Terrorisme et radicalisation: la religion pas si importante

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Dans les motivations évoquées par les jeunes pour rejoindre les rangs de ces groupes, il y a avant la religion celle de l'aventure. Le jeune se dit tout bonnement que c'est probablement « cool » de faire la guerre et décide de rejoindre les zones de combat.

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Voilà des éléments qui ressortent des études menées par les chercheurs universitaires qui tentent de comprendre les mécanismes qui transforment des jeunes sans histoire en individus radicalisés et, dans certains cas plus isolés, en terroristes qui vont passer à l'action. La spécialiste de la question et professeure au département de science politique de l'Université Laval, Aurélie Campana, était de passage à l'UQAC mercredi dans le cadre des conférences du Centre interuniversitaire d'études sur les lettres, les arts et la tradition (CÉLAT) en compagnie de l'ex-leader du Mouvement des Québécois de souche, Maxime Fiset, aujourd'hui sur le chemine de la déradicalisation.

La chercheuse a profité de sa présentation pour déboulonner plusieurs mythes associés au monde des terrorismes et des radicalismes. Le principal étant selon cette dernière que «nous devons cesser de dire que nous sommes devant des phénomènes nouveaux puisque ces phénomènes ont existé dans le passé», insiste Mme Campana. Le recours à la terreur comme arme a été relevé pendant la Révolution française et s'est développé et raffiné depuis ce temps jusqu'à nos jours avec le déploiement sur les médias sociaux de stratégies efficaces de recrutement.

La chercheuse Aurélie Campana et l'ex-leader de la... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

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La chercheuse Aurélie Campana et l'ex-leader de la Fédération des Québécois de souche Maxime Fiset ont expliqué aux étudiants de l'UQAC les rouages de la radicalisation et les motivations qui amènent des jeunes à suivre ce chemin jusqu'à poser des gestes de violence dans l'objectif de terroriser des groupes spécifiques dans la société.

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

«Qu'on ne pense pas au jeune devant son ordinateur qui intègre des pages de concepts ou d'argumentaires. On présente souvent au jeune l'histoire d'un arabe français qui s'appelle Mohamed et qui a de la difficulté à se trouver un travail en raison de son nom», précise la chercheuse. Le genre d'histoire qu'un jeune Français peut facilement assimiler à sa réalité et qui l'amène à enclencher le processus de radicalisation.

D'autres éléments humains importants pour les jeunes sont présentés dans ces documents de recrutement par les médias sociaux. Celui de l'appartenance à un groupe joue un rôle important. Dans les derniers attentats réalisés en France, Aurélie Campana rappelle qu'on a constaté la présence de fratries, cousins ou personnes qui se connaissent depuis déjà longtemps et qui en arrivent à former une cellule qui franchit l'étape ultime de l'attentat avec l'objectif d'occuper le plus vaste espace médiatique.

Dans à peu près tous les cas, on constate que le fait religieux est souvent utilisé en fin de parcours, quand des gestes sont posés, avec l'objectif de justifier une action. Les groupes radicaux en arrivent ainsi à récupérer la religion pour justifier leur combat. Le djihadiste est ainsi devenu une sorte de «saveur du mois» comme d'autres courants terroristes l'ont été à certaines époques dans d'autres pays et même en Occident.

Les chercheurs constatent que les stratégies de recrutement ne visent pas uniquement les jeunes hommes. Aurélie Campana constate que les groupes qui ont de plus en plus recours à des présentations faisant appel à des valeurs soulèvent plus facilement l'intérêt des jeunes femmes.

Dans les motivations évoquées par les jeunes pour rejoindre les rangs de ces groupes, il y a avant la religion celle de l'aventure. Le jeune se dit tout bonnement que c'est probablement «cool» de faire la guerre et décide de rejoindre les zones de combat. Cette motivation, précise la chercheuse, est en partie associée au fait que de nombreux jeunes ont passé des heures et des heures sur des jeux vidéo où ils ont eu un premier contact avec la guerre.

Le Canada et les États-Unis ne sont pas à l'abri du phénomène de radicalisation. Ce phénomène est, en Amérique, le fait de groupuscules d'extrême droite qui dans bien des cas s'accrochent à des idées comme la suprématie de la race blanche. Les phénomènes de radicalisation aux États-Unis impliquant ces groupes sont de loin beaucoup plus nombreux que ceux mettant en cause des événements associés à la mouvance djihadiste.

La déradicalisation de Maxime Fiset

Le Québécois Maxime Fiset a pris le chemin de la radicalisation dans l'ambiance du lendemain de l'échec référendaire de 1995. Il a rapidement associé cet échec aux déclarations du chef péquiste Jacques Parizeau sur «le vote ethnique et l'argent», une phrase que les groupuscules nationalistes de droite ont rapidement récupérée. Maxime Fiset est devenu le leader de la Fédération des Québécois de souche et a donc été conscient d'un certain nombre de gestes posés un peu partout au Québec, dont certains au Saguenay. Il a profité de la conférence de Mme Campana pour confirmer la présence de militants de ces groupes dans la région.

Maxime Fiset n'a jamais commis d'acte de violence comme s'en prendre à une personnes de race différente, mais a tout de même été expulsé de l'école pour propagande haineuse en plus d'avoir été arrêté à l'école en possession d'un poing américain. La rencontre d'une jeune femme alors qu'il était portier d'un bar gai à Québec, qui a donné naissance à son enfant, a été un élément important vers le chemin de la déradicalisation. Maxime Fiset explique aujourd'hui que les cours de philosophie dans le cadre de son retour à l'université lui ont grandement aidé à poursuivre cette déradicalisation qu'il estime ne pas encore avoir terminée aujourd'hui.

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