Pour se souvenir: rencontre avec trois vétérans

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Le jour du Souvenir, le 11 novembre, commémore la fin de la Première Guerre mondiale.

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

En cette semaine qui sera marquée par le jour du Souvenir, Le Progrès-Dimanche, en collaboration avec la Légion canadienne, a rencontré trois vétérans qui ont parcouru les champs de batailles à différentes époques, rappelant que le Canada abrite maintenant différents types de vétérans. Avec Harry Surette, on se retrouve à l'époque de la Guerre de Corée et de la Guerre Froide. De plus, il nous fait vivre l'explosion d'une bombe nucléaire. Pauline Fortin, en plus d'offrir le témoignage d'une pionnière qui a grimpé les échelons, a connu celle où le Canada était particulièrement actif lors des missions de paix. Denis Roy, lui, fait partie de ces jeunes vétérans qui ont connu l'enfer afghan.

Harry Surette a vu la bombe

Harry Surette participera aux activités du jour du... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 3.0

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Harry Surette participera aux activités du jour du Souvenir. Établi dans la région depuis 1973, il a assisté à des essais nucléaires dans le désert du Nevada en 1952, alors qu'il était dans l'armée américaine.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Les mots Saguenéen et essais nucléaires se retrouvent rarement dans une même phrase. Sauf, peut-être, quand il est question du vétéran Harry Surette.

Québécois d'adoption, le ressortissant américain a pu témoigner de toute la force et la puissance de la bombe atomique en 1952. Conscrit par l'armée américaine un an plus tôt, en raison de la Guerre de Corée, le natif de la région de Boston a évité les champs de bataille de justesse grâce à l'excellence des résultats obtenus lors de son examen d'entrée. L'armée avait besoin de jeunes comme lui, allumés et doués, pour l'électronique. Au lieu de l'envoyer au front, ses supérieurs l'ont mis sur les bancs d'école dans un établissement du New Jersey pour qu'il peaufine ses connaissances dans le domaine des télécommunications, pour ensuite se rendre en zone de combat et servir comme signaleur.

«J'étais spécialisé dans l'envoi et la réception de messages. Il y avait de nouveaux instruments de radio-dactylographie et j'ai étudié pour apprendre à les réparer. Ensuite, l'armée voulait ouvrir une école spécialisée en Californie. Je devais y devenir instructeur. Sept gars venaient de mourir au front. Ils avaient besoin d'améliorer les systèmes de télécommunications», raconte Harry Surette.

En attendant l'ouverture de l'école californienne, le jeune soldat de 22 ans et ses collègues ont été envoyés en entraînement au Texas.

Montrer la bombe

En 1952, le président Harry Truman a décidé que les Américains devaient savoir à quoi ressemblait l'explosion d'une bombe atomique.

«J'ai été envoyé à Yucca Flat, à une centaine de kilomètres au nord de Las Vegas, pour installer des équipements pour que les caméras puissent diffuser les images de l'explosion», poursuit celui qui s'exprime dans un français coloré de sa langue première, malgré 43 années passées au Royaume.

Yucca Flat était l'un des quatre principaux sites d'essais nucléaires du Nevada Test Site. Plus de 700 essais y ont été réalisés.

Harry Surette a joint ses frères d'armes dans les tranchées creusées à une quinzaine de kilomètres de l'épicentre. Il a passé deux jours à Yucca Flat, 48 heures bien imprégnées dans sa mémoire.

«On avait monté les équipements électroniques sur un camion de 2,5 tonnes. On était sur le camion, sans lunettes. Il faisait 100 degrés Fahrenheit (38 Celsius) dans le désert. Il n'y avait pas de nuages. C'était calme», explique Harry Surette, 87 ans. Il poursuit son récit en décrivant dans le détail ce qu'il a vu et entendu ce jour d'avril 1952 et admet avoir été secoué par les événements, dans tous les sens du terme.

«On a compté jusqu'à 10. Tout d'un coup, tout est devenu blanc, comme 100 millions de flashs de caméras. On a senti une chaleur intense. Un gros champignon orange est monté dans les airs et le camion s'est mis à bouger d'un bord puis de l'autre. Le ciel était plein de nuages», poursuit-il.

En 1952, les Américains ont testé la bombe... (Photo courtoisie) - image 4.0

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En 1952, les Américains ont testé la bombe atomique à plusieurs reprises à Yucca Flat au Nevada.

Photo courtoisie

«Je n'ai jamais eu d'enfants»

Après avoir fait son service militaire, Harry Surette a fréquenté la North Eastern University, à Boston. Il est demeuré dans la réserve pendant cinq ans, avant d'être libéré, tout juste avant que n'éclate la guerre du Vietnam. Le hasard a voulu qu'il épouse, en premières noces, une femme de La Doré.

Il s'est ensuite trouvé un boulot de consultant au sein d'une firme américaine. Son beau-frère lui a parlé d'embauches chez Alcan, à Arvida. Le savoir-faire d'Harry Surette, couplé au fait qu'il parlait anglais, ont fait de lui un candidat idéal au poste d'ingénieur électrique. Le citoyen américain s'est installé au Québec en 1973.

Retraité depuis 1991, ce fils d'Acadiens émigrés aux États-Unis est en pleine forme. L'octogénaire ne conserve aucune séquelle physique des essais nucléaires auxquels il a assisté dans les années 50. Cependant, il s'est souvent demandé si les événements du Nevada peuvent expliquer le fait qu'il n'ait jamais eu d'enfants, malgré deux mariages.

«Ce jour-là, ils ont fait sauter une bombe de 20 kilotonnes. C'est l'équivalent de 20 000 kilogrammes d'explosifs. Je me souviens de la lumière et de la chaleur. On ne savait pas à quoi s'attendre. C'était très spécial comme expérience. Après ça, tu mets ça de côté, mais ça reste quand même dans tes souvenirs», raconte celui qui livrera quelques conférences dans le cadre du jour du Souvenir et qui prendra part à la cérémonie officielle de l'Armistice à la base de Bagotville.

Pauline Fortin a suivi son coeur

Pauline Fortin a connu une brillante carrière de... (Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque) - image 6.0

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Pauline Fortin a connu une brillante carrière de 35 ans dans les Forces canadiennes. Elle a gravi les rangs de sous-officier et est devenue la première femme adjudant-chef de l'Aviation royale canadienne.

Photo Le Progrès-Dimanche, Jeannot Lévesque

Aller au bout de ses rêves, peu importe le chemin emprunté. Pauline Fortin a fait exactement ça. Non seulement a-t-elle choisi d'évoluer dans un univers typiquement masculin en s'enrôlant dans les Forces en 1976, l'Ambroisienne d'origine a opté pour le métier de conductrice.

C'était carrément hors-norme, à une époque où les femmes étaient davantage dirigées vers des postes de commis.

À la retraite depuis cinq ans, celle qui est devenue la première représentante de la gent féminine à être promue au rang d'adjudant-chef dans son corps de métier a connu une brillante carrière. À l'approche du jour du Souvenir, Pauline Fortin a accepté de revenir sur les moments forts de son parcours militaire.

«C'est ça que je voulais faire dans la vie : rentrer dans l'armée et conduire des camions. Mes grands-parents avaient une ferme et j'adorais conduire des tracteurs. J'étais fascinée par tous les types de véhicules», raconte-t-elle.

Pauline Fortin a fait le tour du monde. Au Canada, elle a travaillé à Trenton, Ottawa, Borden, Calgary et Bagotville. Celle qui a gravi les rangs de sous-officier pour se rendre jusqu'à l'ultime échelon, celui d'adjudant-chef, a terminé sa carrière au commandement de l'air à Winnipeg. Elle supervisait alors toutes les activités de transport de l'ARC.

«Les gens m'appelaient la maman des ''truckers''», se souvient-elle en riant.

La peau épaisse

La militaire à la retraite concède qu'il fallait avoir la peau épaisse pour travailler dans un univers d'hommes. Pendant les premières années de sa carrière, elle a dû faire sa place sur le terrain. Au début des années 80, quand les Forces canadiennes ont commencé à envoyer des femmes aux champs, Pauline Fortin a creusé des tranchées, marché pendant des heures avec des charges lourdes sur le dos, dormi dans des campements et affronté les éléments.

«Peu importe le rang que tu as, quand tu es capable de te salir les mains et de demander de l'aide quand tu en as besoin, tu gagnes le respect de tes collègues», croit-elle.

En 35 ans dans les Forces, Pauline Fortin estime n'avoir jamais été victime de harcèlement.

«J'ai eu des avances une fois. J'ai reviré le gars de bord. Il faut que tu sois très sévère et que tu apprennes à te faire respecter. J'ai toujours dit aux filles qui étaient sous mes ordres : ''respecte-toi, respecte les autres et tu vas te faire respecter''», souligne la femme de 62 ans, qui s'implique bénévolement à la Légion canadienne d'Arvida.

Pauline Fortin a participé à plusieurs missions de... (Archives La Presse) - image 7.0

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Pauline Fortin a participé à plusieurs missions de paix au cours de sa carrière. La misère qu'elle y a vu l'a toujours bouleversée.

Archives La Presse

«Quand on revient au Canada, on a envie d'embrasser la terre»

Au cours de sa carrière, Pauline Fortin a participé à des missions de paix. Avec le recul, elle convient que ces séjours en Égypte, au Cambodge et en Haïti ont été tout sauf paisibles.

À Phnom Penh, l'autorité provisoire des Nations unies avait pour mission de faire respecter les engagements contractés lors de la signature des accords de paix de Paris. Les troupes étaient confrontées à la menace des Khmers rouges au quotidien.

«On ne sortait jamais sans escorte et toujours armés, au cas où les Khmers rouges nous attaqueraient», raconte Pauline Fortin, qui a conduit des camions blindés. Dans le cadre de ces missions, la militaire a côtoyé le crime, la pauvreté et la misère humaine.

«Au Cambodge, une femme est arrivée à la guérite avec son bébé mort dans les bras. En Haïti, il fallait barrer les portes du camion avec des cadenas. Ces gens-là sont en mode survie et ils veulent tout ce que tu as. On n'oublie jamais ces affaires-là et quand on revient au Canada, on a le goût d'embrasser la terre», exprime candidement Pauline Fortin.

Beaucoup de bons souvenirs ont été emmagasinés par cette vétérane, pour qui les Forces se sont avérées un véritable choix de vie. Elle ne s'est jamais mariée n'a pas eu d'enfants. Après avoir accédé au rang d'adjudant-maître, elle aurait pu sauter la clôture et devenir officière. Cela n'a jamais été une option pour Pauline Fortin, une femme de terrain qui s'est toujours fait un devoir de demeurer «proche du monde».

Les missions périlleuses de Denis Roy

Denis Roy en 2009, tout juste avant le... (Photo courtoisie) - image 9.0

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Denis Roy en 2009, tout juste avant le début de sa mission en Afghanistan.

Photo courtoisie

Denis Roy se définit comme un catholique non pratiquant. Il participe rarement aux cérémonies du jour du Souvenir, mais dans son coeur, le 11 novembre n'est pas une journée comme les autres.

Originaire de Saint-Georges de Beauce, le militaire à la retraite depuis 2013 a servi à Bagotville pendant cinq ans. En 23 ans de carrière, il a pris part à quatre missions : deux en Bosnie-Herzégovine et deux en Afghanistan. Celles-ci ont été marquantes pour l'ancien commis à l'administration et aux finances.

«En Afghanistan, c'étaient des missions à haut risque parce que c'était une campagne dans une guerre. Des obus sont tombés sur le camp et il y avait beaucoup d'attaques contre les fantassins et les patrouilleurs», se souvient Denis Roy.

Plusieurs de ses frères d'armes sont revenus d'Afghanistan avec des chocs post-traumatiques. Le vétéran se considère chanceux de ne pas avoir été ébranlé psychologiquement.

«Quand on tire sur nous et que ça explose juste à côté, on vit tous ça différemment», note l'ex-sergent, qui estime que l'on parle trop peu des vétérans de l'Afghanistan

«À 150 morts, j'ai arrêté de compter», confie Denis Roy, rappelant le fort prix payé par des militaires canadiens pour défendre la paix et la liberté des Afghans.

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