La vie après la guerre pour un couple de spécialistes syriens

Ghatfan Shaaban et Manar Alfarra sont résidents en... (Photo Le Quotidien, Gimmy Desbiens)

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Ghatfan Shaaban et Manar Alfarra sont résidents en médecine familiale à l'Unité de médecine familiale de l'hôpital d'Alma.

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Ils ont connu la guerre. Ils ont vécu en France, en Syrie et en Arabie Saoudite. Partout, ils étaient des médecins. Des spécialistes, même. Aujourd'hui, accueillis à bras ouverts par l'Unité de médecine familiale, c'est à Alma que Ghatfan Shaaban et Manar Alfarra se retrouvent afin de compléter leur résidence en médecine familiale.

Le chemin a été long pour le couple originaire de la Syrie. Il n'est d'ailleurs pas terminé, puisque leur résidence, d'une durée de deux ans, a débuté en juin. Même s'ils étaient des spécialistes dans leur pays, lui en chirurgie vasculaire et elle en anesthésie, M. Shaaban et Mme Alfarra doivent maintenant pratiquer la médecine familiale. Mais peu importe, ils se savent choyés.

«Plusieurs personnes nous ont dit de ne même pas essayer de devenir médecins ici, que c'était impossible. Mais je ne sais pas faire autre chose, lance en souriant M. Shaaban, en entrevue dans les bureaux de l'UMF. Aujourd'hui, on peut le dire: c'est possible. On espère pouvoir donner espoir à d'autres personnes.»

Les deux médecins ont fait leur résidence en médecine en France, dans les années 90. Ils sont par la suite retournés dans leur pays natal, la Syrie, où ils ont pratiqué. En 2011, la révolution a éclaté et leur quartier à Homs a été assiégé. Ils ont fui les bombes, la guerre, l'enfer.

«On a reçu notre acceptation du Canada pendant que nous étions assiégés, explique M. Shaaban. Nous sommes partis en Arabie Saoudite pour préparer nos examens de médecine au Canada. On a aussi pu faire une réserve (monétaire). Il n'y a pas beaucoup de pays qui nous acceptaient, comme Syriens. Nous ne sommes pas d'accord avec les Saoudiens, mais ce sont eux qui nous ont acceptés.»

Arrivés à Montréal il y a deux ans, les médecins ont obtenu leur équivalence de diplôme du Collège des médecins du Québec, mais pas leur permis de pratiquer. Ils devaient refaire leur résidence.

C'est finalement Mme Alfarra qui a obtenu une place en résidence en premier, en terres jeannoises. Elle a appris la nouvelle en mars. Son conjoint ne savait pas encore qu'il se retrouverait lui aussi à Alma, à cette époque. Il avait été refusé au premier tour.

«Au premier tour, j'avais fait une demande plus centrée vers la chirurgie. Je n'ai pas été accepté. Au deuxième tour, un mois plus tard, j'ai inscrit Alma comme premier choix, en médecine de famille. Je voulais être avec ma conjointe. Il y a des défis, mais nous sommes capables d'adaptation. Quand tu as changé géographiquement, pourquoi ne pas changer complètement? Il y a beaucoup de gestes techniques que l'on pourra faire comme médecins de famille, comme des petites chirurgies.»

«Le fait que mon conjoint soit aussi à Alma est la plus belle nouvelle que j'ai reçue depuis que j'ai quitté la guerre et mon pays, raconte Mme Alfarra. Nous avons eu un mois d'incertitudes et de stress. Présentement, la seule chose à laquelle je n'arrive pas à m'adapter, c'est que nos filles soient à Montréal et nous à Alma. J'espère pouvoir m'adapter.»

Le couple prévoit déjà s'installer en Montérégie après les deux ans de sa résidence à l'UMF d'Alma. «Nous voulons nous rapprocher de nos enfants. Elles étudient toutes les deux à Montréal.»

Médecine différente

Les deux médecins apprennent une nouvelle approche de la médecine, à Alma.

«Ce qu'on a appris avant, c'est une médecine paternaliste. C'est au patient d'accepter ce que le médecin lui dit. Ici, le patient fait partie du plan de traitement. Le patient doit comprendre ce que l'on fait. C'est très très intéressant. J'aime discuter et je suis sociable, donc c'est parfait!», lance en souriant Manar Alfarra.

La médecine de famille est très peu pratiquée en Syrie. Les patients vont généralement directement voir un spécialiste, qu'ils paient, sans passer par un intermédiaire. «On découvre qu'il y a une prise en charge très grande par le médecin de famille ici au Québec. C'est une surprise agréable. C'est, vraiment, une spécialité en soi», constate M. Shaaban.

«Welcome home»

Pour la première fois de leur vie, les Shaaban-Alfarra se sont sentis à la maison lorsqu'ils ont posé leurs valises au Québec. «Quand je suis arrivé au Canada, le premier douanier que j'ai rencontré m'a dit "Welcome home". C'est la première fois que quelqu'un me disait cela. J'avais les yeux dans l'eau. Une maison, c'est ce que l'on cherchait pour notre famille», explique M. Shaaban.

Quand ils ont quitté l'Arabie Saoudite, leur fille a pris le costume traditionnel saoudien qu'elle était obligée de porter selon les lois en vigueur dans le pays, et l'a jeté à la poubelle. Devant tout le monde, à l'aéroport.

«Nous sommes des musulmans de naissance, mais nous n'avons plus de dieu, expliquent-ils. On peut le dire ici. En Arabie Saoudite, tu peux être condamné pour cela. Ici, le mode de vie et les valeurs correspondent à nos choix de vie. Nous nous sentons chez nous ici, reconnus comme des êtres humains, libres.»

Jamais ils n'ont été dépaysés depuis leur arrivée au Québec. Même à Alma, loin de la métropole cosmopolite de Montréal, il se trouve toujours une personne avenante pour leur parler, racontent-ils.

«Dès le premier jour, nous ne nous sommes pas sentis dépaysés. En France, nous l'étions. À Montréal, le lendemain de mon arrivée, je suis allé au marché et je me sentais comme tout le monde. Pour nos filles aussi, c'était important. Tout se passe bien.»

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