Gérard Bouchard craint la montée du cynisme

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L'historien et sociologue Gérard Bouchard était l'invité du Cercle de presse, mercredi matin.

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Normand Boivin
Le Quotidien

L'historien et sociologue Gérard Bouchard s'inquiète pour l'avenir de la démocratie en raison de la montée du cynisme qui atteint des sommets inimaginables au sein de la population. Depuis 2004, la firme CROP a posé la même question aux gens. Elle porte sur la méfiance qu'ils entretiennent envers les politiciens, les gens d'affaires, les scientifiques et les gens des médias. Or, celle-ci n'a cessé de grimper pour atteindre 61% en 2016.

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Ce graphique parle par lui-même. Depuis 12 ans, le cynisme ne cesse de monter au sein de la population.

C'est vrai, convient Gérard Bouchard, que les politiciens font tout pour entretenir ce cynisme avec leur langue de bois et les problèmes de corruption, tant au niveau provincial, fédéral que municipal, comme on l'a constaté avec la Commission Charbonneau. Mais n'empêche, il en résulte une dérive qui fait peser une lourde menace sur la société québécoise. Rien de moins.

«Ce décrochage social entraîne une nouvelle forme d'individualisme, car ces personnes n'accordent plus foi au discours de la société.» Selon le chercheur, ils deviennent alors des électrons libres en quête de modèle et sensibles au discours populiste.

«Ces électrons libres vont choisir le premier leader qui va les séduire par son discours et c'est en plein ce qui est arrivé avec Trump aux États-Unis, où seulement 6% des gens croient aux médias», constate M. Bouchard, mettant en garde ceux qui pensent que le Québec est à l'abri.

«Nous, on a Rambo qui vient de fonder un parti politique "pour donner une voix à ceux qui n'en ont pas et réparer la politique québécoise". Où cela va-t-il nous mener? On va se retrouver avec quoi?», interroge le sociologue, qui rappelle que le fier-à-bras de la Côte-Nord a à sa disposition un bassin de 61% de citoyens cyniques, désabusés de la société.

Selon Gérard Bouchard, il ne faut pas tomber dans le piège en croyant que Rambo représente un phénomène marginal. Car une fois parti, on ne peut savoir où ça va s'arrêter, d'où le danger qui nous guette.

Facteurs

Celui-ci ne jette pas le blâme sur les citoyens eux-mêmes, car plusieurs facteurs expliquent cette dégringolade de leur niveau de confiance. La langue de bois et la corruption, certes, mais il y a aussi l'analphabétisme dont sont responsables les taux de décrochage, le copinage et la convergence entre les politiciens et les gens d'affaires qui mène à des vols de fonds publics comme ce qu'on vient de découvrir à la SIQ (Société immobilière du Québec), et les politiques gouvernementales où tout le monde en perd son latin.

«La réforme de la Santé en est un bel exemple. Y a-t-il quelqu'un qui la comprend? Ça ajoute au doute et à la méfiance. Additionnez à cela le récent jugement de la Cour suprême sur les délais raisonnables dans les cours de justice qui risque de renvoyer sans procès des centaines de criminels. Je m'entraîne à l'UQAC avec des policiers de la Sûreté du Québec et ils ne trouvent pas ça drôle de travailler pour rien.»

S'il n'y avait qu'un ou deux problèmes, Gérard Bouchard dit qu'on n'en parlerait pas. Mais il y a carrément accumulation. «Il faut un coup de barre, car comme aux États-Unis, le populisme est tentant, d'autant qu'il gagne aussi l'Europe où on assiste même à une remontée du néonazisme.»

L'arrivée des réseaux sociaux aggrave la tendance, puisque ces gens qui ne croient plus à rien sont à la recherche de modèles qui les confortent. Ils les retrouvent sur Twitter et Facebook. «Ils leur font confiance, car ils sont à leur image: des citoyens "qui ne sont pas corrompus par le pouvoir et l'argent". Ils leur donnent beaucoup de crédibilité.»

Gérard Bouchard en vient à regretter l'absence d'un leader comme René Lévesque qui savait inspirer le peuple et était dépourvu d'accointances avec le Capital.

Un rapport sur les tablettes

Selon Gérard Bouchard, le gouvernement Charest n'a pas donné de suite au rapport de la Commission Bouchard-Taylor, de telle sorte qu'on se retrouve, 10 ans plus tard, exactement au même point. «Nous avions soumis une politique claire sur la laïcité, l'intégration des immigrants, et les accommodements raisonnables, mais rien n'a été fait. On a donc laissé le champ libre au Parti québécois qui a lancé sa charte des valeurs qui fut extrêmement nocive et creusé un fossé entre les immigrants et les Québécois», a déploré le chercheur de l'UQAC, ajoutant que le mal sera long à réparer.

Malheureusement, dit-il, le projet de loi que concocte le gouvernement Couillard pour combler ce vide est défectueux et ne pourra aller très loin. «On n'est pas loin de la case départ. Et on le constate dans les hôpitaux où des hommes et des femmes ne veulent pas consulter un médecin d'un autre sexe, et dans certains milieux de travail où des gens d'autres religions ont droit à plus de congés payés en raison des fêtes propres à leurs croyances.»

Selon M. Bouchard, deux Québécois sur trois veulent supprimer les accommodements raisonnables. «C'est loin d'être réglé.»

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