Une infirmière risque la radiation

Me Daniel Blouin, le procureur de la FIQ,... (Photo Le Quotidien, Louis Tremblay)

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Me Daniel Blouin, le procureur de la FIQ, qui représentait les intérêts de l'infirmière, a démontré que sa cliente jouissait d'une très bonne réputation auprès des médecins et de son employeur, et ce, malgré les problèmes reliés à la tenue des dossiers des patients mis en évidence par le syndic de l'Ordre des infirmières du Québec.

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Une infirmière pivot en oncologie de l'hôpital de Chicoutimi, qualifiée de «championne» dans son domaine par le radio-oncologue Marc-André Brassard, responsable régional de ce service, a reconnu sa culpabilité à deux chefs de négligence dans les soins et traitement de patients. Elle risque une radiation par le comité de discipline de l'Ordre des infirmières du Québec pouvant aller jusqu'à six mois.

Cette affaire, qui a été entendue mardi par le comité de discipline composée de Me Jean-Guy Lavoie, de l'Office des professions, et des infirmières Danielle Millette et Guylaine Parent, a fait ressortir un certain nombre de problèmes qui ont caractérisé le département de radio-oncologie de l'hôpital de Chicoutimi aujourd'hui intégré au CIUSSS du Saguenay-Lac-Saint-Jean. Selon la preuve déposée par le syndic de l'ordre lors de cette audience, les faits reprochés à l'infirmière ont eu lieu entre 2013 et 2015.

Dans son exposé des faits, Me Stéphanie Vézina, qui agit à titre de syndique adjointe de l'Ordre, a passé en revue les trois dossiers de patients dans lesquels l'infirmière n'a pas fait son travail convenablement. Dans les trois dossiers en question, la syndique adjointe a attiré l'attention du comité de discipline sur des lacunes dans la confection de l'évaluation initiale du patient, des omissions en ce qui concerne des notes précises sur des suivis cliniques ainsi que, dans au moins un cas, un délai dans une prise de rendez-vous qui devait être faite immédiatement et pour lequel le patient a obtenu son rendez-vous avec un spécialiste un mois plus tard.

Ces fautes font en sorte que l'infirmière n'a pas rempli à 100% les quatre volets du travail d'infirmière pivot qui consiste en l'évaluation immédiate du malade, l'enseignement, le soutien auprès du patient et de ses proches ainsi que la coordination afin de supporter la clientèle dans son cheminement à l'intérieur du système pour les services auprès des différents professionnels.

Dans son témoignage, le médecin a assuré qu'au cours des dix dernières années, il n'a jamais eu vent ou été informé d'un problème spécifique avec l'infirmière pivot. «On va s'entendre, ce n'est pas une question de vie ou de mort, mais une radiation pendant un certain temps désorganiserait le service. En ce moment, les autres infirmières pivots n'ont pas les compétences pour s'occuper du type de clientèle qu'elle prend en charge», reprend le médecin.

Sur ce point, le chef du service régional de radio-oncologie, Jacques Bouchard, rejoint le médecin sur la particularité de la clientèle confiée à l'infirmière. Cette dernière s'occupe des patientes atteintes de cancers gynécologiques ainsi que des cancers du cou et de la bouche. Selon Jacques Bouchard, pour la seconde catégorie de cancer, il s'agit d'une clientèle particulière avec dans plusieurs cas des problèmes psychosociaux reliés à l'éthylisme.

Le procureur de la Fédération des infirmières du Québec (FIQ), Me Daniel Blouin, a amené ces deux témoins pour démontrer que sa cliente avait certes eu des problèmes quant à la tenue des dossiers, mais que le milieu de travail n'était pas de tout repos pendant cette période. Jacques Bouchard a de plus témoigné sur un rapport réalisé par l'hôpital et qui faisait état d'une problématique en radio-oncologie alors qu'une partie du travail des infirmières pivots relevait surtout de celui des infirmières de liaison.

Le département a également vu passer de nombreux gestionnaires et l'encadrement de ces infirmières névralgiques auprès des patients et de leur famille a été déficient.

Puisque le comité de discipline doit juger du travail passé et aussi actuel de l'infirmière, Jacques Bouchard a assuré qu'en vertu des évaluations réalisées par la direction des soins infirmiers et des ressources humaines, il est en mesure de dire qu'elle rencontre les exigences professionnelles pour une infirmière clinicienne dans le rôle d'infirmière pivot. De plus, toujours selon le chef de service, elle a une attitude positive et, surtout, est une «travaillante».

Dans le cadre de son témoignage, le radio-oncologue Jean-Marc Brassard a raconté avoir constaté au fil des ans que l'infirmière n'avait possiblement pas été capable de se faire des amis, et ce, tant auprès du personnel que des gestionnaires. Cette dernière a possiblement eu des positions contraires au mot d'ordre syndical.

Le syndic de l'Ordre réclame des radiations de quatre et six mois pour les deux chefs sur lesquels elle a reconnu sa culpabilité. Le procureur de la FIQ va tenter de démontrer au comité de discipline que l'infirmière a été et est encore aujourd'hui quelqu'un qui offre des services de qualité à ses patients, nonobstant des problèmes sur la tenue de ses dossiers. Pour le procureur, la gravité objective des fautes ne vaut pas une radiation de six mois.

Les représentations sur sentence auront lieu à la fin du mois et le comité devrait rendre sa décision au printemps.

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