Carl Dubé a libéré 50 lynx en 20 ans

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Mélissa Viau
Le Quotidien

Le 2 décembre dernier, Carl Dubé libérait une femelle lynx du Canada qui s'était prise dans un collet destiné aux coyotes. Sa vidéo a été vue près de 800 000 fois et quelque 22 000 personnes l'ont partagée.

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Il est possible de voir la vidéo de la libération de la femelle lynx sur la page Facebook de Carl Dubé.

Photo tirée d'Internet

«Dans le secteur où je suis, je n'ai pas le droit de trapper le lynx. Quand je sais qu'il y en a beaucoup, j'installe mes collets à coyotes en conséquence et je vais les vérifier tous les jours. De toute façon, avec le regard qu'elle a posé sur moi, je n'aurais jamais été capable de tirer cette femelle lynx», explique le trappeur de Victoriaville. Ça fait plus d'une cinquantaine de lynx qu'il libère depuis les 20 dernières années.

«Il y a quatre ans, j'ai libéré une femelle lynx blessée à une patte. J'ai appelé les agents de protection de la faune et elle a été confiée au Zoo Sauvage de Saint-Félicien. La vétérinaire qui l'a opérée me gardait informé de son état de santé. Comme elle s'était habituée à l'homme, Victoria est restée au zoo», poursuit M. Dubé.

Sa façon de pratiquer le trappage a fait de lui le trappeur de référence pour les agents de protection de la faune de son secteur. «Il y a quelques années, j'avais capturé un ours dans un collet à patte dans une érablière qui m'avait demandé mon aide pour contrôler la population d'ours. Quand je suis arrivé pour l'abattre, j'ai entendu pleurer. Deux petites boules noires me regardaient. C'était ses deux oursons. J'ai appelé un vétérinaire pour venir endormir l'ourse afin que je puisse la libérer. Je ne dirai jamais combien cette intervention m'a coûté, mais je le ferais encore si ça arrivait», se remémore l'homme de 45 ans. Dans ce genre d'intervention, il reste toujours calme pour obtenir la confiance de l'animal.

Au Saguenay-Lac-Saint-Jean, comme partout au Québec, les villes et municipalités travaillent régulièrement avec des trappeurs pour contrôler la population de castors. Sans leur intervention, plusieurs routes se feraient détruire rapidement par les barrages de castors. De plus, quand une espèce devient en surpopulation et que la nourriture manque, les bêtes deviennent plus vulnérables. La nature se charge alors cruellement de faire le ménage, notamment avec l'arrivée de maladies mortelles. On le voit avec le raton laveur atteint du distemper et de la rage. Chez le coyote, on remarque plusieurs cas de gale.

Quand on demande à Carl Dubé de contrôler, par exemple, une population de castors, l'expérimenté trappeur sait exactement comment évaluer le nombre de bêtes pouvant partager un même territoire, selon la quantité de nourriture disponible. Alors que certains seraient tentés de relocaliser les bêtes nuisibles, le trappeur répond que c'est la pire chose à faire. «Souvent, le secteur de relocalisation est déjà occupé par des bêtes qui réagiront agressivement à l'arrivée d'un intrus», remarque-t-il. Dans une colonie de ratons laveurs, les étrangers vont être repoussés et certains tués par leurs semblables. Malgré ses bonnes intentions, l'humain est souvent nuisible pour les animaux sauvages. C'est le cas de ceux qui nourrissent les chevreuils. Ces derniers se désensibilisent aux bruits de la ville et risquent fort de se faire frapper par des voitures.

Trappeur depuis 38 ans

Dès qu'il a su lire, Carl Dubé s'est intéressé aux livres sur le trappage. À sept ans, il a demandé à son père de lui acheter son premier piège déniché chez Canadian Tire. Il l'a tendu le jour même.

Plusieurs fois par jour, il allait faire ses vérifications, allant même jusqu'à manquer de l'école à l'insu de ses parents. Puis, est arrivée sa première capture : un rat musqué. Il était mort, signe qu'il avait bien fait son travail. Comme il l'avait appris dans son livre fétiche, Le Guide du trappeur de Paul Provencher, il a arrangé la peau de l'animal. Souhaitant profiter au maximum de son animal, il demanda à sa mère de faire cuire la carcasse pour la manger, mais sa mère refusa. Il partit donc en forêt avec un ami pour se faire un feu et déguster son rat musqué.

Quand il revenait de ses collets à lièvres, il passait par le village de Baie-Comeau, où il a grandi, et revenait à la maison sans lièvre. « Je les vendais sur mon chemin et j'utilisais l'argent pour m'acheter du matériel de trappage. Aujourd'hui, les gens ne savent plus ce que c'est », raconte M. Dubé qui a cessé de chasser le lièvre. Pour lui, acheter de la viande en épicerie est inconcevable. Selon lui, le processus d'élevage de masse est beaucoup plus cruel. « Je suis un chasseur et un trappeur, mais j'ai une sainte misère avec la cruauté animale. Les gens ne comprennent pas quand je leur dis ça », précise-t-il. D'ailleurs, si les pièges à dents étaient encore légaux, Carl Dubé serait sans doute contre le trappage.

« Il n'y a plus beaucoup de trappeurs qui pratiquent. C'est devenu un loisir qui coûte cher. La fourrure du pécan ou de la loutre, il y a trois ans, valait 200$. Aujourd'hui, on reçoit à peine 50$ », conclut Carl Dubé.

Sa façon d'apprendre à décoder les bêtes et à lire leur environnement ressemble drôlement à l'histoire de monsieur Pageau qui, après plusieurs années de trappage, fondait le Refuge Pageau. Michel Pageau est décédé le 5 octobre dernier, mais son refuge est toujours existant.

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