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Examen de français pour les futurs enseignants: jusqu'à 12 reprises à l'UQAC

Les futurs enseignants de la région maîtrisent-ils suffisamment le français... (Photo 123RF)

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Mélyssa Gagnon
Le Quotidien

Les futurs enseignants de la région maîtrisent-ils suffisamment le français pour assumer leur rôle de modèle linguistique auprès des élèves ? La question se pose, devant le haut taux d'échec au Test de certification en français écrit pour l'enseignement (TECFÉE) à l'UQAC, une épreuve obligatoire à l'obtention du baccalauréat. En mars 2015, 49 étudiants qui ont fait l'examen pour la première fois l'ont échoué. Cent-quinze de leurs collègues qui en étaient à une deuxième, quatrième, voire huitième tentative ont fait de même et l'un d'entre eux a obtenu un échec alors qu'il tentait de réussir le TECFÉE pour une douzième fois. Ces chiffres sont évocateurs, considérant le fait que la taille moyenne d'une cohorte en enseignement à l'UQAC, tous programmes confondus, est d'environ 250 étudiants.

Un examen de plus à Jonquière

La Commission scolaire De La Jonquière donne un coup de barre pour s'assurer que les jeunes enseignants qu'elle embauche maîtrisent le français.

Pour la première fois cette année, la CS rendra impérative la réussite d'un examen écrit pour toute personne souhaitant enseigner entre ses murs.

«Les nouveaux candidats qui ont envoyé leur CV depuis avril seront invités à passer l'examen. Ce sera une épreuve qui sera propre à notre commission scolaire et elle est en cours de validation», a expliqué la conseillère en communications, Marie-Ève Desrosiers.

L'épreuve uniforme, élaborée à même les ressources de la commission scolaire, devrait être introduite d'ici à la fin du mois. Si les candidats échouent à l'examen obligatoire, il n'y aura pas de possibilité de reprise avant l'année suivante. Les candidats pourront toutefois obtenir des contrats de suppléance de courte durée.

«Ce n'est pas une obligation ministérielle. Cette décision s'inscrit dans une démarche globale d'accompagnement de nos nouveaux enseignants. Si certains ont des difficultés, ils auront l'opportunité de s'améliorer», poursuit Marie-Ève Desrosiers.

La direction de la CS De La Jonquière juge que le niveau de français de la relève en éducation est «satisfaisant», mais qu'il y a place à l'amélioration.

Critères resserrés

À la Commission scolaire des Rives-du-Saguenay, les critères entourant la maîtrise du français ont été resserrés. Alors qu'autrefois, les finissants en enseignement devaient compléter un examen uniquement lorsqu'un contrat de travail leur était offert, ils doivent dorénavant se soumettre à une épreuve exhaustive de français avant d'être considérés. Le test s'ajoute à l'examen d'évaluation des compétences globales. La note de passage a été établie à 70 pour cent. Selon la porte-parole, Hélène Aubin, les nouvelles règles permettent à la commission scolaire de retenir la crème des jeunes enseignants et de s'assurer que leur niveau de langue, à l'oral et à l'écrit, est adéquat.

«C'est arrivé dans la foulée de l'instauration du système de suppléance centralisée il y a environ deux ans. On s'est rendu compte qu'on avait une très grande banque de remplacement. En instaurant les tests, que tous les diplômés doivent faire après avoir envoyé leur CV, ç'a permis de faire beaucoup d'élagage», a fait valoir Hélène Aubin. Après l'embauche, des évaluations ponctuelles sont réalisées par les directions d'école et des mesures d'accompagnement peuvent être déployées au besoin.

«On met tout en place pour les aider»

Étienne Hébert... (Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie) - image 3.0

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Étienne Hébert

Photo Le Progrès-Dimanche, Rocket Lavoie

À l'UQAC, le taux de réussite du TECFÉE est plutôt bas et certains étudiants doivent y aller de plusieurs tentatives avant d'obtenir la note de passage requise de 70 pour cent (55 pour cent pour les étudiants en anglais langue seconde).

L'échec du TECFÉE n'est pas sans conséquence: l'étudiant de troisième année ne peut faire le troisième de quatre stages nécessaires à l'obtention de son diplôme. À titre informatif, l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) possède l'un des taux les plus élevés de passation du TECFÉE après un seul essai, avec 72 pour cent.

S'il a été question, sous le règne du ministre de l'Éducation François Blais, de limiter à trois les chances de réussite du TECFÉE dans toutes les universités du Québec, cette mesure a été abandonnée. Le doyen des études à l'UQAC, Étienne Hébert, confirme que des discussions à ce sujet ont eu lieu entre les vice-recteurs aux affaires académiques et le ministère, mais le projet est mort dans l'oeuf. Lors d'échanges qui ont eu lieu à l'UQAC l'an dernier, certaines mesures ont fait l'objet de discussions. La restriction du nombre de cours auxquels l'étudiant peut s'inscrire et la suspension ont été envisagées. L'université a plutôt choisi de renforcer le soutien offert aux étudiants.

Stéphanie Bissonnette, du Centre de communication orale et écrite de l'UQAC, précise que son établissement s'est prévalu d'un outil supplémentaire permettant d'évaluer les compétences des étudiants en français écrit dès leur entrée à l'université. Un test diagnostic, ÉPIGRAM-2, leur est dorénavant imposé. S'ils n'atteignent pas la note minimale requise, ou s'ils omettent de faire l'examen lorsqu'ils y sont convoqués, les étudiants inscrits aux divers programmes en enseignement doivent suivre un cours de français d'appoint.

La direction de l'UQAC reconnaît que certains étudiants en éducation ont des lacunes en français, mais signale qu'à l'inverse, nombre de leurs collègues maîtrisent très bien la langue. Le doyen aux études croit que les taux de diplomation des étudiants en enseignement parlent d'eux-mêmes. Soixante-seize pour cent des inscrits en adaptation scolaire de la cohorte 2009 ont obtenu leur diplôme après six ans. Il en va de même en enseignement préscolaire primaire. Du côté du programme enseignement au secondaire (français), le taux de diplomation était de 72,2 pour cent en 2009, toujours après six années d'études.

«Les directions de programmes mettent tout en place pour les accompagner et on les suit le plus possible pour les aider à atteindre la réussite», pointe Étienne Hébert. Bon an mal an, environ 75 étudiants en enseignement bénéficient des services dispensés par le centre de communication orale et écrite de l'UQAC.

Des critères d'admission au baccalauréat trop bas?

Le resserrement des critères d'admission dans les programmes en enseignement serait-il une option pour hausser les standards linguistiques chez les profs de demain?

Le doyen aux études à l'Université du Québec à Chicoutimi (UQAC), Étienne Hébert, croit que non.

L'UQAC est l'un des établissements d'enseignement supérieur de la province où les exigences à l'admission dans les programmes en enseignement sont les plus basses. La cote de rendement au collégial (cote R) minimale requise est de 22. Cela dit, des étudiants qui présentent une cote R inférieure peuvent tout de même intégrer les programmes s'ils démontrent, en entrevue, qu'ils ont les capacités requises. Ces règles s'appliquent aux baccalauréats en enseignement préscolaire primaire, en enseignement secondaire et en adaptation scolaire. Pour l'éducation physique, les arts, les langues secondes et l'enseignement professionnel, il n'y a pas de cote R minimale imposée.

À titre informatif, l'Université de Montréal requiert une cote R de 24 dans ses programmes d'éducation, tandis que l'Université Laval exige 22. À l'Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, la cote R ne fait pas partie des critères de sélection.

«La cote R demeure l'un des meilleurs facteurs de prédiction de la diplomation, mais il n'est pas le seul. Il y a beaucoup d'autres variables. On ne pense pas qu'en la rehaussant, on aborde le bon problème. À l'UQAC, nous avons une mission d'accessibilité, par opposition à des universités à chartes qui ne prennent que les meilleurs», note Étienne Hébert. Le doyen croit que des mesures de soutien et d'accompagnement comme celles offertes à l'UQAC contribuent à la réussite des étudiants qui débutent leur parcours universitaire avec un dossier plus faible. Il estime également que le fait d'intégrer des étudiants qui ont une cote R inférieure à d'autres ayant obtenu de meilleures notes au cégep provoque des «mélanges profitables».

Les chiffrent parlent

Il est vrai de dire que le taux de diplomation à l'université est supérieur lorsque les étudiants ont un bon dossier scolaire. «À partir d'une cote R de 22, les probabilités de succès sans accompagnement sont plus grandes», convient le doyen.

Les statistiques fournies par l'UQAC démontrent que le taux de diplomation, tous domaines confondus, est de 40 pour cent pour les jeunes admis avec une cote de rendement minimale de 19, comparativement à 55 pour cent chez ceux qui détenaient une cote de 22. En enseignement, il est estimé que 43 pour cent des étudiants acceptés avec une cote R de 19 ont obtenu leur diplôme, contre 60,6 pour cent de leurs collègues qui sont entrés à l'université avec une cote de 22. Il faut toutefois préciser que la cohorte de diplômés formée de détenteurs de cotes R de 19 était beaucoup moins nombreuse.

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