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22 médecins de famille en plus pour la région

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Le Saguenay-Lac-Saint-Jean pourra accueillir 22 nouveaux médecins omnipraticiens en 2017.

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La région pourra accueillir 22 nouveaux médecins omnipraticiens en 2017, un record, alors que dans les 10 dernières années le nombre de nouveaux postes attribués par le ministère de la Santé et des Services sociaux variait habituellement autour de 13.

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Le docteur Donald Aubin, directeur des services professionnels du CIUSSS, indique que la région pourra accueillir 22 nouveaux médecins omnipraticiens. Il s'agit de l'attribution de nouveaux postes par le ministère la plus élevée depuis les 10 dernières années.

Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

La direction du Centre intégré universitaire de santé et de services sociaux (CIUSSS) de la région a bon espoir de pourvoir tous ces nouveaux postes, ce qui n'a pas toujours été le cas par le passé en raison de la pénurie de médecins.

«Nous avons déjà 30 jeunes et plus qui ont postulé», a souligné le Dr Donald Aubin, directeur des services professionnels du CIUSSS, rencontré par Le Progrès-Dimanche, au siège social de l'organisation.

L'attribution de 22 nouveaux postes par le ministère a été une agréable surprise pour les gestionnaires. Les raisons précises de cette augmentation ne sont toutefois pas connues. «C'est le ministère qui décide de l'attribution du nombre de nouveaux postes chaque année en fonction des besoins de chaque secteur et d'une série de calculs», a précisé le Dr Aubin.

Cette hausse ne s'expliquerait pas nécessairement par une augmentation du nombre de médecins diplômés. «Il y en a un peu plus qu'avant, mais l'augmentation du nombre de diplômés se fera surtout sentir dans cinq ou sept ans», a-t-il ajouté.

Accessibilité accrue

Le processus d'embauche et de sélection des nouveaux omnipraticiens est assuré par le Département régional de médecine générale. Ils seront ensuite répartis selon les besoins dans la région. «On se base sur le pourcentage de gens par sous-territoire qui ont un omnipraticien», explique le Dr Aubin.

Il souligne que le pourcentage régional, mis à jour aux six mois, est plus élevé que la moyenne provinciale. Dans la région, 85,4% des personnes ont un médecin de famille, selon les plus récentes données, alors que ce taux est de 72% pour la province. L'objectif provincial du ministère pour 2020 est d'atteindre les 85%.

L'arrivée de 22 nouveaux médecins omnipraticiens permettra donc à plusieurs patients orphelins de la région inscrits sur la liste d'attente du Guichet d'accès à un médecin de famille d'avoir accès à un suivi en médecine familiale.

«Il demeure cependant que nous avons encore presque 15% de la population régionale qui n'a pas de médecin de famille, et c'est une situation qui est difficile pour ces personnes», a tenu à souligner le Dr Aubin. Lui qui pratique encore régulièrement comme urgentologue voit encore souvent des patients attendre des heures à l'urgence pour obtenir la signature d'un document, le renouvellement d'une prescription ou une consultation pour un problème de santé mineur.

L'augmentation année après année du nombre de personnes ayant accès à un médecin de famille dans la région a un impact sur l'achalandage des urgences. Maintenant, dans près de 80% des cas, le premier réflexe des patients est de se tourner vers leur médecin de famille, et non de se diriger à l'urgence.

Une cinquantaine de spécialistes approchés

Le réseau de santé régional compte actuellement 35 postes de médecins spécialistes non comblés, auxquels s'ajoutent 12 nouveaux postes octroyés cette année par le ministère de la Santé et des Services sociaux. Toutefois, des démarches sont en cours auprès d'une cinquantaine de futurs diplômés.

Le nombre de postes de médecins spécialistes non comblés s'accumule chaque année, contrairement aux postes de médecins omnipraticiens, ce qui explique que la région ait actuellement 47 postes en spécialités disponibles.

Trente-cinq se sont accumulés dans les années précédentes, auxquels s'ajoutent les 12 nouveaux postes autorisés le 1er décembre par le ministère. Au total, le Saguenay-Lac-Saint-Jean pourrait donc compter jusqu'à 322 médecins spécialistes.

Les besoins les plus importants dans la région concernent la pathologie, la pédopsychiatrie, la psychiatrie et la rhumatologie, a souligné en entrevue le Dr Donald Aubin, directeur des services professionnels du CIUSS de la région. «Mais les besoins sont moins dramatiques, on commence à avoir un certain équilibre. C'est moins pire qu'avant», a-t-il précisé. Par exemple, en hémato-oncologie, alors que les besoins ont déjà été criants, la spécialité a gagné plusieurs nouveaux médecins dans les dernières années dans la région.

Processus à long terme

Des discussions sont présentement en cours avec une cinquantaine d'étudiants en médecine qui complètent leur spécialité dans différents domaines. «C'est un processus à long terme. Souvent, les jeunes commencent à faire des démarches, deux, trois, même quatre ans avant leur diplomation», a souligné le Dr Aubin. Le processus de sélection est assuré par la Direction des services professionnels du CIUSSS.

Plusieurs critères influencent l'intérêt d'un futur médecin pour un lieu de pratique. «Le type de pratique qu'ils recherchent, les équipements disponibles et la possibilité d'enseigner influencent leur décision.»

Dans certains cas, l'arrivée de jeunes médecins ayant une surspécialisation dans leur domaine permet l'achat de nouveaux équipements. De plus en plus de traitements et d'examens peuvent ainsi être réalisés dans la région, sans que les patients aient à se déplacer à Québec ou à Montréal.

«La région a maintenant une autonomie de 95% en spécialité. On est donc en mesure de répondre à la grande majorité des besoins de la population», a précisé le Dr Donald Aubin.

L'embauche des médecins étrangers en dernier recours

La priorité d'embauche est donnée aux étudiants en médecine de la province qui diplômeront prochainement, autant en médecine familiale qu'en médecine spécialisée. L'embauche de médecins formés à l'extérieur du pays ne se fait qu'en dernier recours.

Il est rare que des médecins omnipraticiens formés à l'étranger soient engagés. «Nous avons suffisamment de diplômés au Québec pour combler nos besoins», a indiqué le Dr Donald Aubin, directeur des services professionnels du CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean.

En médecine spécialisée, le recours à des candidats formés à l'étranger est plus fréquent. «Il arrive, dans les secteurs où nous sommes plus serrés, d'engager des médecins étrangers. Nous en avons un certain nombre dans la région. Mais il y a des domaines où nous n'avons pas à parcourir le globe pour combler les besoins», a-t-il mentionné, en indiquant que le processus d'embauche d'un médecin formé à l'étranger demande souvent au moins deux ans.

À l'échelle régionale, les discussions ne sont entreprises qu'avec des candidats ayant leur permis octroyé par le Collège des médecins et ayant rempli toutes les exigences demandées par le ministère pour obtenir leur droit de pratique au Québec.

«Nous pouvons démontrer un intérêt pour un candidat, mais nous n'avons pas le contrôle sur le processus qui est géré à l'échelle provinciale», a-t-il ajouté.

Démarches longues et complexes

Le recruteur Alain Houle déplore la longueur et la complexité des démarches demandées aux médecins formés à l'étranger qui souhaitent pratiquer au Québec. Il soutient une endocrinologue albanaise, qui, depuis son arrivée dans la province, il y a 10 ans, tente de faire reconnaître sa formation. Elle espère maintenant pouvoir pratiquer à Chicoutimi.

Alain Houle aide depuis deux ans l'endocrinologue Teuta Rrjolli, formée en Albanie et en Autriche, établie à Montréal, qui détient plus de 20 ans d'expérience.

Depuis son arrivée dans la province, elle n'a pu obtenir une résidence, nécessaire pour obtenir un permis du Collège des médecins.

Les plus récentes démarches du recruteur concernent l'hôpital de Chicoutimi, où un poste d'endocrinologue demeure non comblé depuis quelques années.

«La seule façon pour elle d'avoir une ouverture présentement, c'est en obtenant un permis restrictif qui lui permettrait de pratiquer à un endroit où il y a un manque, si un établissement accepte de la parrainer», a expliqué le recruteur qui oeuvre à son compte dans différents domaines.

Il a transmis le dossier de Mme Rrjolli à des intervenants au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean, il y a une dizaine de jours. Il espère que cette nouvelle démarche portera ses fruits et permettra à l'endocrinologue de pratiquer son métier au Québec, plus de 10 ans après son arrivée au pays.

«C'est réellement regrettable, soupire-t-il. (...) Et puisqu'elle n'avait pas pratiqué dans son domaine pendant deux ans, elle a dû retourner en Albanie au début de 2016 pour ne pas perdre son droit de pratique.»

Le conjoint de Mme Rrjolli, qui est radiologiste, a pour sa part décidé de ne pas entamer de démarches en voyant la complexité du processus pour faire reconnaître sa formation. À la recherche d'un travail rapidement pour assurer la subsistance de la famille, il travaille depuis comme barista dans un commerce de café.

Discrimination

M. Houle rappelle que la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse avait conclu en 2010, à la suite d'une enquête qu'elle avait menée, que les médecins diplômés en médecine hors du Canada et des États-Unis font l'objet d'un traitement discriminatoire lorsqu'ils tentent d'accéder à un programme de formation postdoctorale au Québec.

Il ajoute que Recrutement santé Québec, principal recruteur de professionnels en santé pour les diplômés hors Canada, lui a confirmé que le recours à des candidats formés à l'étranger était une option de dernier recours, dans un récent courriel, dont il a transmis une copie au Progrès-Dimanche.

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