Des pilotes de ballons dirigeables formés au Saguenay

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Un dirigeable hybride pourrait bientôt survoler l'aéroport de Saint-Honoré.

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Normand Boivin
Le Quotidien

Imaginez une mine du Grand Nord québécois sans route d'accès, ni chemin de fer, ni même d'aérodrome pour transporter son minerai jusqu'à Schefferville. Il serait cheminé par la voie des airs presque sans bruit et gaz à effet de serre dans d'immenses dirigeables. Le projet est dans les cartons d'une entreprise minière et c'est le Cégep de Chicoutimi qui formerait les pilotes.

«Il s'agit d'un défi très intéressant alors qu'on s'apprête à vivre notre 50e anniversaire», confie en entrevue avec Le Quotidien le directeur général du Centre québécois de formation aéronautique (CQFA), Serge Boucher. Car tout est à faire. En effet, il n'existe pas de licence de pilote de dirigeable au Canada. On a des pilotes d'avion, d'hélicoptère, de planeur, et même de ballon (à air chaud); pas de dirigeable.

Approché il y a près d'un mois par la québécoise Minéraux rares Quest, qui a un projet d'exploitation d'une mine de terres rares quelque part à la frontière du Labrador au «Lac Strange» (l'équivalent du lac Ferme ta gueule), la direction du CQFA n'a pas perdu de temps et a contacté celui qui sera son partenaire pour développer ce nouveau savoir-faire, Transport Canada, qui fait la réglementation et émet les licences.

«Il faut penser à tout; à commencer par déterminer la formation de base qu'on exigera de nos étudiants. Est-ce qu'on va former des pilotes d'hélicoptères, qui sont déjà familiers avec les décollages et atterrissages à la verticale, ou bien des pilotes d'avions? Ou encore, est-ce qu'on prendra des gens qui ne sont pas déjà pilotes qu'on va partir de zéro? Tout est sur la table», dit Serge Boucher, qui s'interroge, par ailleurs, sur la disponibilité d'un appareil d'entraînement.

«Nous avons demandé si le manufacturier Lockheed Martin envisage de produire un modèle réduit, par exemple des deux tiers, pour entraîner nos pilotes. Ça fait partie de notre réflexion.»

La formation à venir ne touchera pas que les membres d'équipage. Selon M. Boucher, il faudra s'occuper aussi du personnel chargé des manipulations de l'aéronef au sol, de son chargement et de son avitaillement. Un programme bien chargé et un échéancier très serré, car la mise en exploitation est prévue pour 2019.

«C'est insuffisant pour venir à bout de toute la réglementation, dit Serge Boucher. Mais Transport Canada propose d'y aller par dérogations, et l'adapter à mesure de l'évolution du projet.»

Contact

C'est l'homme d'affaires Pierre Lortie, ancien haut dirigeant de Provigo, de Bombardier et président du conseil d'administration de Quest qui a approché le CQFA pour le mettre en contact avec ses partenaires Straightline Aviation du Royaume-Uni (exploitant de dirigeables) et l'américaine Hybrid Enterprises, qui vend le dirigeable Hybrid fabriqué par Lockheed Martin.

Pour l'instant, il n'y a pas de contrat signé. «Nous avons entrepris les démarches, car nous connaissons les intentions sérieuses de la minière d'acheter ces aéronefs et son désir d'avoir du personnel pour les exploiter», explique Serge Boucher. Selon le projet initial, la compagnie utiliserait de sept à neuf dirigeables qui feraient la navette entre la mine et Schefferville pour acheminer annuellement 200 000 tonnes métriques. Cela suppose donc la formation d'une centaine de pilotes.

Le dossier a été confié au directeur de la recherche et du développement aéronautique, Jean LaRoche, qui considère la mise en service de ces nouveaux dirigeables comme la plus grande nouvelle des 50 dernières années dans le monde de l'aéronautique.

«Le CQFA a introduit l'enseignement en équipages des pilotes de ligne et la formation au pilotage de petits drones civils. Nous sommes maintenant appelés à concevoir les formations au pilotage de dirigeables commerciaux. Les enjeux sont fascinants, car l'exploitation commerciale de dirigeables hybrides fait appel à un nouvel équilibre entre les champs d'expertise traditionnels et des protocoles complètement novateurs», a conclu M. LaRoche.

Le directeur général du Centre québécois de formation... (Photo Le Quotidien, Yohann Gasse) - image 3.0

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Le directeur général du Centre québécois de formation aéronautique, Serge Boucher, se réjouit du défi offert à l'institution à l'aube de ses 50 ans, soit créer une nouvelle catégorie de licence au Canada en ressuscitant avec une dose de modernisme la vieille technologie des dirigeables.

Photo Le Quotidien, Yohann Gasse

21 tonnes de minerais et 19 passagers

Le dirigeable Hybrid que compte utiliser Minéraux rares Quest pourra transporter 21 tonnes de minerais et 19 passagers dans ses soutes à une vitesse de 60 à 100 noeuds (110 à 180 km/h).

Malgré les apparences, cet appareil n'a rien de comparable avec l'invention du baron Ferdinand Von Zeppelin à la fin du XIXe siècle et dont le glas a sonné avec la tragédie du Hindenburg en 1937.

Car le Hybrid fabriqué par l'avionneur Lockheed Martin est, contrairement au Zeppelin et autres ballons à air chaud, plus lourd que l'air.

Il tient à la fois du ballon et de l'avion, à commencer par sa forme qui n'est pas celle d'un cigare, mais épouse plutôt le profil d'une aile.

Comme un dirigeable, il est rempli d'hélium, un gaz rare presque inerte donc très stable, qui nous met à l'abri d'une tragédie comme le Hindenburg. Mais le gaz ne compte que pour 80% de sa sustentation. Le reste provient de son profil en aile d'avion qui développe de la portance dès qu'il se déplace dans l'air, propulsé par ses moteurs.

Au décollage, ses quatre moteurs de 310 forces pivotent vers le haut et lui permettent de décoller comme un hélicoptère. Une fois en vol, ils lui procurent la vitesse nécessaire à sa sustentation. Ainsi, pour déplacer 21 tonnes de charge utile et 19 personnes, on a besoin de la même puissance que pour un avion de 16 passagers. Une économie importante d'énergie.

L'appareil de 85 mètres de long et 45 de large peut se poser partout, sur toutes les surfaces: neige, glace, eau, ce qui le rend très utile pour le travail dans le Grand Nord, car aucune piste n'est nécessaire.

«Dans le contexte actuel où l'écologie et les impacts sur les populations, notamment les Autochtones, comptent dans l'acceptabilité sociale des projets, l'utilisation de dirigeables hybrides offre une avenue intéressante», conclut Serge Boucher.

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