Roméo Dallaire: pour le droit d'être écouté

Le général à la retraite Roméo Dallaire parle... (Photo Le Quotidien, Michel Tremblay)

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Le général à la retraite Roméo Dallaire parle très ouvertement du suicide et de la nécessaité pour les gens souffrant de problèmes «entre les deux oreilles» de ne pas hésiter à se construire des prothèses psychologiques pour continuer à vivre.

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Le général à la retraite Roméo Dallaire revendique le droit pour chaque individu évoluant dans une société civilisée d'être écouté lorsqu'il en sent le besoin. Être écouté ne constitue pas à ses yeux un privilège, mais bien un droit.

Il a été beaucoup question d'écoute, d'humanisme et de communication, jeudi midi, au Centre des congrès de l'hôtel Delta de Jonquière, alors que Roméo Dallaire prenait la parole dans le cadre du 25e Colloque annuel du Centre de prévention du suicide 02. Pas moins de 250 personnes, incluant le personnel de l'hôtel, sont demeurées les yeux rivés sur l'ex-militaire qui a survécu à quatre tentatives de suicide découlant du choc post-traumatique qu'il a vécu au Rwanda. La conférence de Roméo Dallaire a donné tout son sens au thème du colloque La ligne de vie, faisant référence au besoin d'écoute des personnes qui traversent des périodes difficiles.

«Un individu ne devrait jamais se sentir seul. Pas seulement une présence de temps en temps. C'est jamais seul, surtout le soir dans la noirceur quand il ne réussit pas à dormir. Il doit savoir qu'une personne est là, qu'il peut l'appeler et qu'il ne sera pas seul», a répété à quelques reprises Roméo Dallaire dans sa conférence pour bien faire sentir l'importance d'être à l'écoute.

L'isolement, un danger

À l'inverse, a enchaîné le militaire, l'isolement devient souvent la source qui permet à des personnes de faire le pas vers le suicide. Il prouve ce qu'il avance en citant son propre cas alors que l'intervention de personnes auprès de lui ont fait échouer ses quatre tentatives de s'enlever la vie. Des gens qui appelaient et s'inquiétaient de ne pas avoir de réponse. Elles sont arrivées au bon moment auprès du général.

Il s'agit de notions qui s'appliquent à tout le monde même si le général Dallaire a beaucoup approfondi tout le domaine des effets du stresse post-traumatique chez les vétérans. Les faits sont bêtes et méchants et les jeunes vétérans sont très sensibles à la détresse. En entrevue après la conférence, le général rappelait des chiffres qui glacent le dos.

Pendant la présence du Canada en Afghanistan, 158 militaires sont tombés au combat. Depuis la fin de la mission, 70 militaires qui ont participé aux différentes rotations ont mis fin à leur jour. Pour bien documenter sa cause, Roméo Dallaire a analysé la situation de l'armée américaine, qui est aussi alarmante.

«L'armée américaine a déployé quatre millions de soldats pendant la guerre du Vietnam qui a fait 58 000 morts. Depuis la fin de la guerre, il y a eu 102 000 morts par suicide chez les vétérans», insiste le général à la retraite.

Manque de spiritualité

Chez les vétérans, le suicide est le lot des jeunes militaires qui rentrent de mission et qui ont vécu des situations post-traumatiques de deux ordres. Il s'agit d'événements reliés au combat comme des embuscades ou engagements violents avec l'ennemi, ou bien la vue de scènes qui vont complètement à l'encontre de nos valeurs comme des atrocités commises sur des populations civiles.

«La façon de mieux aborder ces éléments serait de ramener dans le leadership de nos officiers et sous-officiers une plus grande part de spiritualité. Ça ne veut pas dire aller à la messe chaque semaine, mais bien une spiritualité qui permet de pardonner des choses qui semblent impossibles, les accepter et finalement réussir à classer l'affaire pour passer à autre chose.»

Le fait que le Canada ait choisi de réorienter sa politique de défense vers des missions de maintien de la paix avec les Casques bleus ne changera en rien le risque pour le soldat d'être exposé à des situations de stress post-traumatiques et d'en vivre les conséquences à son retour. Le général Dallaire souhaite simplement que les militaires puissent bénéficier de règles d'engagement qui vont leur permettre de se défendre adéquatement, c'est-à-dire de maintenir les règles du chapitre 7 au lieu du chapitre 6 comme ce fut le cas pour les Casques bleus déployés en ex-Yougoslavie et en Afghanistan. Le soldat doit avoir la possibilité de se défendre malgré son statut d'observateur.

Un poids pour les autres

Dans ses observations, Roméo Dallaire constate que dans plusieurs cas, les vétérans qui choisissent la voie du suicide en arrivent à se convaincre qu'ils vont faire oeuvre utile en s'enlevant la vie, qu'ils ont assez causé de problèmes à leurs proches et qu'ils sont devenus un poids pour la société.

Dans l'organisme qu'il a fondé, Initiative Enfants Soldats, Roméo Dallaire n'hésite pas à recruter des vétérans pour les retourner dans l'humanitaire. Il considère qu'il s'agit d'un créneau taillé sur mesure pour ces personnes qui veulent se sentir utiles.

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