Forêt: la région cache des super-héros

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Évelyne Thiffault a démontré que la forêt et l'utilisation de produits du bois vont jouer un rôle primordial dans la lutte au changement climatique.

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Louis Potvin
Le Quotidien

La forêt et l'utilisation de produits du bois vont jouer un rôle primordial dans la lutte au changement climatique dans le futur. C'est pour cette raison que l'Association forestière du Saguenay-Lac-Saint-Jean en a fait son thème central pour son congrès annuel.

«Vous, les gens du secteur forestier, êtes les super-héros de la lutte aux changements climatiques. Il faut mettre vos habits de super-héros et faire reconnaître votre rôle qui est très important pour l'avenir de notre planète», a lancé la professeure Évelyne Thiffault aux 200 personnes présentes à Saint-Félicien.

Sa conférence a permis de démontrer que la forêt et l'utilisation de ses produits vont permettre de réduire l'émission de gaz à effets de serre. L'heure est grave, selon elle, car actuellement le taux de CO2 dans l'atmosphère s'élève à 400 parties par million (ppm) alors que le seuil critique se situe à 450 ppm. Ce taux a grimpé de 300 à 400 en moins de 100 ans.

Pour réduire l'émission à gaz effet de serre, il faut préserver les forêts actuelles et favoriser la création de nouvelles dans des secteurs non productifs comme des sablières ou en restaurant des sites miniers ou de sables bitumineux. Une meilleure régénération des forêts contribuerait également à améliorer la séquestration du carbone.

S'ajoute à cette stratégie l'utilisation des produits du bois. En effet, en utilisant des produits en bois comme les planchers, le bois de charpente, le revêtement extérieur et autres, on réduit la production de gaz effet de serre. «C'est le principe de substitution, mentionne la professeure. Quand on utilise du bois plutôt que du plastique, du béton ou de l'acier, et bien on fait un gain perpétuel que nous ne pouvons pas perdre.»

La cuillère de bois

Elle a donné l'exemple d'une simple cuillère en bois. La même en plastique génère l'émission de 200 grammes de CO2 et une en acier 460g. Le choix des consommateurs devient donc important.

Cette logique s'applique également dans la construction des maisons ou des bâtiments, a souligné pour sa part François Boucher de FP innovations. Des politiques gouvernementales pourraient aider. «Il y a seulement 18% des bâtiments non résidentiels qui utilisent le bois au Québec. Il y a un énorme potentiel, mais il faut changer les mentalités», a indiqué M. Boucher.

Il faut aussi que l'industrie forestière soit allumée et développe des produits qui répondent aux besoins, dit-il. Il a donné l'exemple de l'isolation des maisons. Comme les normes changent, FP innovation travaille avec des entreprises pour développer des produits d'isolation en bois.

La construction d'un bâtiment à quatre étages en bois au lieu d'en acier permet de réduire de 280 tonnes la production de CO2, soit l'équivalent de l'émission de 94 voitures.

Claude Villeneuve a été nommé personnalité forestière 2016... (Photo Le Quotidien, Louis Potvin) - image 2.0

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Claude Villeneuve a été nommé personnalité forestière 2016 par l'Association forestière Saguenay-Lac-Saint-Jean. Serge Simard l'a félicité.

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Les grands honneurs à Claude Villeneuve

Le biologiste Claude Villeneuve a été nommé personnalité forestière de l'année lors du Congrès de l'Association forestière Saguenay-Lac-Saint-Jean.

L'Association l'a choisi pour le grand rôle qu'il a joué pour mieux faire comprendre la forêt et sa richesse. Habituellement accordé à un forestier, le titre lui revenait cette année, d'autant plus que le thème du congrès était « Forêt et bois, pièges à carbone : Intégrer la forêt et les produits du bois dans les stratégies de lutte contre les changements climatiques ».

D'ailleurs, il a abordé cette question dans l'une de ses chroniques dans nos pages. « Lorsqu'on coupe les arbres pour produire des biens durables, comme une maison ou des meubles, le carbone contenu dans le bois (environ la moitié de la masse sèche) est retiré durablement de l'atmosphère et ne contribue plus au réchauffement du climat. »

Claude Villeneuve a été touché de recevoir cette distinction. « Mon histoire avec la forêt est très ancienne. Je me souviens en 1984 d'avoir travaillé avec le club Kiwanis de Saint-Prime pour créer une forêt dans le boisé du Curé afin que les jeunes puissent comprendre la forêt et être impliqués dans la forêt boréale. En 1983, j'étais plutôt un détracteur de l'industrie forestière, mais au cours des années, les rencontres et les changements de pratique m'ont fait devenir un tracteur pour eux », a-t-il mentionné aux convives présents au congrès à Saint-Félicien.

Pour André Tremblay, président-directeur général du Conseil de l'industrie forestière, qui a rendu hommage à Claude Villeneuve, ce dernier représente un visionnaire qui a su enseigner, informer et sensibiliser la population à l'importance de la forêt. « En 2004, il a dit après le film L'Erreur boréale que les pratiques de récolte ne mettaient pas en danger la pérennité de la forêt. Récemment, il a dit que le caribou forestier avait une capacité d'adaptation selon les perturbations en forêt. Sa vision du monde forestier est importante. »

La richesse de la biomasse

Il y a une richesse énergétique qui dort dans la forêt, la biomasse.

« Le potentiel est énorme! Ça nous sort par les oreilles, mais on n'a pas encore développé de méthode pour récolter les résidus pour l'utiliser en biomasse forestière ou biocarburant », a souligné la professeure Évelyne Thiffault.

Selon elle, il faut maximiser le potentiel de récolte des résidus de coupe forestière qui pourrissent inutilement en forêt. Une étude réalisée au Lac-Saint-Jean sur une parcelle de forêt a démontré qu'environ 39 % des résidus forestiers étaient disponibles sans nuire aux écosystèmes.

La professeure a même avancé que des arbres jugés inutiles commercialement pourraient être récoltés pour les valoriser. « Ces mal-aimés qui sont abîmés par la tordeuse d'épinette ou par les feux de forêt ont démontré un bel intérêt. Nos études ont démontré que ces bois qui se dégradent développent des particularités qui deviennent des atouts pour la bioénergie et le biocarburant », a-t-elle mentionné.

Cette dernière pense que l'argument des compagnies forestières, qui affirment que ça coûte trop cher de récolter la biomasse, ne tient plus la route. « Ils l'ont fait en Scandinavie. Ç'a pris un certain temps, mais c'est venu d'une volonté de changer les pratiques forestières. C'est maintenant intégré. Nous l'avons fait avec des coopératives forestières et nous avons eu de bons résultats. Il faut changer les opérations forestières lors de la coupe des arbres pour bien récolter les résidus et les stocker. L'expertise est là, il faut avoir la volonté de le faire », constate-t-elle.

Serge Simard n'a que faire de la critique

Le député de Dubuc, Serge Simard, affirme que la modification des limites nordiques va réduire de seulement 1 % la capacité forestière du Québec. Il assure que son gouvernement ne laisse pas tomber l'industrie et la région.

« Nos équipes ont fait l'analyse des impacts et ça ne représenterait que 1 % de la capacité forestière. Et si ce pourcentage est exact, notre gouvernement va s'assurer qu'il n'y ait aucun impact pour les communautés forestières et les entreprises », a-t-il affirmé en réaction aux déclarations faites par des députés péquistes, jeudi matin, déplorant le manque de sensibilité du gouvernement Couillard envers l'industrie forestière.

Serge Simard a indiqué qu'avant de s'emballer et spéculer sur les pertes de capacités forestières, il faudra attendre les calculs du Forestier en chef qui va déterminer la capacité forestière au Nord à la lumière de la nouvelle limite nordique.

Le député ne s'émeut guère des critiques. Il rappele que son gouvernement a injecté dès son élection 230 M$ pour la sylviculture. « On défend la forêt et on pose des gestes. Avec la nomination de M. Raymond Chrétien, nous avons affaire à une personne énormément qualifiée pour défendre la foresterie québécoise », a-t-il déclaré.

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