Rétablissement du caribou forestier: des données incomplètes

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L'ex-ministre Laurent Lessard avait écarté le Plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2023.

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Le gouvernement du Québec entend déposer au gouvernement fédéral un plan de rétablissement du caribou forestier alors qu'il a entre les mains des documents permettant d'établir que le nombre de cervidés présents dans la forêt boréale dépasse largement les objectifs fixés par les spécialistes de son Équipe de rétablissement du caribou forestier, selon les inventaires obtenus par Le Quotidien, lesquels ont été réalisés depuis 2011.

En fonction du partage du territoire et du fait que le caribou se déplace sur le territoire, l'analyse des documents obtenus en vertu de la Loi d'accès à l'information, combinée aux données déjà contenues dans le Plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2023, confirme que les populations de cervidés ont augmenté d'au moins 27% dans les aires de répartition centre et sud. Ces deux aires de répartition sont séparées par la limite nordique des forêts attribuables. La zone sud est donc située en totalité dans la forêt boréale commerciale.

Dans le plan de rétablissement 2013-2023, les spécialistes estimaient le potentiel de caribous pour la zone sud à 2475 animaux. Aujourd'hui, en tenant compte des survols réalisés au Saguenay-Lac-Saint-Jean en 2012 (non intégrés au calcul du plan 2013-2023) et de celui réalisé en mars 2014 au nord du réservoir Manicouagan et le survol Manicouagan sud-ouest à l'hiver 2014, la population du caribou dans la zone sud est passée de 2650 à 3152 têtes. Ce chiffre est largement supérieur au potentiel évalué par les spécialistes de l'équipe de rétablissement.

Cette hausse significative des populations de ces territoires pourrait encore augmenter avec le rapport du survol de la zone de la Broadbak. Le gouvernement du Québec, malgré des demandes logées au cabinet du ministre des Forêts, de la Faune et des Parcs Luc Blanchette, n'a toujours pas remis au Quotidien le rapport complet de cet inventaire. Des sources qui ont assisté à une présentation organisée par le comité Cri-Québec ont confirmé que le survol faisait état d'un plus grand nombre de caribous que prévu dans cette zone.

Dans cette évaluation, Le Quotidien n'a pas inclus un groupe de 900 caribous répertorié dans le survol du nord du réservoir Manicouagan en mars 2014. La biologiste Sandra Heppel, de la direction régionale de la Côte-Nord, n'a pas produit dans son rapport la carte donnant avec précision sur le territoire l'emplacement des ravages. Il est donc impossible de les départager avec précision entre les aires de répartition sud, centre et nord. Toutetois, le document présente une carte avec des cercles de concentration d'animaux et, à l'aide de points de repère sur les cartes, on peut avancer qu'une bonne partie de ces 900 caribous évolue dans les zones sud et centre.

Pour la zone centre, qui est considérée comme celle représentant 70% de l'habitat du caribou forestier, les experts évaluaient le potentiel à 1800 caribous dans le plan avec une population de 2300 têtes. Il s'agit au départ d'un surplus de 27% du nombre de cervidés. Encore là, il est possible que le groupe de 900 caribous provenant de l'inventaire du nord de la Manicouagan ait un impact à la hausse sur cette zone, tout comme le survol de la Broadbak, secteur pour lequel le contenu du rapport n'est toujours pas disponible.

Les auteurs du plan de rétablissement ont identifié deux autres zones qui sont à l'origine du déficit en caribou forestier. La zone est présente un manque de 1050 animaux. Cette zone n'a jamais fait l'objet d'opération forestière et est située dans un secteur où la chasse au caribou a été pratiquée par les Indiens. Ce qui ne signifie pas qu'ils soient responsables de cette situation.

La zone nord présente quant à elle un déficit de 3125 cervidés. Il s'agit de la zone la plus au nord et elle n'a jamais fait l'objet d'opération forestière. C'est dans cette zone que le caribou toundrique se mélange au caribou forestier. Il est impossible de distinguer les deux écotypes. Les dernières études démontrent que le caribou toundrique étend sa zone de fréquentation vers le nord et le sud.

En bref

Contradiction

L'Équipe de rétablissement du caribou forestier du Québec avait en sa possession 38 rapports d'inventaires pour établir les concentrations de caribous forestiers sur le territoire. Elle a utilisé seulement 19 de ces rapports d'inventaire. À titre d'exemple, l'équipe n'a pas retenu les inventaires réalisés par Courtois en 1999 au Saguenay-Lac-Saint-Jean, lesquels couvraient une zone de 11 200 kilomètres carrés comprenant la zone du Pipmuacan. Elle a toutefois retenu un inventaire réalisé par Dussault (2004) sur une superficie de 24 650 kilomètres carrés, pour une présence de 0,2 caribou par bloc de 100 kilomètres carrés.

Cette zone touche pratiquement les limites municipales de Saint-David-de-Falradeau et des villages du nord du Lac-Saint-Jean. Elle est aussi considérée comme une zone de rétablissement par l'équipe alors qu'il s'agit possiblement de la partie de la forêt boréale la plus occupée du Québec en termes de villégiature, pourvoirie, motoneige et exploitation forestière. Une contradiction avec le consensus voulant que l'activité humaine et l'exploitation forestière nuisent au caribou. Ce qui signifie qu'il faudrait rétablir des populations de caribou aussi près que les réservoirs Onatchiway et Lamothe.

Massifs de protection

Les massifs de protection et de remplacement intégrés aux plans de coupe du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs depuis 2005 sont-ils étrangers à l'augmentation des populations de caribous dans des zones mesurées à au moins deux reprises? La biologiste Nathalie Bourbonnais évoque cette possibilité sans nuance dans le rapport de l'inventaire « rivière Manicouagan et Toulnoustouc en mars 2009 ».

« Les massifs du plan d'aménagement de l'habitat du caribou dans le secteur inventorié semblent jouer un rôle dans le maintien des animaux sur le territoire. En effet, la majorité des ravages observés en 2009 s'y trouve, et ce, surtout dans les massifs de protection, parce que c'est dans ce secteur qu'il y a le moins d'intervention humaine », écrit la biologiste. Le Quotidien a effectué le même exercice en superposant une carte de l'inventaire Pipmuacan réalisé par Dussault (2012), qui n'a jamais été publiée, et la carte du ministère positionnant les blocs de protection ainsi qu'une zone où il n'y a pas eu d'exploitation forestière. On constate une grande présence de caribous dans ces endroits. Il faut noter que les massifs de protection n'ont aucun impact sur la possibilité forestière actuelle puisqu'ils sont déjà intégrés dans les calculs du Forestier en chef.

La norme FSC disparaîtrait

L'ex-ministre Laurent Lessard avait écarté le Plan de rétablissement du caribou forestier 2013-2023. Il avait évoqué la possibilité pour le gouvernement de réaliser des inventaires complets des populations d'ongulés afin d'établir un portrait plus juste de la situation. L'actuel ministre de la Forêt, de la Faune et des Parcs, Luc Blanchette, a déjà déclaré au Quotidien qu'il maintenait la feuille de route de son prédécesseur. Dans le plan écarté par le ministre Lessard, les auteurs confirment « qu'au Québec, l'évolution des hardes de caribous forestiers est difficile à analyser parce qu'il n'y a pas d'inventaire systémique pour cet écotype ».

Malgré ce constat, l'équipe de rétablissement proposait des mesures dont l'impact aurait été la disparition de 3 millions de mètres cubes de la possibilité forestière ou 9000 emplois au Québec. Il est intéressant de constater que dans sa nouvelle mouture, la norme FSC Boréale reprend les recommandations de l'Équipe de rétablissement du caribou forestier même si ce document a été écarté par le gouvernement.

Il s'agit du principe d'une perturbation maximale de 35 % du territoire. L'ajout du critère spécifique caribou avec un maixum de 35 % de perturbation au critère des paysages intacts va rendre la norme FSC incompatible avec les plans de coupe du ministère. La norme FSC risque donc de disparaître de la forêt boréale québécoise.

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