma dignité, publié par les Éditions Espoir. Il écrit à l'aide de sa «licorne», un casque adapté sur lequel une tige a été installée, qui lui permet d'écrire, en appuyant sur les touches du clavier de son ordinateur, une touche à la fois.

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Écrire et peindre avec son front, une touche à la fois, un coup de pinceau après l'autre. C'est l'exploit que réalise quotidiennement Steve Potvin, qui souffre de paralysie cérébrale depuis son enfance. Prisonnier de son corps, l'homme a décidé que son handicap ne l'empêcherait pas de communiquer. Et pour preuve : il vient de publier après plusieurs années de labeur un récit autobiographique dans lequel il relate les abus psychologiques, physiques et sexuels qu'il dit avoir subis au sein de sa famille et dans plusieurs centres d'hébergement. Pour donner une voix à ceux qui, comme lui, ne peuvent parler.

Marc Villeneuve, éditeur de la maison d'édition régionale... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 1.0

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Marc Villeneuve, éditeur de la maison d'édition régionale les Éditions Espoir et Manon Fournier, éducatrice spécialisée au Foyer Saint-Joseph de La Baie entourent Steve Potvin, qui a lancé son récit autobiographique la semaine dernière.

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Steve Potvin écrit à l'aide de sa « licorne », un casque adapté sur lequel une tige a été installée. Installé dans son fauteuil roulant devant son ordinateur, dans sa chambre du Foyer Saint-Joseph, où il demeure depuis quelques années, il se positionne devant son clavier adapté pour appuyer sur les touches, une après l'autre. Steve, qui ne peut parler et qui bouge difficilement, communique aussi ainsi avec ses proches et le personnel de l'établissement.

L'exercice lui demande un effort visible. C'est pourtant ainsi qu'il a rédigé un récit de près de 160 pages, Mon chemin parcouru vers ma dignité, publié au début du mois de décembre par la maison d'édition régionale Les Éditions Espoir.

Pendant les trois dernières années, il s'est ainsi consacré au projet, chaque jour. Écrire une demi-page de texte pouvait lui prendre environ une journée, rapporte Manon Fournier, son éducatrice spécialisée. Steve est d'ailleurs le seul résidant de ce centre d'hébergement de soins de longue durée (CHSLD) de La Baie à posséder un ordinateur et à avoir accès à Internet.

Né dans la violence

C'est que si l'homme de 54 ans originaire de Chapais est prisonnier de son corps, ses capacités mentales sont vives. Ses handicaps sont le résultat des sévices qu'il a subis. Steve est né dans la violence : sa naissance a été provoquée par les coups de son père sur le ventre de sa mère.

Peu après son premier anniversaire de naissance, une hémorragie cérébrale provoque sa paralysie cérébrale sévère. L'enfant, qui s'apprêtait alors à marcher, s'est retrouvé paralysé. « À vrai dire, je pense que c'est elle aussi [sa mère] qui m'a rendu lourdement handicapé », écrit-il dans sa biographie.

Ses premiers souvenirs d'enfance sont ceux de sa mère qui le secouait au bout de ses bras. Il avait alors entre deux et trois ans. Ses parents se sont séparés quelques années plus tard, après que son père ait tenté de tuer sa mère sous la menace d'un fusil.

Les mauvais traitements de sa mère se sont poursuivis. À neuf ans seulement, Steve tente de mettre fin à ses jours en s'ouvrant les veines avec un couteau. « Je pensais alors que si ma vie allait toujours être comme ça, j'allais en finir », rédige-t-il. À plusieurs reprises au courant de sa vie, il cessera de s'alimenter, en espérant ainsi mettre fin à ses jours. Sa mère continuera de le battre jusqu'à ce qu'elle décède, en 2008.

Steve a visité de nombreuses familles d'accueil, ressources spécialisées et centres d'hébergement à Lac-à-la-Croix, Alma et Roberval, où il demeurait un moment avant de retourner vivre avec sa mère. Les mauvais traitements de certains membres du personnel lui ont causé des problèmes de santé, des déformations du corps et laissé des traumatismes psychologiques.

Comme cette ressource où on battait les enfants. Et cette autre où on le laissait de longs moments au sol, suspendu par la ceinture de son fauteuil roulant après qu'il en ait glissé, lui causant une plaie au coccyx qui s'est infectée. Et cette autre où une monitrice d'un camp qui l'accompagnait à la salle de bain lui a attaché les testicules avec un élastique parce qu'il était en érection.

Être entendu

Mais si Steve Potvin a décidé de rapporter les extorsions, la violence et les abus dont il a été victime par le passé, ce n'est pas pour susciter la pitié. Il est catégorique sur ce point : il souhaite faire changer les choses. Que les personnes handicapées soient écoutées par la justice et les intervenants en santé et en services sociaux. Il lance d'ailleurs un appel au premier ministre Philippe Couillard dans son ouvrage.

Après toutes ses années de souffrance, Steve est-il heureux ? Lorsqu'on le lui demande, il pince les lèvres, ce qui chez lui, veut dire « oui ». « Je ne pensais jamais être aussi bien dans un CHSLD », conclut-il dans son récit.

Il peint avec son front

Steve Potvin utilise pour peindre un casque adapté... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

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Steve Potvin utilise pour peindre un casque adapté semblable à celui qu'il utilise pour écrire sur son clavier. Un pinceau remplace la tige de métal.

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Steve Potvin a peint une cinquantaine de tableaux, en maniant un pinceau avec son front. Et son talent impressionne.

Il utilise pour peindre un casque adapté semblable à celui qu'il utilise pour écrire sur son clavier. Un pinceau remplace la tige de métal.

Pendant sa jeunesse, alors qu'il fréquentait une école spécialisée, il a décidé de devenir artiste-peintre après avoir visionné un reportage. Il y était question des équipements spécialisés permettant aux personnes vivant avec un handicap d'écrire, de peindre ou de faire d'autres tâches.

C'est alors qu'il se met à l'écriture et à la peinture à l'aide d'un casque spécialisé.

La peinture à l'huile est son médium. Avec patience et persévérance, il s'installe devant sa table de travail et donne minutieusement vie aux images qu'il reproduit. Il peint actuellement la magnifique vue du Foyer Saint-Joseph sur la baie des Ha ! Ha ! depuis le secteur de Grande-Baie.

« Peindre un tableau peut lui prendre jusqu'à trois ans, ça dépend toujours du temps qu'il a pour peindre, et quand nous pouvons sortir le matériel. Dans les dernières années, il s'est concentré sur la rédaction de son livre et avait arrêté temporairement la peinture », explique Manon Fournier, son éducatrice spécialisée. Avec sa fille, Maude Lavoie, qui s'occupe bénévolement de Steve, le trio forme une petite famille.

Le talent de Steve lui a d'ailleurs permis en 2006 de remporter un concours et de voir l'une de ses peintures figurer sur une carte postale de Roberval. Ses oeuvres ont aussi souvent été exposées.

Le talent de Steve Potvin lui a permis... (Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 4.0

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Le talent de Steve Potvin lui a permis en 2006 de remporter un concours et de voir cette toile figurer sur une carte postale de Roberval.

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L'évasion par la peinture et la musique de Steve a touché l'éditeur et réviseur des Éditions Espoir, Marc Villeneuve, la paralysie cérébrale ayant affecté sa soeur, qui a toujours trouvé du réconfort dans l'art.

«  La mission de notre maison d'édition est de permettre aux personnes issues de toutes les couches sociales, qui ne peuvent pas en temps normal se faire publier, de publier un premier ouvrage », a-t-il exprimé. Le projet de livre de Steve Potvin est d'ailleurs né après une rencontre avec le responsable de la logistique et des communications des Éditions Espoir, Pascal Thibeault, en 2012, lors de la publication de son propre récit autobiographique sur les abus sexuels que lui a fait subir son père.

Le livre Mon chemin parcouru vers ma dignité de Steve Potvin est en vente dans les librairies régionales au coût d'une vingtaine de dollars.

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